juillet 28, 2010

Analyse coranique de la lettre des 138 musulmans

Lettre ouverte et appel des guides religieuses [sic] musulmaines [sic]

Adressée par 138 savants musulmans aux autorités spirituelles de la Chrétienté, le 13 octobre 2007, et dont c’est le premier anniversaire d’envoi au pape Benoît XVI.

On lira ci-après le travail effectué sur la « partie musulmane » de cette lettre.

Ce travail a consisté à vérifier l’intégrité des versets coraniques cités dans ladite lettre, insérés dans le corps du texte ou mis en exergue dans des paragraphes distincts.

Cette vérification a été effectuée en utilisant le texte coranique dans sa langue originelle ainsi que sa traduction française, quasi officielle, réalisée par les soins du Ministère saoudien des affaires religieuse et portant son imprimatur.

La vérification à laquelle il a été procédé a rendu nécessaire des annotations et, parfois, des commentaires, qu’on a apportés afin d’éclaircir certains points aux yeux du lecteur non arabophone ou non arabisant et peu au fait des choses de l’islam.

A. Observations préliminaires

a) Traduction du Coran

Les signataires n’indiquent pas quelle traduction française du Coran ils ont utilisé dans leur lettre.

Il convient d’observer d’ores et déjà que cette traduction est très différente des traductions « standard », courantes en France : celle portant l’imprimatur du Ministère saoudien des affaires religieuses précitée ainsi que celle, très peu différente en vérité, qui est homologuée par l’UOIF (Union des organisations islamiques de France) et la Mosquée de Paris.

Pour être dans un français élégant et plus actuel, la traduction utilisée par les signataires n’en est pas moins fautive à maints endroits. Fautive en ce sens qu’elle prend des libertés avec le texte coranique arabe comme avec sa traduction « standard » ; celle-ci étant à tous points de vue plus fidèle à la langue originelle du texte coranique.

Ecarts et non-conformités sont signalés dans des notes.

b) Hadiths

Pour les besoins de leur argumentaire, les signataires ont également utilisé des hadiths (faits, gestes et dicts du prophète Mahomet) dont ils ont signalé la source dans des notes rejetées à la fin de leur lettre. Cependant, ils n’en signalent pas l’édition, ni la traduction utilisée, si celle-ci existe.

Ainsi, le travail de vérification et de contrôle n’a pu être effectué sur les hadiths cités.

Il convient d’observer enfin que le premier hadith, cité dans l’introduction de la lettre, p.1, § 3, est donné sans mention de source.

B. Méthodologie

On désignera par Signataires les 138 personnalités musulmanes qui ont adressé la lettre aux autorités spirituelles de la Chrétienté.

On désignera ci-après la traduction due au Ministère saoudien des affaires religieuses et portant son imprimatur par traduction standard.

1. Encadrés

Les versets coraniques cités par les Signataires ou auxquels ils se réfèrent sont encadrés.

Ces versets, avec les notes qui parfois les accompagnent, sont intégralement reproduits en :

- noir, selon la traduction standard ;

- rouge, selon la traduction des Signataires et tels que cités ;

- bleu lorsqu’on a cru utile d’ajouter des versets précédant ou suivant ceux qui sont cités, afin d’en mieux comprendre le sens.

Les couleurs noire et rouge permettront au lecteur de comparer ces traductions entre elles.

2. Restitutions

Les restitutions sont en vert. Elles concernent le titre des sourates et le lieu de leur révélation.

L’explication de certains termes arabes ou de certaines notions, dans les versets comme dans les notes qui les accompagnent, est également en vert, précédée de la mention i.e., entre crochets carrés.

3. Notes

Les notes ajoutées dans le cadre de ce travail sont en gras noir et non numérotées. Elles sont placées au-dessous des encadrés.

4. Commentaires

Les commentaires faits dans le cadre de ce travail sont placés au-dessous des encadrés, immédiatement après les notes quand celles-ci existent.

Le tafsir (explication grammaticale et contextuelle du Coran, assortie de commentaires) de Tabari, mis en ligne par les soins du Ministère saoudien des affaires religieuses a parfois été utilisé dans les commentaires apportés.

5. Analyse

L’analyse de la lettre des 138 personnalités musulmanes est placée à la fin du présent document

Introduction

p.2 :

112, al-Ikhlas [le monothéisme pur, mecquoise]

112:1. Dis : « Il est Alllah, Unique.

112:2. Allah, le Seul à être imploré pour ce que nous désirons.

112:3. Il n’a jamais engendré, n’a pas été engendré non plus.

112:1. Dis C’est Lui Dieu l’Un !

112:2. Dieu se suffit à Lui-même !

La traduction des Signataires est fautive pour 112:2. L’écart est important en ce sens qu’il donne à ce verset une signification qu’il n’a pas.

73, L’enveloppé [mecquoise]

773:8. Et rappelle-toi le nom de ton Seigneur et consacre-toi entièrement à Lui

73:8. Invoque sans cesse le nom de ton Seigneur et communie intensément avec Lui.

La notion de communion est une notion chrétienne, étrangère à l’islam. Les signataires font apparemment du zèle dans leur traduction. Serait-ce pour trouver des points de convergence avec le christianisme ?

3, La famille de Imran [médinoise]

3:64. Dis : « Ô gens du Livre, venez à une parole commune entre nous et vous : que nous n’adorions qu’Allah, sans rien Lui associer, et que nous ne prenions point les uns les autres pour seigneurs en dehors d’Allah. » Puis, s’ils tournent le dos, dites : « Soyez témoins que nous, nous sommes soumis. »

3:64. « Ô gens des Ecritures ! Elevez-vous à une parole commune entre vous et nous, à savoir de n’adorer que Dieu Seul, de ne rien Lui associer et de pas prendre les uns les autres pour des maîtres en dehors de Dieu. », S’ils s’y refusent, dites leurs que, en ce qui nous concerne, notre soumission à Dieu est totale et entière.

Plus fidèle, la traduction standard est celle qui traduit le mieux, dans la forme et dans l’esprit, le texte coranique.

Dans la traduction produite par les Signataires, l’expression « Elevez-vous », juste après l’apostrophe aux « gens des Ecritures » (juifs et chrétiens), signifierait-elle qu’on considère ces derniers comme dans une position subalterne et qu’on leur enjoint, par conséquent, de s’élever ?

Le deuxième paragraphe de la page 3 semble le confirmer, puisque les Signataires y déclarent : « Conformément au Coran nous, en tant que musulmans, invitons les chrétiens à s’accorder avec nous sur ce qui nous est commun… », etc. On observe qu’il ne s’agit pas de s’accorder les uns avec les autres, mutuellement et réciproquement, mais de chrétiens qui doivent s’accorder avec des musulmans.

Enfin et comme l’indique son titre, la Famille de Imran, cette sourate se rapporte principalement à la Vierge Marie, « Meryem fille de Imran » dans le Coran, à Jésus-Christ, ainsi qu’à la perception mahométane du christianisme et du judaïsme.

Chapitre 1 : L’amour de Dieu dans l’islam. p. 4-8

p.4

16, an-Nahl [Les Abeilles, mecquoise]

16:125. Par la sagesse et la bonne exhortation appelle (les gens) au sentier de ton Seigneur. Et discute avec eux de la meilleure façon. Car c’est ton Seigneur qui connaît le mieux celui qui s’égare de Son sentier et c’est Lui qui connaît le mieux celuiqui est bien guidé.

16:125. Appelle à suivre la Voie de ton par la sagesse et la bonne exhortation, et ne discute avec eux que de la meilleure manière. C’est ton Seigneur qui connaît le mieux celui qui s’écarte de sa Voie comme il connaît le mieux ceux qui sont bien guidés.

33, al-Ahzab, [les coalisés, médinoises]

33:4. Allah n’a pas placé à l’homme deux cœurs dans sa poitrine. Il n’a pas assimilé à vos mères vos épouses [à qui vous dite en les répudiant] : « Tu es [aussi illicite] pour moi que le dos de ma mère (1). » Il n’a point fait de vos enfants adoptifs vos propres enfants. Ce sont des propos [qui sortent de votre bouche]. Mais Allah dit la vérité et c’est Lui qui met [l’homme] dans la bonne direction.

(1) Le dos de ma mère : l’une des formules du divorce chez les bédouins.

33:4. Dieu n’a pas doté l’homme de deux cœurs.

Cette sourate est assez cocasse et mériterait un long développement. Elle se rapporte essentiellement aux ennuis domestiques de Mahomet à Médine, établit une sorte de règlement intérieur à l’usage de son gynécée et évoque les querelles de ses femmes jalouses, dont deux, non des moindres, s’étaient liguées contre lui. Elle justifie également que Mahomet ait fait répudier la femme de son fils adoptif, Zaïd ibn Haritha, afin de lui permettre de la prendre pour femme. Ce verset 33.34 (et celui qui le précède) rendent illicite l’adoption. On voit bien pourquoi.

C’est assez curieux que les Signataires citent un bout de ce verset dans leur argumentaire, alors qu’il est ponctuel, contextuel, et n’a, par conséquent, pas de portée universelle.

p.4-5

2, La vache [médinoise]

2:165. Parmi les hommes, il en est qui prennent, en dehors d’Allah, des égaux à Lui, en les aimant comme on aime Allah. Or les croyants sont les plus ardents dans l’amour d’Allah. Quand les injustes verront le châtiment, ils sauront que la force tout entière est à Allah et qu’Allah est dur en châtiment !...

2:165. Il est des hommes qui prennent en dehors de Dieu des associés qu’ils se mettent à aimer à l’égal de Dieu Lui-même ! Mais ce sont les croyants qui vouent à Dieu le plus grand amour.

Le châtiment. Dans le texte coranique arabe, on lit : la torture.

Les Signataires tronquent ici le verset coranique qui, de ce fait, perd la moitié de sa signification.

p.5

39, al-Zumar (Les groupes, [mecquoise]

39:23. Allah a fait descendre le plus beau des récits, un Livre dont [certains versets] se ressemblent et se répètent. Les peaux de ceux qui redoutent leur seigneur frissonnent (à l’entendre) ; puis leurs peaux et leurs cœurs s’apaisent au rappel d’Allah. Voilà le [livre] guide d’Allah par lequel Il guide qui Il veut. Mais quiconque Allah égare n’a pas de guide.

39:24. Est-ce que celui qui, au Jour de la résurrection, se sera protégé le visage contre le pire châtiment … Et l’on dira aux injustes : « Goûtez à ce que vous avez acquis. »

39:23. leurs peaux et leurs cœurs s’adoucissent à l’évocation de Dieu…

Passons ici sur la faute de français et de grammaire. Dans les deux cas, les traducteurs auraient dû employer le singulier pour « peaux » et « cœurs ». Les êtres n’ont qu’une peau et un cœur ; ils ont en revanche des yeux, des mains, des cheveux, etc.

Même observation que ci-dessus : tronqué par les Signataires, le verset 39:23 par la moitié de sa signification.

67, al-Mulk [La royauté, mecquoise]

67:1. Bénit soit celui dans la main de qui est la royauté, et il est Omnipotent.

67:1. Bénit soit Celui qui détient le royaume et qui est Tout Puissant.

29, L’araignée [mecquoise]

29:61. Si tu leur demandes [aux mécréants] : « Qui a crée les cieux et la terre, et assujetti le soleil et la lune ? », ils diront très certainement « Allah. » Comment se fait-il qu’ensuite ils se détournent (du droit chemin ?)

29:62. Allah dispense largement ou restreint Ses dons à qui il veut parmi Ses serviteurs. Certes, Allah est Omniscient.

29:63. Si tu leur demandes : « Qui a fait descendre du ciel une eau avec laquelle Il fit revivre la terre après sa mort ? », ils diront très certainement : « Allah. » Dis : « Louange à Allah ! » mais la plupart d’entre eux ne raisonnent pas.

29:64. Cette vie d’ici-bas n’est qu’amusement et jeu. La demeure de l’au-delà est assurément la vraie vie.

29:61-63. Si tu leur demandes : « Qui a crée les cieux et la terre, et assujetti le soleil et la lune ? », ils répondront sûrement « C’est Dieu. » Pourquoi alors se détournent-ils de Lui ? N’est-ce pas Dieu qui prodigue ses richesses ou les mesure à qui Il veut parmi ses créatures, et dont la science englobe toute chose ? Et si tu leur demandes : « Qui a fait descendre du ciel une eau pour revivifier la terre après sa mort ? », ils répondront sûrement « C’est Dieu ! » Dis : « Louange à Dieu ! » mais la plupart d’entre eux ne raisonnent pas.

14, Abraham [mecquoise]

14:32. Allah, c’est lui qui a crée les cieux et la terre et qui, du ciel, a fait descendre l’eau ; grâce à laquelle Il a produit des fruits pour vous nourrir. Il a soumis à votre service les vaisseaux qui par Son ordre, voguent sur la mer. Et il a soumis à votre service les rivières.

14:33. Et pour vous il a assujetti le soleil et la lune à une perpétuelle révolution. Et Il vous a assujetti la nuit et le jour.

14:34. Il vous a accordé tout ce que vous Lui avez demandé. Et si vous comptiez les bienfaits d’Allah, vous ne sauriez les dénombrer. L’homme est vraiment très injuste, très ingrat.

14:32-34. C’est Dieu qui a crée les Cieux et la Terre. C’est Lui qui, fait descendre du ciel une eau par laquelle Il fait produire des fruits pour vous nourrir. C’est Lui qui a mis à votre service les vaisseaux qui, par Son ordre, voguent sur la mer, comme Il a mis à votre service les rivières. Et c’est pour vous aussi qu’il a assujetti le Soleil et la Lune à une gravitation perpétuelle, de même qu’Il a mis à votre service la nuit et le jour. Il a accédé à presque toutes vos demandes, au point que si vous essayiez de compter les bienfaits du Seigneur, vous ne sauriez les énumérer. Mais l’homme est pétri d’injustice et d’ingratitude.

Gravitation. Il y a ici un souci manifeste de concordance, étranger à la lettre du verset.

La traduction standard est plus fidèle à la lettre du coran.

1, al-Fatiha [prologue ou ouverture, mecquoise]

1:1. Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux.

1:2. Louange à Allah, Seigneur de l’univers.

1:3. Le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux,

1:4. Maître du Jour de la rétribution.

1:5. C’est Toi [Seul] que nous adorons, et c’est Toi [Seul) dont nous implorons le secours.

1:6. Guide-nous dans le droit chemin.

1:7. Le chemin de ceux que Tu as comblés de faveurs, non pas de ceux qui ont encouru Ta colère, ni des égarés.

1:1. Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux.

1:2. Louange à Dieu, Seigneur des Mondes.

1:3. Le Clément, le Miséricordieux,

1:4. Maître du Jour de la rétribution.

1:5. C’est Toi que nous adorons ! C’est Toi dont nous implorons le secours !

1:6. Guide-nous dans la voie droite.

1:7. La Voix de ceux que Tu as comblés de bienfaits, non la voix de ceux qui ont mérité Ta colère, ni celle des égarés.

L’univers (dans la traduction standard) et des Mondes (dans la traduction produite par les Signataires) ne correspondent pas à ce que dit le texte coranique arabe, où on lit : « Seigneur des deux Mondes » [i.e. ici-bas et l’au-delà].

Encouru (dans la traduction standard) et mérité (dans la traduction produite par les Signataires) ne correspondent pas à ce que dit le texte coranique arabe, où on lit : « objets de Ta colère ».

La Fatiha est la sourate que les musulmans apprennent par cœur dès l’enfance et qui est récitée pendant chaque prière. Cinq fois par jour au moins, pour les prières obligatoires, et dix-sept fois, selon les Signataires.

Or si on consulte Tabari (839-923), savant commentateur du coran, dont les travaux font référence et auxquels les signataires se réfèrent par ailleurs, p. 14, § 3, on lira à l’endroit du verset 1:7 que ceux qui ont « encouru » ou « mérité » ou « objet de » la colère d’Allah, selon ma propre traduction, sont les juifs, tandis que les « égarés » désigne les chrétiens.

La plupart des commentateurs du coran, auteurs de tafsir [i.e. recueil d’explication contextuelle, grammaticale et de commentaires sur le coran] ne dit pas autrement. On se doit de préciser enfin que les tafsirs indiquent aux musulmans comment ils doivent lire et comprendre le coran.

Il en résulte que, de cinq à dix-sept fois par jour, un musulman qui récite la Fatiha en accomplissant ses prières se montre pour le moins discourtois envers les gens du Livre.

Les Signataires, qui sont des savants, des universitaires ou des autorités spirituelles de l’islam, ne peuvent l’ignorer. Par conséquent, on peut se demander quelle est l’opportunité de citer ce verset dans un document par lequel on invite les chrétiens à vivre en paix avec les musulmans et de poursuivre avec eux le dialogue islamo-chrétien ?

p. 6

19, Marie [mecquoise]

19:88. Et ils ont dit : « Le Tout Miséricordieux S’est attribué un enfant ! »

19:89. Vous avancez certes là une chose abominable !

19:90. Peut s’en faut que les cieux ne s’entrouvrent à ces mots, que la terre ne se fende et que les montagnes ne s’écroulent,

19:91. du fait qu’ils ont attribué un enfant au Tout Miséricordieux,

19:92. alors qu’il ne convient nullement au Tout Miséricordieux d’avoir un enfant !

19:93. Tous ceux qui sont dans les cieux et sur la terre se rendront auprès du Tout Miséricordieux, [sans exception], en serviteurs.

19:94. Il les a certes dénombrés et bien comtés.

19:95. Et au Jour de la résurrection, chacun d’eux se rendra seul auprès de Lui.

19:96. A ceux qui croient et font de bonnes œuvres, le Tout Miséricordieux accordera Son amour. (1)

(1) Accordera Son amour : et ils s’aimeront réciproquement.

19:96. Ceux qui ont cru et accompli les bonnes œuvres, le Miséricordieux sera pour eux plein d’amour

Amour. Dans le texte coranique arabe, on lit : « de l’affection »

Aucune des deux traductions de ce verset 19:96 n’est satisfaisante. Dans le texte arabe du verset, on lit : « […] le Miséricordieux leur procurera de l’affection. »

Cela explique la note à ce verset dans la traduction standard : plus scrupuleux, les traducteurs ont voulu rendre compte de l’affection mutuelle dont le Miséricordieux fait jouir ceux qui accomplissent de bonnes œuvres. Dans son tafsir, Tabari ajoute : « ici-bas ».

La traduction reproduite par les Signataires est donc rien moins que fidèle. Cela ferait-il partie de leur zèle à trouver des points de convergence avec le christianisme ? On aurait aimé, en revanche, qu’ils expliquassent le rapport entre le verset qu’ils citent et ceux qui le précèdent.

2, La vache [médinoise]

2:194. Le Mois sacré pour le Mois sacré ! – Le talion s’applique à toute chose sacrée −. Donc, quiconque transgresse contre vous, transgressez contre lui, à transgression égale. Et craignez Allah. Et sachez qu’Allah est avec les pieux.

2:195. Et dépensez dans le sentiez d’Allah. Et ne vous jetez pas par vos propres mains dans la destruction. Et faites le bien. Car Allah aime les bienfaisants.

2:196. Et accomplissez pour Allah le pèlerinage et la Umra [i.e. pèlerinage à la Mecque en dehors de la période rituelle]. Si vous en êtes empêchés, alors faites un sacrifice qui vous soit facile. Et ne rasez pas vos têtes avant que l’offrande [l’animal à sacrifier] n’ait atteint son lieu d’immolation. Si l’un d’entre vous est malade ou souffre d’une affection de la tête (et doit se raser), qu’il se rachète alors par un Siyam [i.e. jeûne] ou par une aumône ou par un sacrifice. Quand vous retrouverez ensuite la paix, quiconque a joui d’une vie normale après avoir fait la Umra en attendant le pèlerinage, doit faire un sacrifice qui lui soit facile. S’il n’a pas les moyens, qu’il jeûne trois jours pendant le pèlerinage et sept jours une fois rentré chez lui, soit en tout dix jours. Cela est prescrit pour celui dont la famille n’habite pas auprès de la Mosquée sacrée. Et craignez Allah et sachez qu’Allah est dur en punition.

2:194-195. … Craignez Dieu et sachez qu’Il est avec ceux qui le craignent. / Faites des largesses pour soutenir la Cause de Dieu ! Ne vous exposez pas, de votre initiative à la perdition ; mais agissez de la manière la plus bienfaisante, Dieu aime les vertueux.

2:196. … Craignez donc Dieu et sachez que Dieu est implacable quand il sévit.

Tronqués, les versets reproduits par les Signataires en perdent parfois leur sens.

Il est cependant intéressant de remarquer que la crainte qu’Allah exigée des fidèles est assortie de menaces de châtiments « implacables ». Crainte et obéissance sont le pendant qu’Allah réserve aux humains. Il n’est pas demandé à ces derniers d’aimer Allah, mais de le craindre, de lui obéir et d’accomplir de bonnes œuvres.

Les versets cités ci-dessous le disent clairement.

9, Le désaveu, ou le repentir [médinoise]

9:36. Le nombre de mois, auprès d’Allah, est de douze [mois], dans la prescription d’Allah, le jour où il créa les cieux et la terre. Quatre d’entre eux sont sacrés : telle est la religion droite. [Durant ces mois], ne faites pas de tort à vous-mêmes. Combattez les associateurs sans exception, comme ils vous combattent sans exception. Et sachez qu’Allah est avec les pieux.

9:38. Ô vous qui croyez ! Qu’avez-vous ? Lorsqu’on vous a dit : « Lancez-vous dans le sentier d’Allah » ; vous vous êtes appesantis sur la terre. La vie présente vous agrée-t-elle plus que l’au-delà ? – Or, la jouissance de la vie présente ne sera que peut de chose, comparée à l’au-delà !

9:39. Si vous ne vous lancez pas au combat, Il vous châtiera d’un châtiment douloureux et vous remplacera par un autre peuple. Vous ne lui nuirez en rien. Et Allah est Omnipotent.

9:36. … Et sachez que Dieu est avec ceux qui Le craignent.

9:38-39. Ô vous qui croyez ! Qu’avez-vous à rester cloués au sol, lorsqu’on vous a dit : « Allez combattre pour la cause de Dieu ? » ; vous vous êtes appesantis sur la terre. La vie présente vous agrée-t-elle plus que l’au-delà ? Préférez-vous la vie présente à la vie future ? Mais les plaisir de cette vie ne sont-ils pas bien peu de chose / Si vous refusez d’aller au combat, Dieu sévira durement contre vous et choisira un autre peuple que vous pour Le servir, sans que vous puissiez lui nuire en quoique ce soit, car Sa puissance n’a pas de limite.

La prescripton. Dans le texte arabe, on lit : « le Livre. »

Ces versets et plus généralement l’ensemble de la sourate font référence à l’attitude des compagnons de Mahomet pendant les attaques dirigées contre les « ennemis d’Allah ». Ici, il s’agit en l’occurrence de la bataille de Tabük, au nord de l’Arabie, en territoire byzantin, l’an 9 de l’hégire (631).

On peut se demander à nouveau quelle est l’opportunité de citer ces versets ou ces fragments de versets, au contexte connu et dont l’universalité est improbable, dans un document par lequel on invite les chrétiens à vivre en paix avec les musulmans et de poursuivre avec eux le dialogue islamo-chrétien ? L’on pourrait même se demander si ces citations ne sont pas commandées par une arrière-pensée.

p. 7

64, at-Taghabun [La grande perte médinoise]

64:1. Ce qui est dans les cieux et ce qui est sur la terre glorifient Allah. A Lui la royauté et à Lui les louanges. Et Il est omnipotent.

64:1. Tous ce qui est dans les Cieux et dans la Terre glorifie Dieu. A lui appartient le Royaume et la Louange, et Il est puissant sur toutes choses.

64, at-Taghabun [La grande perte médinoise]

64:4. Il sait ce qu’il y a dans les cieux et la terre, et il sait ce que vous cachez ainsi que ce que vous ne divulguez pas. Et Allah connaît bien le contenu des poitrines.

64:4. Il sait ce qu’il y a dans les Cieux et Il sait ce qu’il y a dans la Terre, et Il connaït ce que vous cachez et ce que vous divulguez. Et Dieu est parfaitement au courant de ce que renferment les poitrines des hommes.

p. 7

64, at-Taghabun [La grande perte médinoise]

64:16. Craignez Allah donc autant que vous pouvez, écoutez, obéissez et faites largesses. Ce sera un bien pour vous. Et quiconque a été protégé contre sa propre avidité… ceux-là sont ceux qui réussissent.

64:16. Craignez donc Dieu autant que vous le pouvez ! écoutez, obéissez et dépensez, dans l’intérêt de vos âmes, car se sont ceux qui se prémunissent contre leur propre avarice qui seront les bienheureux.

6, al-An’am [Les bestiaux, mecquoise]

6:162. Dis : « En vérité, ma Salat [i.e. prièr islamique], mes actes de dévotion, ma vie et ma mort appartiennent à Allah, Seigneur de l’Univers.

6:163. A Lui nul Associé ! Et voilà ce qu’il m’a été ordonné, et je suis le premier à me soumettre. »

6:164. Dis : « Chercherais-je un autre Seigneur qu’Allah, alors qu’Il est le Seigneur de toute chose ? Chacun n’acquiert [le mal] qu’à son détriment : personne ne portera le fardeau [responsabilité] d’autrui. Puis vers votre Seigneur sera votre retour et Il vous informera de ce que en quoi vous diverger.

6:162-164. Dis : Ma prière, mes actes de dévotion, ma vie et ma mort sont entièrement voués à Dieu, Seigneur des Mondes, / qui n’a point d’associés. Tel est l’ordre que j’ai reçu et auquel je suis le premier à me soumettre. / Dis : Devrais-je chercher un autre maître que Dieu, alors qu’il est le Seigneur de toute chose ? Nul ne commet le mal qu’à son propre détriment, et nul n’aura à assumer les fautes d’autrui.

Univers et des Mondes. Dans le texte coranique arabe, on lit : « les deux Mondes ».

A me soumettre. Dans le texte coranique arabe, on lit : « et je suis le premier des musulmans. » Il est à noter que musulman a aussi l’acceptation de soumis.

La traduction standard est, là aussi, plus fidèle au texte coranique.

3, La famille d’Imran [médinoise]

3:31. Dis : « Si vous aimez vraiment Allah, suivez-moi. Allah vous aimera alors et vous pardonnera vos péchés. » Allah est Pardonneur et Miséricordieux

3:32. Dis : « Obéissez à Allah et au Messager. Et si vous tournez le dos… alors Allah n’aime pas les infidèles ! (1)

(1) Au messager : Muhammad (pbAsl).

3:31. Dis (Ô Mahomet, aux êtres humains) : si vous aimez Dieu, alors suivez-moi ; Dieu vous aimera et vous pardonnera vos pêchés. Dieu est plein de pardon et de miséricorde.

Selon Tabari, le verset 3:31 est la réplique de Mahomet à une délégation d’une tribu arabe chrétienne de Najran, reçue à la mosquée de Médine en 632. En protestant de leur amour de Dieu, les délégués de cette tribu reçurent cette réponse. Voyez la note au verset 3:61, plus bas, p. 16.

Les Signataires décontextualisent ce verset en y ajoutant, entre parenthèses, la mention « Ô Mahomet, aux êtres humains », absente du verset coranique et étrangère à son esprit.

p. 8

73, al-Muzammil [L’enveloppé, mecquoise]

73:8. Et rappelle-toi le nom de ton Seigneur et consacre-toi totalement à lui.

73:8. Invoque le nom de ton Seigneur et consacre-toi à Lui totalement.

Chapitre 2 : L’amour du prochain dans l’islam. p. 11

2, La vache [médinoise]

2:177. La bonté pieuse ne consiste pas à tourner vos visages vers le Levant ou le Couchant. Mais la bonté pieuse est de croire en Allah, au Jour dernier, aux anges, au Livre et aux prophètes, de donner de son bien, quelqu’amour qu’on en ait, aux proches, aux orphelins, aux nécessiteux, aux voyageurs indigents et à ceux qui demandent l’aide, et pour délier les jougs (1), d’accomplir la Salat [i .e. prière islamique] et de d’acquitter la Zakat [i.e. impôt religieux islamique]. Et ceux qui remplissent leur engagement lorsqu’ils se sont engagés, ceux qui sont endurants dans la misère, la maladie et quand les combats font rage (2), les voilà les véridiques et les voilà les vrais pieux.

(1) Littéralement, les cous, c’est-à-dire l’affranchissement des esclaves et des prisonniers de guerre.

(2) Dans la guerre contre les infidèles.

2:177. La piété ne consiste pas à tourner sa face du côté de l’Orient ou de l’Occident ; la piété c’est de croire en Dieu, au Jour dernier, aux anges, aux Livres et aux prophètes ; la piété c’est de donner de son bien – quelque attachement qu’on lui porte −, aux proches, aux orphelins, aux indigents, aux voyageurs et aux mendiants ; la piété c’est aussi de racheter les captifs, accomplir la prière, s’acquitter de l’aumône, demeurer fidèle à ses engagements, se monter patient dans l’adversité, dans le malheur et face au péril. Telles sont les vertus qui caractérisent les croyants pieux et sincères.

Aux Livres. Dans le texte coranique arabe, on lit « au Livre », au singulier, c’est-à-dire le Coran.

Les Signataires n’ont pas reproduit ici une traduction du verset 2:177, présentée pourtant comme telle dans leur lettre, mais une synthèse censée le résumer. Une synthèse infidèle qui, d’une part altère le sens du texte coranique avec le mot Livre, mis au pluriel afin d’occulter l’exclusivité du coran et qui, d’autre part, escamote totalement l’aspect de combat contre les infidèles (jihad), vaguement suggéré par « péril ».

Cela serait-il à mettre sur le compte de leur zèle à trouver des points de convergence avec le christianisme ?

3, La famille d’Imran [médinoise]

3:92. Vous n’atteindrez la (vraie) piété que si vous faites largesse de ce que vous chérissez. Tout ce dont vous faites largesse, Allah le sait certainement bien.

3:92. Vous n’atteindrez la piété qu’en faisant d’une partie des bien que vous aimez. Et quelque aumône que vous fassiez, Dieu en est parfaitement informé.

Chapitre 3 : Venez à une parole commune entre vous et nous. p. 13-16

p. 13

112, al-Ikhlas [Le monothéisme pur, mecquoise]

112:1. Dis : « Il est Allah, Unique

112:2. Allah, le Seul à être imploré pour ce que nous désirons.

112:1-2. Dis : Lui est Dieu et Un /Dieu se suffit à Lui-même.

La traduction des Signataires est fautive pour 112:2. L’écart est important en ce sens qu’il donne à ce verset une signification qu’il n’a pas.

41, Fussilat [Les versets détaillés, mecquoise]

41:43. Il ne t’est dit que ce qui a été dit aux Messagers avant toi. Ton Seigneur est certes Détenteur du pardon et Détenteur aussi d’une punition douloureuse.

41:43. Ce qui t’est dit aujourd’hui est la même chose que ce qui a été dit aux prophètes qui t’on précédé.

46, Al-Ahqaf [i.e. les dunes, et c’est aussi le nom d’une contrée désertique en Arabie saoudite, mecquoise]

46:9. Dis : « Je ne suis pas une innovation parmi les messagers ; et je ne sais pas ce que l’on fera de moi, ni de vous. Je ne fais que suivre ce qui m’est révélé ; et je ne suis qu’un avertisseur clair.

46:9. Dis (Muhammad) : Je ne suis pas nouveau parmi les messagers ! J’ignore le sort que Dieu nous réserve aussi bien à moi qu’à vous. Je ne fais que suivre ce qui m’est révélé, et ma mission ne consiste qu’à avertir en toute clarté.

16, an-Nahl, [Les abeilles, mecquoise]

16:36. Nous avons envoyé dans chaque communauté un Messager, [pour leur dire] : « Adorez Allah et écartez-vous du Taghüt » (1). Alors Allah en guida certains, mais il y en eut qui ont été destinés à l’égarement. Parcourez donc la terre et regardez quelle fut la fin de ceux qui traitaient [nos Messagers] de menteurs.

(1) Comprendre diable, idole et toute fausse divinité.

16:36. En vérité, nous avons envoyé un prophète à chaque communauté avec le message suivant : « Adorez Dieu et éloignez-vous du culte des idoles ! » Et si certaines de ces communautés ont suivi la Voie de Dieu, d’autres ont préféré le chemin de l’erreur. « Allez donc de par le monde et voyez quelle a été la fin de ceux qui criaient au mensonge ! »

Taghüt. Comme cela est suggéré par la note dans la traduction standard, Taghüt désigne tout esprit malfaisant. Taghüt est remplacé par « culte des idoles » dans la traduction produite par les Signataires.

Le terme Taghüt revient à plusieurs reprises dans le Coran

57, al-Hadid [Le fer, médinoise]

57:25. Nous avons effectivement envoyé Nos Messagers avec des preuves évidentes, et fait descendre avec eux le Livre et la balance, afin que les gens établissent la justice. Et nous avons fait descendre le fer, dans lequel il ya une force redoutable, aussi bien que des utilités pour des gens, et pour qu’Allah reconnaisse qui, dans l’Invisible, défendra Sa cause et celle de Ses messagers. Certes, Allah est fort et puissant.

57:25. Nous avons envoyé Nos messagers munis de preuves évidentes et nous avons fait descendre avec eux le Livre et la Balance, afin de faire régner la justice parmi les hommes.

Les Signataires synthétisent ce verset 57:25 plutôt qu’ils ne le traduisent. Il peut de la sorte être tronqué.

p. 14 : Venez à une parole commune !

3, La famille de Imran [médinoise]

3:59. Pour Allah, Jésus est comme Adam qu’Il créa de poussière, puis Il lui dit : « Soit » ; et il fut.

3:60. La vérité vient de ton Seigneur. Ne sois donc pas du nombre des sceptiques.

3:61. A ceux qui te contredisent à son propos maintenant que tu es bien informé, tu n’as qu’à dire : « Venez, appelez nos fils et les vôtres, nos femmes et les vôtres, nos propres personnes et les vôtres, puis proférons exécration réciproque en appelant la malédiction d’Allah sur les menteurs. (1)

3:62. Voilà, certes, le récit véridique. Et il n’y a pas de divinité à part Allah. En vérité, c’est Allah qui est le Puissant, le Sage.

3:63. Si donc ils tournent le dos… alors Allah connaît bien les semeurs de corruption !

3:64. Dis : « Ô gens du Livre, venez à une parole commune entre nous et vous : que nous n’adorions qu’Allah, sans rien Lui associer, et que nous ne prenions point les uns les autres pour seigneurs en dehors d’Allah. » Puis, s’ils tournent le dos, dites : « Soyez témoins que nous, nous sommes soumis. »

3:65. Ô gens du Livre, pourquoi disputez-vous au sujet d’Abraham, alors que la Thorah et l’Evangile ne sont descendus qu’après lui ? Ne raisonnez-vous donc pas ? (2)

3:66. Vous avez bel et bien disputé à propos d’une chose dont vous avez connaissance. Mais pourquoi disputez-vous des choses dont vous n’avez point connaissance ? Or Allah sait, tandis que vous ne savez pas.

3:67. Abraham n’était ni Juif ni Chrétien. Il était entièrement soumis à Allah (Musulman). Et il n’était point du nombre des associateurs. (3)

3:68. Certes, les hommes les plus dignes de se réclamer d’Abraham, sont ceux qui l’ont suivi, ainsi que ce Prophète-ci (4), et ceux qui ont la foi. Et Allah est l’allié des croyants.

(1) Allusion à la délégation des chrétiens de Najran, mais qui ne releva pas le défi. [Mahomet avait reçu à la mosquée de Médine, en 632, une délégation d’une tribu arabe chrétienne de Najran qui, selon la tradition musulmane, n’a pas relevé le défi qui lui aurait été lancé, mais avec laquelle un pacte fut néanmoins conclu.]

(2) Ce verset réfute aussi bien les prétentions des juifs qui affirment qu’Abraham était juif que celle des chrétiens qui disent qu’il était chrétien.

(3) Le mot arabe « Hanifan » signifie celui qui s’éloigne de toutes les doctrines faussées et adhère exclusivement à la vraie religion : l’Islam.

(4) Muhammad (pbAsl).

3:64. Dis : Ô gens des Ecritures ! Elevez-vous à une parole commune entre vous et nous, à savoir de n’adorer que Dieu Seul, de ne rien lui associer et de ne pas nous prendre les uns les autres pour des maîtres en dehors de Dieu. » S’ils s’y refusent, dites leurs : « Soyez témoins que, en ce qui nous concerne, notre soumission à Dieu est totale et entière. »

Soumis à Allah (Musulman). Dans le texte coranique arabe on lit : « Hanifan musulman ».

Contrairement à ce que disent les traducteurs dans leur note 3, hanifan (ou hanif) désigne celui qui, dans l’Arabie antéislamique, sans adorer les idoles païennes, n’est ni juif ni chrétien. En somme, un monothéiste sans obédience. Mahomet a fréquenté dans sa jeunesse des hanifs mecquois, dont la tradition nous a conservé le nom. Dans le souci d’islamiser Abraham, le Coran introduit ici un nouveau concept, celui du hanif musulman. En quoi le texte coranique arabe est plus clair que la traduction qui en est faite.

La traduction standard de ce verset 3:67 s’en trouve, sur ce point, inexacte dans sa forme et son contenu.

Des Ecritures. Dans le texte coranique arabe, on lit : « du Livre ».

Ce verset a été précédemment cité dans l’introduction de la lettre des Signataires. On a cru utile de l’entourer, ici, de versets le précédant et lui succédant afin d’en permettre une meilleure compréhension. Plus, haut, il a suscité le commentaire suivant :

« Plus fidèle, la traduction standard est celle qui traduit le mieux, dans la forme et « dans l’esprit, le texte coranique arabe.

« Dans la traduction produite par les Signataires, l’expression « Elevez-vous », juste « après l’apostrophe aux gens des Ecritures (juifs et chrétiens), signifierait-elle qu’on « considère ces derniers comme dans une position subalterne et qu’on leur enjoint, par « conséquent, de s’élever ?

Le titre de ce paragraphe reprend, en revanche, les termes coraniques exacts : Venez à une parole commune, auxquels il a été ajouté un point d’exclamation.

2, La vache [médinoise]

2:255. Allah ! Point de divinité à part Lui, le Vivant, Celui qui subsiste par lui-même « al Qayyum ». Ni somnolence ni sommeil ne Le saisissent. A Lui appartient tout ce qui est dans les cieux et sur la terre. Qui peut intercéder auprès de Lui sans sa permission ? Il connaît leur passé et leur futur. Et, de Sa science, ils n’embrassent que ce qu’Il veut. Son Trône « Kursiy » déborde les cieux et la terre, dont la garde ne Lui coûte aucune peine. Et Il est le Très Haut, le Très Grand.

2:256. Nulle contrainte en religion ! Car le bon chemin s’est distingué de l’égarement. Donc, quiconque mécroit au rebelle tandis qu’il croit en Allah saisit l’anse la plus solide, qui ne peut se briser. Et Allah est Audient et Omniscient.

2:256. Nulle contrainte en religion.

Dans son tafsir, Tabari rapporte plusieurs anecdotes relatives à la contextualisation de ce début de verset, mais il opine que celui-ci ne s’adresse qu’aux Musulmans, dont la religion n’est pas source de contraintes puisque, comme le dit la suite du verset, c’est « l’anse la plus solide, qui ne peut se briser ».

« Nulle contrainte en religion » n’a donc pas de portée générale comme le donnent à entendre les Signataires. Les musulmans invoquent souvent ce bout de verset pour persuader que leur religion est tolérante.

60, al-Mumtahinah [L’éprouvée, médinoise]

60:8. Allah ne vous défend pas d’être bienfaisants et équitables envers ceux qui ne vous ont pas combattus pour la religion et ne vous ont pas chassé de vos demeures. Car Allah aime les équitables.

60:8. Dieu ne vous défend pas d’être bons et équitables envers ceux qui ne vous attaquent pas en raison de votre religion, et qui ne vous expulsent pas de vos foyers. Dieu aime ceux qui sont équitables.

Il y a derrière cette citation une mise en garde implicite, que le commentaire des Signataires, plus bas, p. 14-15, rend explicite : « En tant que musulmans nous disons aux chrétiens que nous ne sommes pas contre eux et l’islam n’est pas non plus contre eux – tant qu’ils ne déclarent pas la guerre aux musulmans à cause de leur religion, qu’ils ne les oppriment pas et qu’ils ne les expulsent pas de leur foyers (conformément au verset du Coran [al-Mumtahinah 60:8] précédemment cité. »

On ne peut s’empêcher de penser à la présence massive de musulmans en Europe et aux Amériques, aux caricatures de Mahomet parues dans la presse, à la guerre américaine en Irak, etc.

p. 15

3, La famille de Imran [médinoise]

3:109. A Allah appartient tout ce qui est dans les cieux et sur la terre. Et c’est vers Allah que toute chose sera ramenée.

3:110. Vous êtes la meilleure communauté qu’on ait fait surgir pour les hommes. Vous ordonnez le convenable, interdisez le blâmable et croyez à Allah. Si les gens du Livre croyaient, ce serait meilleur pour eux, il y en qui ont la foi, mais la plupart d’entre eux sont des pervers.

3:111. Ils ne sauront jamais vous causer de grand mal, seulement une nuisance (par la langue) ; et s’ils vous combattent, ils vous tourneront le dos, et ils n’auront alors point de secours.

3:112. Où qu’ils se trouvent, ils sont frappés d’avilissement, à moins d’un secours providentiel d’Allah. Ils ont encouru la colère d’Allah et les voilà frappés de malheur, pour n’avoir pas cru aux signes d’Allah, et assassiné injustement les prophètes, et aussi pour avoir désobéi et transgressé.

3:113. Mais ils ne sont pas tous pareils. Il est parmi les gens du Livre, une communauté droite qui, aux heures de la nuit, récite les versets d’Allah en se prosternant.

3:114. Ils croient en Allah et au Jour dernier, ordonnent le convenable, interdisent le blâmable et concourent aux bonnes œuvres.

3:115. Et quelque bien qu’ils fassent, il ne leur sera pas dénié. Car Allah connaît bien les pieux.

3:113-115.Cependant, les détenteurs des Ecritures ne sont pas tous les mêmes, car il y a parmi eux une communauté pieuse dont les membres passent des nuits entière à réciter les versets de Dieu et à se prosterner. / Ils croient en Dieu et au Jour dernier ; ils ordonnent le Bien, réprouvent le Mal, et s’empressent d’accomplir les bonnes œuvres. Ceux-là sont au nombre des justes. / Quelque bien qu’ils fassent, il ne leur sera pas dénié, car Dieu connaît bien ceux qui le craignent.

Vous êtes la meilleure communauté qu’on ait fait surgir pour les hommes. Notion de peuple élu chez les musulmans. Elle explique l’arrogance et la certitude infatuée des Arabes musulmans, mais aussi leur plénitude. L’obligation d’imposer l’islam sur la Terre tire son origine de ce verset.

Encouru la colère d’Allah. Dans le texte coranique arabe, on lit : « En raison de la colère d’Allah ».

La fin de 3:110 et 3:111-112 désignent les juifs. Ces versets sont à mettre en rapport avec le verset 1:7 de la Fatiha, commenté ci-dessus et où il est question de « ceux qui ont encouru Ta colère », auxquels il est souhaité, dans la prière musulmane, de ne pas être guidés dans le droit chemin.

Nous avons ici un exemple de ce que les savants commentateurs musulmans, auteurs de tafsir, désignent par « Expliquer le Coran par le Coran ».

4, an-Nissa [Les femmes, médinoise]

4:171. Ô gens du Livre (Chrétiens), n’exagérez pas dans votre religion, et ne dites d’Allah que la Vérité. Le Messie Jésus, fils de Marie, n’est qu’un Messager d’Allah, Sa parole qu’il envoya à Marie, et un souffle (de vie) venant de Lui. Croyez donc en Allah et en ses Messagers. Et ne dites pas « Trois ». Cessez ! Ce sera meilleur pour vous. Allah n’est qu’un Dieu unique. Il est trop glorieux pour avoir un enfant. C’est à lui qu’appartient tout ce qui est dans les cieux et sur la terre et Allah suffit comme protecteur. (1)

(1) Sa parole qu’il envoya à Marie : « Sois ». Trois : la trinité.

4:171. … Le Messie, Jésus fils de Marie, est un envoyé de Dieu, Son Verbe déposé dans le sein de Marie, un Esprit émanant de Lui…

La citation de ce fragment de verset par les Signataires, hors de son contexte, frise la mauvaise foi.

On comprend que ce verset, qui condamne la Trinité, soit tronqué dans une adresse aux autorités spirituelles de la chrétienté.

3, La famille de Imran [médinoise]

3:64. Dis : « Ô gens du Livre, venez à une parole commune entre nous et vous : que nous n’adorions qu’Allah, sans rien Lui associer, et que nous ne prenions point les uns les autres pour seigneurs en dehors d’Allah. » Puis, s’ils tournent le dos, dites : « Soyez témoins que nous, nous sommes soumis. »

3:64. … à savoir de n’adorer que Dieu Seul, de ne rien Lui associer et de pas prendre les uns les autres pour des maîtres en dehors de Dieu.

p. 15-16

2, La vache [médinoise]

2:135. Ils ont dit (1) : « Soyez Juifs ou Chrétiens, vous serez donc sur la bonne voie ». – Dis : « Non, mais nous suivons la religion d’Abraham, le modèle même de la droiture et qui ne fut point parmi les Associateurs. »

2:136. Dites : « Nous croyons en Allah et en ce qu’on nous a révélé, et ce qu’on a fait descendre (2) vers Abraham, Ismaël et Issac et Jacob et les Tribus, et en ce qui a été donné à Moïse et à Jésus, et en ce qui a été donné aux prophètes, venant de leur Seigneur ; nous ne faisons aucune distinction en eux. Et à Lui nous somme soumis ».

2:137.Alors, s’ils croient à cela même à ce que vous croyez ils seront certainement sur la bonne voie. Et s’ils s’en détournent, ils seront certes dans le schisme ! Alors Allah te suffira comme eux. Il est l’Audient, l’Omniscient.

(1). Ils ont dit : les Juifs et les Chrétiens.

(2). Ce qu’on a fait descendre : en révélation.

2:136-137. Dites (Ô musulmans) : Nous croyons en Dieu, en ce qui nous a été révélé, en ce qui a été révélé à Abraham, Ismaël, Issac, Jacob et aux Tribus ; à ce qui a été donné à Moïse et à Jésus ; à ce qui a été révélé aux prophètes par leur Seigneur, sans établir entre eux aucune différence. Et c’est à Dieu que nous sommes entièrement soumis. / Si les gens du Livre adhère à votre croyance, ils seront dans la bonne voie ; et, s’ils s’en détournent, c’est qu’ils ont opté pour la scission. Dieu te suffira contre eux car Dieu entend tout et sait tout.

p. 16

16, an-Nahl, [Les abeilles, mecquoise]

16:90. Certes, Allah commande, l’équité, la bienfaisance et l’assistance aux proches. Et Il interdit la turpitude, l’acte répréhensible et la rebellion. Il vous exhorte afin que vous-vous souveniez.

16:90. En vérité, Dieu ordonne l’équité, la charité et les libéralités envers les proches, et Il interdit la turpitude, les actes répréhensibles et la tyrannie. Dieu vous exhorte ainsi pour vous amener à réfléchir.

Acte(s) répréhensibles. Dans le texte coranique arabe, on lit : « la prostitution ».

Ici encore, la traduction standard est plus fidèle au texte coranique.

5, Al-Maïda [La table servie, médinoise]

5:48. Et sur toi (Mohammed) Nous avons fait descendre le Livre avec la vérité pour confirmer le Livre qui était là avant lui et pour prévaloir sur lui. Juge donc parmi eux d’après ce qu’Allah a fait descendre. Ne suis pas leurs passions, loin de la vérité qui t’est venue. A chacun de vous Nous avons assigné une législation et un plan à suivre. Si Allah avait voulu, certes Il aurait fait de vous tous une seule communauté. Mais Il veut vous éprouver en ce qu’Il vous donne. Concurrencez donc dans les bonnes œuvres. C’est vers Allah qu’est votre retour à tous ; alors Il vous informera de ce en quoi vous divergiez. (1)

(1) Pour confirmer le Livre : tous les livres révélés avant le Coran.

5:48. Nous t’avons révélé le Coran, expression de la pure vérité, qui est venu confirmer les Ecritures antérieures et les préserver de toute altération. Juge donc entre eux d’après ce que Dieu t’a révélé. Ne suis pas leurs passions loin de la Vérité qui t’est parvenue. A chacun de vous Nous avons tracé un itinéraire et établi une règle de conduite qui lui est propre. Et si Dieu l’avait voulu, Il aurait fait de vous une seule et même communauté ; mais Il a voulu vous éprouver pour voir l’usage que ferait chaque communauté de ce qu’Il lui a été donné. Rivalisez donc d’effort dans l’accomplissement des bonnes œuvres, car c’est vers Dieu que vous ferez retour, et vous éclairera alors sur l’origine de vos différences.

Prévaloir. Le texte coranique donne dans ce verset la prééminence au Coran sur la Bible et le Nouveau testament. L’exclusivité fait dire à certains commentateurs musulmans, dans les tafsir, que le Coran annule et remplace les Ecritures qui l’ont précédé.

Ce verset est à mettre enfin en rapport avec 3:110, cité ci-dessus, qui désigne les Arabes musulmans par peuple élu.

Cet aspect exclusif est gommé dans la traduction des Signataires, qui redoublent ici de mauvaise foi. Mauvaise foi que l’on ne saurait expliquer uniquement par le souci affiché de trouver des points de convergence avec le christianisme.

ANALYSE SOMMAIRE

A ma connaissance, c’est le premier texte où des muuslmans mêlent Coran et paroles d’Evangile dans un but a priori louable, savoir la paix dans le monde, à laquelle Musulmans et Chrétiens sont invités à concourir.

On s’y applique donc à trouver des points de convergence entre l’islam et le christianisme, quitte à tronquer certains versets cités, à en falsifier d’autres (comme dans 5:48 ci-dessus) et à faire dire à d’autres encore ce qu’ils ne disent pas.

Il est donc légitime de s’interroger sur la sincérité des Signataires de cette lettre.

Il apparaît qu’ils sont soucieux de la poursuite du dialogue islamo-chrétien, qui ne semble pas faire partie des priorités retenues par l’actuel pape Benoît XVI.

Le dialogue islamo-chrétien, initié à la fin des années 1970, a tourné à l’avantage de l’islam, que désormais l’Eglise « comprend » et « respecte », alors que rien la réciprocité reste problématique du côté de l’Islam.

Cette lettre, dont c’est le premier anniversaire d’envoi au pape Benoît XVI, comme le signale son titre, ne semble pas avoir reçu de réponse. Cela explique l’élargissement de sa diffusion auprès de l’ensemble des autorités spirituelles du christianisme, comme pour les prendre à témoin et forcer la main au Vatican.

Par le style, cette lettre reste un document musulman-type, où s’affichent la certitude et la morgue islamiques, si opposées à l’humilité chrétienne. Les mises en garde et les menaces à peine voilées qu’elle renferme et qui, sans le dire, font référence à un contexte international troublé (1), ne préjugent pas de la sincérité des signataires.

Vichy, 7 novembre 2007

(1) Affaire des caricatures, conférence papale de Ratisbonne, guerre américaine en Iraq, etc.

Peut-on tuer au nom de Dieu ? (suite)

Peut-on tuer au nom de Dieu ? (suite)

Bonjour,

Pour compléter la réflexion préalablement exposée, je demandais à un éminent islamologue qui déjà, avait bien voulu réaliser une étude sur la valeur des versets coraniques utilisés dans le cadre de la lettre des 138 musulmans, de préciser les versets du Coran pouvant expliquer ou justifier les meurtres à l’encontre des Chrétiens.

Je l’en remercie infiniment et vous livre donc sa réponse qui dès les premières lignes explique le pourquoi du silence de l’Islam sur tous ces assassinats.

En union dans la prière,

JPB

Combat, jihad, violence, amour du prochain.

Il est à noter que dans la traduction française, le terme combat est quelque peu édulcoré.

En arabe, la racine de ce terme est KTL, tuer. La forme syntaxique de ses différentes déclinaisons dans le Coran traduit la dualité et la réciprocité : s’entretuer, tuer et se faire tuer, combat jusqu’à ce que mort s’ensuive ou encore combat meurtrier sont donc plus proches de l’esprit et de la lettre coranique.

En effet, cette forme syntaxique, courante dans le coran signifie que l’action est réciproque (kâtala, d’où la traduction facile de combattre, combattez, etc.) On y trouve également le substantif kitâl, (combat jusqu’à la mort, tuerie).

Au lieu de combattez, une traduction judicieuse devrait dire : tuez et faites-vous tuer.

Il arrive cependant que les traducteurs emploient, sans biaiser, les termes appropriés de tuer, tuez [e.g. 2:91] et de meurtre [e.g. 33:16], ainsi que l’expression frappez [avec une arme] au cou [e.g. 47:4].

Jihad est tantôt traduit par combat, tantôt par lutte.

Les versets cités appartiennent tous à des sourates médinoises, soit des versets qui règlementent ou qui abrogent. Ils sont classés par ordre de sourate et de numéro dans ces sourates. La liste n’est pas exhaustive.

Enfin, la traduction employée ici est celle parue avec imprimatur du Ministère saoudien des affaires religieuses, qui se vend partout à un prix dérisoire. Il existe une autre traduction qui peut également être utilisée, sans différences majeures, homologuée par la Mosquée de Paris et vendue, entre autres, à la librairie de l’Institut du monde arabe.

2:191

Et tuez-les, où que vous les rencontriez ; et chassez-les d'où ils vous ont chassés: l'association est plus grave que le meurtre. Mais ne les combattez pas près de la Mosquée sacrée avant qu'ils ne vous y aient combattus. S'ils vous y combattent, tuez-les donc. Telle est la rétribution des mécréants.

2:216

Le combat vous a été prescrit alors qu'il vous est désagréable. Or, il se peut que vous ayez de l'aversion pour une chose alors qu'elle vous est un bien. Et il se peut que vous aimiez une chose alors qu'elle vous est mauvaise. C'est Allah qui sait, alors que vous ne savez pas.

2:246

N'as-tu pas su l'histoire des notables, parmi les enfants d'Israël, lorsqu'après Moïse ils dirent à un prophète à eux: "Désigne-nous un roi, pour que nous combattions dans le sentier d'Allah". Il dit: "Et si vous ne combattez pas, quand le combat vous sera prescrit?" Ils dirent: "Et qu'aurions-nous à ne pas combattre dans le sentier d'Allah, alors qu'on nous a expulsés de nos maisons et qu'on a capturé nos enfants?" Et quand le combat leur fut prescrit, ils tournèrent le dos, sauf un petit nombre d'entre eux. Et Allah connaît bien les injustes.

3:121

Lorsqu'un matin, tu (Muhammad) quittas ta famille, pour assigner aux croyants les postes de combat et Allah est Audient et Omniscient.

4:48

Ils aimeraient vous voir mécréants comme ils ont mécru: alors vous seriez tous égaux ! Ne prenez donc pas d'alliés parmi eux, jusqu'à ce qu'ils émigrent dans le sentier d'Allah. Mais s'ils tournent le dos saisissez-les alors, et tuez-les où que vous les trouviez; et ne prenez parmi eux ni allié ni secoureur,

4:74

Qu'ils combattent donc dans le sentier d'Allah, ceux qui troquent la vie présente contre la vie future. Et quiconque combat dans le sentier d'Allah, tué ou vainqueur, Nous lui donnerons bientôt une énorme récompense.

4:77

N'as-tu pas vu ceux auxquels on avait dit: "Abstenez-vous de combattre, accomplissez la Salâ [i.e. prière muzz] et acquittez la Zakâ [i.e. impôt religieux muzz] !" Puis lorsque le combat leur fut prescrit, voilà qu'une partie d'entre eux se mit à craindre les gens comme on craint Allah, ou même d'une crainte plus forte encore, et à dire: "Ô notre Seigneur! Pourquoi nous as-Tu prescrit le combat? Pourquoi n'as-Tu pas reporté cela à un peu plus tard ?" Dis: "La jouissance d'ici-bas est éphémère, mais la vie future est meilleure pour quiconque est pieux. Et on ne vous lésera pas, fût-ce d'un brin de noyau de datte.

4:84

Combats donc dans le sentier d'Allah, tu n'es responsable que de toi même, et incite les croyants (au combat) Allah arrêtera certes la violence des mécréants. Allah est plus redoutable en force et plus sévère en punition.

4:91

Vous en trouverez d'autres qui cherchent à avoir votre confiance, et en même temps la confiance de leur propre tribu. Toutes les fois qu'on les pousse vers l'Association, (l'idolâtrie) ils y retombent en masse. [Par conséquent,] s'ils ne restent pas neutres à votre égard, ne vous offrent pas la paix et ne retiennent pas leurs mains (de vous combattre), alors, saisissez-les et tuez les où que vous les trouviez. Contre ceux-ci, Nous vous avons donné une autorité manifeste.

6:65

Dis: "Il est capable, Lui, de susciter contre vous, d'en haut, ou de dessous vos pieds, un châtiment, ou de vous confondre dans le sectarisme. Et Il vous fait goûter l'ardeur (au combat) les uns aux autres." Regarde comment Nous exposons Nos versets. Peut-être comprendront-ils ?

8:16

Quiconque, ce jour-là, leur tourne le dos, - à moins que ce soit par tactique de combat, ou pour rallier un autre groupe, - celui-là encourt la colère d'Allah et son refuge sera l'Enfer. Et quelle mauvaise destination !

8:65

Ô Prophète, incite les croyants au combat. S'il se trouve parmi vous vingt endurants, ils vaincront deux cents; et s'il s'en trouve cent, ils vaincront mille mécréants, car ce sont vraiment des gens qui ne comprennent pas.

8:67

Un prophète ne devrait pas faire de prisonniers avant d'avoir prévalu (mis les mécréants hors de combat) sur la terre. Vous voulez les biens d'ici-bas, tandis qu'Allah veut l'au-delà. Allah est Puissant et Sage.

9:5

Après que les mois sacrés expirent, tuez les associateurs où que vous les trouviez. Capturez-les, assiégez-les et guettez-les dans toute embuscade. Si ensuite ils se repentent, accomplissent la Salâ et acquittent la Zakâ, alors laissez-leur la voie libre, car Allah est Pardonneur et Miséricordieux.

9:39

Si vous ne vous lancez pas [au combat], Il vous châtiera d'un châtiment douloureux et vous remplacera par un autre peuple. Vous ne Lui nuirez en rien. Et Allah est Omnipotent.

9:41

Légers ou lourds, lancez-vous au combat, et luttez avec vos biens et vos personnes dans le sentier d'Allah. Cela est meilleur pour vous, si vous saviez.

9:44

Ceux qui croient en Allah et au Jour dernier ne te demandent pas permission quand il s'agit de mener combat avec leurs biens et leurs personnes. Et Allah connaît bien les pieux.

9:46

Et s'ils avaient voulu partir [au combat], ils lui auraient fait des préparatifs. Mais leur départ répugna à Allah; Il les a rendus paresseux. Et il leur fut dit: "Restez avec ceux qui restent".

9:81

Ceux qui ont été laissés à l'arrière se sont réjouis de pouvoir, rester chez eux à l'arrière du Messager d'Allah, ils ont répugné à lutter par leurs biens et leurs personnes dans le sentier d'Allah, et ont dit: "Ne partez pas au combat pendant cette chaleur!" Dis: "Le feu de l'Enfer est plus intense en chaleur." - S'ils comprenaient!

9:83

Si Allah te ramène vers un groupe de ces [gens-là], et qu'ils te demandent permission de partir au combat, alors dis: "Vous ne sortirez plus jamais en ma compagnie, et vous ne combattrez plus jamais d'ennemis avec moi. Vous avez été plus contents de rester chez vous la première fois; demeurez donc chez vous en compagnie de ceux qui se tiennent à l'arrière".

9:86

Et lorsqu'une Sourate est révélée: "Croyez en Allah et luttez en compagnie de Son messager", les gens qui ont tous les moyens [de combattre] parmi eux te demandent de les dispenser [du combat], et disent: "Laisse-nous avec ceux qui restent".

9:87

Il leur plaît, [après le départ des combattants] de demeurer avec celles qui sont restées à l'arrière. Leurs cœurs ont été scellés et ils ne comprennent rien.

9:88

Mais le Messager et ceux qui ont cru avec lui ont lutté avec leurs biens et leurs personnes. Ceux-là auront les bonnes choses et ce sont eux qui réussiront.

9:90

Et parmi les Bédouins, certains sont venus demander d'être dispensés [du combat]. Et ceux qui ont menti à Allah et à Son messager sont restés chez eux. Un châtiment douloureux affligera les mécréants d'entre eux.

24:53

Et ils jurent par Allah en serments solennels que si tu le leur ordonnais, ils sortiraient à coup sûr [au combat]. Dis: "Ne jurez donc pas. [Votre] obéissance [verbale] est bien connue. Allah est Parfaitement Connaisseur de ce que vous faites".

33:16

Dis: "Jamais la fuite ne vous sera utile si c'est la mort [sans combat] ou le meurtre [dans le combat] que vous fuyez; dans ce cas, vous ne jouirez [de la vie] que peu [de temps]".

33:18

Certes, Allah connaît ceux d'entre vous qui suscitent des obstacles, ainsi que ceux qui disent à leurs frères: "Venez à nous", tandis qu'ils ne déploient que peu d'ardeur au combat,

47:4

Lorsque vous rencontrez [au combat] ceux qui ont mécru frappez-en les cous. Puis, quand vous les avez dominés, enchaînez-les solidement. Ensuite, c'est soit la libération gratuite, soit la rançon, jusqu'à ce que la guerre dépose ses fardeaux. Il en est ainsi, car si Allah voulait, Il se vengerait Lui-même contre eux, mais c'est pour vous éprouver les uns par les autres. Et ceux qui seront tués dans le chemin d'Allah, Il ne rendra jamais vaines leurs actions.

47:20

Ceux qui ont cru disent: "Ah ! Si une Sourate descendait !" Puis, quand on fait descendre une Sourate explicite et qu'on y mentionne le combat, tu vois ceux qui ont une maladie au cœur te regarder du regard de celui qui s'évanouit devant la mort. Seraient bien préférables pour eux.

juillet 24, 2010

Peut-on tuer au nom de Dieu ?

Peut-on tuer au nom de Dieu ? Il est rappelé régulièrement les attaques violentes, pire, les meurtres des musulmans au nom de l’Islam disent-ils à l’encontre des Chrétiens. Cette vision de l’Islam, d’un certain Islam diront certains, mais dont les conséquences à savoir les actes qui en découlent, ne se trouvent jamais condamnées à notre connaissance, fut-ce par un Islam modéré. Le théologien, l’exégète, se trouve dès lors obligé de s’interroger sur les raisons qui amènent les musulmans à tuer au nom de Dieu. Préalablement, il serait facile de dire que les Croisés tuèrent tout autant quelques siècles plus tôt, que la guerre dite des religions entre Catholiques et Protestants, par exemple, n’ont rien à envier aux massacres alors opérés, et que dès lors le Christianisme devrait se taire en faisant son mea culpa : Non, dans l’histoire, ces guerres diverses n’avaient qu’un raison, il ne s’agissait pas de tuer au nom de Dieu, mais de se battre pour des motifs uniquement politiques. La problématique présentement posée est de rechercher l’origine scripturaire permettant, pour les tenants de ces actes, de justifier la tuerie accomplie au nom de Dieu. Dieu est Amour ! Quelle Religion, quelle révélation divine, quelle quête vers Dieu, peut prétendre autre chose que de dire et affirmer que Dieu est Amour ? Sauf alors à affirmer que la prétendue religion, la prétendue révélation, la prétendue quête spirituelle, ne vient pas de Dieu. Si donc Dieu est Amour, comme l’affirme le Christianisme, l’Amour est l’une des manifestations de la Vie, et la mort ne lui est-elle pas étrangère ? La mort vient-elle de Dieu ? La mort est-elle voulue par Dieu ? I La révélation Biblique nous enseigne que la mort est entrée dans le monde par la Chute, qui est en quelque sorte le refus de la Vie intemporelle que Dieu proposait à nos premiers parents, qui préférèrent se nourrir et donc vivre par leurs propres moyens : à la manducation d’Adam, Jésus+Christ répond que l’homme ne se nourrit pas seulement de pain, mais de toutes les paroles qui sortent de la bouche de Dieu. Dans le dessein divin et l’œuvre des six jours, la mort n’existe pas, c’est la vie qui se trouve toujours créée. « Car Dieu n'a pas fait la mort, il ne prend pas plaisir à la perte des vivants. Il a tout créé pour l'être ; les créatures du monde sont salutaires, en elles il n'est aucun poison de mort, et l'Hadès ne règne pas sur la terre ; car la justice est immortelle” est-il rappelé en Sagesse, I, 13-15. Dieu n’a pas fait la mort : “ Voilà pourquoi, de même que par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, et qu'ainsi la mort a passé en tous les hommes, du fait que tous ont péché.” rappelle l’Apôtre Paul aux Romains V, 12. II A l’inverse, le Coran énonce qu’Allah est “Celui qui a créé la mort et la vie afin de vous éprouver (et de savoir) qui de vous est le meilleur en œuvre, et c'est Lui le Puissant, le Pardonneur. » (Sourate 67,2) Selon le Coran, la mort vient de Dieu. Si donc la mort vient de Dieu, tuer l’autre ne serait pas être étranger à l’œuvre de Dieu, puisque la mort fait partie de Son dessein. Avant d’aller plus outre il sera observé que cette sourate soulève que Dieu éprouve l’être pour savoir comment l’homme réagit. Cette idée sur la condition de la connaissance de la créature, qui serait méconnue par avance par Dieu, s’oppose à la reconnaissance que Dieu soit Dieu, à Son Eternité au profit d’une temporalité dans Sa conscience, dans le Coran, Allah n’est donc pas omniscient ! Or, si selon le Coran II, 145: «Personne ne peut mourir que par la permission de Dieu, et au moment prédéterminé. Quiconque veut la récompense d'ici-bas, Nous lui en donnons. Quiconque veut la récompense de l'au-delà, Nous lui en donnons et Nous récompenserons bientôt les reconnaissants. » Il faut donc que le musulman estime agir avec et par la permission d’Allah ! Nous ne sommes donc pas – le musulman étant, devenant ou se croyant, la main d’Allah – dans le contexte des guerres occidentales dites de religion aux motifs en fait purement politiques et d’intérêts personnels. III Face à cette réflexion hâtivement exposée, il convient de s’interroger sur le sens, les rasions, les fondements de ces actions contre les Chrétiens, jamais condamnées par l’Islam, mais aussi comment l’Islam dans ces conditions peut-elle être une religion ? En union dans la prière JPB

mai 27, 2010

A propos de la controverse d’Augustin et de Vincitius Victor Sur la question notamment du salut des êtres non baptisés

Un livre fort médiocre car brillant par son absence de références précises, notes, et autres éléments fondamentaux aptes à justifier les dires de l’auteur, justifiait toutefois son acquisition récente et provisoire par le sujet posé (l’Harmatan éd) : l’opposition de Vincentius Victor à l’évêque d’Hippone sur divers points revenant à la question du salut. Pour les références à la pensée de St Augustin, j’ai suivi les leçons du n° spécial sur le Baptême de la revue Itinéraires Augustiniens, N° 29, janvier 2003. Un seul des aspects dans cette polémique sera examiné présentement : la possibilité du salut des enfants morts sans baptême. I Si l’on se réfère aux Ecritures, Marc XVI, 16 : « Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé ; celui qui ne croira pas, sera condamné”, et si l’on entend le Magistère de l’Eglise sur le baptême en corrélation avec Jean III, 5 : “ Jésus répondit : "En vérité, en vérité, je te le dis, à moins de naître d'eau et d'Esprit, nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu.”, sans donc le sacrement du baptême, l’être ne serait pas sauvé. II Saint Augustin au 2° livre, § 22 de son traité sur La grâce de Jésus+Christ et du péché originel écrit : “ les enfants qui meurent sans baptême ne peuvent attendre que la mort éternelle. D'un autre côté, puisque ces enfants ne peuvent avoir commis aucun péché dans cette vie, s'ils ont besoin de justification, ce ne peut être qu'en raison du péché originel. » Dans sa controverse avec les Pélagiens au travers de son traité Du mérite de la rémission des péchés et du baptême des petits enfants, en son livre 1er §21 « La mort vient du péché », Augustin insiste en déclarant : « Par suite, on peut affirmer avec vérité que les petits enfants qui- meurent sans baptême seront placés dans la plus douce de toutes les damnations ; mais c'est adopter et propager une grosse erreur que de publier qu'ils ne seront point damnés ; car l'Apôtre dit : « Pour un seul péché il y a un jugement de condamnation » ; et il ajoute bientôt après : « Par la faute d'un seul tous les hommes tombent sous la condamnation ». » Naître ou ne pas naître ? « Comment douter que ces enfants morts sans le baptême, n'ayant que le péché originel, et sans s'être rendus coupables d'aucune faute volontaire, n'auront pas à subir de toutes les peines la plus légère? Quoique je ne puisse pas définir le caractère, la nature, la grandeur de cette peine, je n'ose pas dire cependant que le néant eût mieux valu pour eux que l'existence » déclare St Augustin en son Contre Julien, au livre 5, § 44. III L’évêque d’Hippone se trouve souventes fois dans sa réflexion, confronté à l’obligation d’admettre la prédestination, parfois est employé le terme de justification, quant à la question de ce qui reste insondable pour lui : pourquoi l’un étant baptisé sera sauvé, l’autre ne l’étant pas, ne le sera pas. De première part, dans sa réflexion théologique, Augustin ne tranche pas - dans le cadre de son œuvre - sur l’origine de l’âme (1), entre traducianisme (l’âme descend par génération de celle d’Adam) et le créatianisme (l’âme créée par un acte spécial de Dieu). Il manque une dimension spirituelle à ces considérations rappelées, d’autant que St Augustin ne manque pas de s’interroger : « D'ailleurs, après même que deux enfants ont été baptisés, qu'on me dise donc pourquoi l'un est enlevé de ce monde, de peur que le péché: ne pervertisse son intelligence tandis que l'autre, — un impie à venir, — vivra cependant? N'est-il pas vrai que s'ils étaient enlevés tous les deux, tous les deux aussi entreraient dans le royaume des cieux? Et néanmoins, en Dieu point d'injustice ! » (Du mérite de la rémission des péchés et du baptême des petits enfants, Livre 1 §30) La lecture de Sagesse IV, 7 à 14, ne se résume pas au verset 11 tiré de son contexte et cité par Augustin. Se trouve évoquée la situation du Juste qui, « devenu parfait en peu de temps, il a fourni une longue carrière. Son âme était agréable au Seigneur, aussi est-elle sortie en hâte du milieu de la perversité » et ainsi, se présentent les versets 13 et 14. Ainsi se présente intégralement le texte : « Le juste, même s'il meurt avant l'âge, trouve le repos. La vieillesse honorable n'est pas celle que donnent de longs jours, elle ne se mesure pas au nombre des années ; c'est cheveux blancs pour les hommes que l'intelligence, c'est un âge avancé qu'une vie sans tache. Devenu agréable à Dieu, il a été aimé, et, comme il vivait parmi des pécheurs, il a été transféré. Il a été enlevé, de peur que la malice n'altère son jugement ou que la fourberie ne séduise son âme ; car la fascination du mal obscurcit le bien et le tourbillon de la convoitise gâte un esprit sans malice. Devenu parfait en peu de temps, il a fourni une longue carrière. Son âme était agréable au Seigneur, aussi est-il sorti en hâte du milieu de la perversité.” Nous avons par l’exemple proposé, une indication de la manière dont Dieu nous appelle à œuvrer pour le monde, dès lors que l’ouvrier a achevé son travail, libre, il peut soit le poursuivre mais il demeure soumis à la tentation du monde qui demeure dans l’attente de sa délivrance suite à la chute (Romains VIII, 18-26), alors que la possibilité lui est laissée de gagner le sein du Père. Celui qui n’a pas achevé son travail d’ouvrier, fut-il appelé à la onzième heure, restera dans le champ de la création, pour accomplir la tâche qui lui revient. La seule prédestination qui ait cours dans le Christianisme, c’est l’Appel que nous adresse individuellement et en permanence Le Père, à suivre Son Fils selon ce que le rappellent les évangiles. IV Devant le Mystère de la Grâce, de l’Amour de Dieu, il échet de ne pas oublier (I Timothée II, 3-7) : « Voilà ce qui est bon et ce qui plaît à Dieu notre Sauveur, lui qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. Car Dieu est unique, unique aussi le médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus, homme lui-même, qui s'est livré en rançon pour tous.” Que tous les hommes soient sauvés ! L’Amour qui est Dieu peut-il n’être que partiel, où ne doit-il pas être total ? Réduire l’amour de Dieu serait réduire Dieu Lui-même ! L’infini n’appartient qu’à Dieu, quel orgueil pour l’homme de juger de ce que des êtres pourraient ne pas bénéficier de la Grâce ! Le baptême est-il conditionnel au salut ? Il convent de se souvenir de la promesse faite au bon larron sur la croix qui n’était pas baptisé et à qui le Royaume était promis (Luc XXIII, 43) Il convient de se souvenir que les païens de Césarée furent baptisés après avoir été sauvés (Actes X, 44-48) Consciente du fait que l’on ne saurait conditionner le salut au seul baptême administré de manière sacramentelle, l’Eglise a introduit dans sa théologie, le baptême de désir qui pourrait trouver sa justification en Jean XIV, 23. La théologie à cet égard impose toutefois que soit joint au désir, une contrition parfaite, dès lors en ses classiques énoncés d’un autre temps peut-être, l’Eglise estimait que, faute pour un enfant de d’exprimer une contrition parfaite, le baptême de désir ne saurait être reconnu à des enfants. La disposition de la contrition parfaite est dogmatiquement exacte. Toutefois, la formulation mérite la critique, car s’il y a réel désir du baptême, il y a obligatoirement tension vers Dieu et de ce fait expression de la conscience avec l’humilité qui résulte d’une telle attente de la Grâce. Tout sacrement reçu par simonie ou comme simulacre, est de facto invalide. De surcroît quelle conscience pour l’enfant recevant le baptême d’eau ? S’ il est soutenu par l’engagement de ses parents, comment l’Eglise peut-elle oublier alors, en substitution à un ou deux être s’engageant pour l’enfant, le principe d’Economie qui relève de la Communion des Saints où c’est l’Eglise visible et invisible qui suppléera à cette provisoire et théorique absence de conscience. Cette omission de la partie dite invisible de l’Eglise, nous engage à réfléchir sur la conscience que nous pourrions avoir de ce qu’est l’Eglise, fondée non pas sur Pierre, mais sur la foi de Pierre dont le Christ ne manque pas de rappeler que l’affirmation de l’Apôtre ne vient pas de lui mais du Père (Matthieu XVI, 17). C’est l’Esprit Saint qui, au soir de la résurrection par Jésus+christ, est donné aux Apôtres (Jean XX, 19-23) et cette Pentecôte Johannite constitue le début de l’Eglise. Eglise qui se manifestera dans le monde à l’occasion de la seconde Pentecôte (Actes II, 1-5). L’Eglise repose sur et existe par La Présence de l’Esprit Saint, Présence Deuxième de la Très Sainte Trinité qui avait quitté le monde à la suite de la chute adamique. Le concile de Trente en son décret sur la justification (6° session, 13 janvier 1547, Denznzinger : Symboles et définitions de la foi catholique, Cerf éd § 1524), énonce quant au transfert de l’état hérité du premier Adam à l’état de grâce permis par le second Adam, Jésus+Christ, que « Ce transfert ne peut se faire sans le bain de la régénération ou le désir de celui-ci. » Dès lors que l’Eglise repose sur l’Esprit Saint, comment l’homme peut-il juger du Désir du demandeur à la Grâce ? Répondant à des pharisiens convertis, au sujet de païens, Pierre déclare : “Dieu, qui connaît les cœurs, a témoigné en leur faveur, en leur donnant l'Esprit Saint tout comme à nous. Et il n'a fait aucune distinction entre eux et nous, puisqu'il a purifié leur cœur par la foi. Pourquoi donc maintenant tentez-vous Dieu en voulant imposer aux disciples un joug que ni nos pères ni nous-mêmes n'avons eu la force de porter ? D'ailleurs, c'est par la grâce du Seigneur Jésus que nous croyons être sauvés, exactement comme eux." (Actes, XV, 8-12). La purification se fait par la Foi, et quand bien même cette Foi ne serait pas acquise pour une enfant, le canon 13 sur le sacrement de baptême du concile de Trente (décret sur les sacrements, canons sur le sacrement du baptême, 7° session, 3 mars 1547, Denznzinger op. cité, § 1613) rappelle : « Si quelqu’un dit que les petits-enfants, par le fait qu’ils ne font pas acte de foi, ne doivent pas être comptés parmi les fidèles, après qu’ils ont reçu le baptême, et que, pour cette raison, ils doivent être rebaptisés quand ils sont arrivés à l’âge de discrétion, ou qu’il est préférable d’omettre leur baptême plutôt que de les baptiser dans la seule foi de l’Eglise, eux qui ne croient pas par un acte personnel de foi ; qu’il soit anathème. » Dans les champs spirituels, le temps de l’homme n’est pas le temps de Dieu. V La condition de la contrition parfaite de la part d’un enfant, disparaît-elle quant au baptême de Désir ? Il serait trop facile de rétorquer que le signe sensible du sacrement à savoir l’eau naturelle suffit à la réception du baptême : Ce point sur la validité n’est pas contesté, mais il n’est pas interdit de s’interroger sur l’absence de contrition parfaite pour l’enfant venant de naître ou n’ayant pas acquis cette conscience. Le sacrement est de fait valide ! Sur cette carence de l’enfant, l’Eglise répond que les parents, suppléent à la conscience faisant défaut en s’engageant à instruire l’enfant. Ce ne sont pourtant pas eux qui reçoivent le sacrement, et dans cette circonstance, le temps est admis pour que l’enfant accède à cette contrition qui autrefois dans l’Eglise Latine se nommait Communion solennelle ou renouvellement des vœux du baptême. Pourquoi n’en serait-il pas de même pour les enfants morts sans baptême, dont les parents qui, ayant le désir de faire baptiser leur progéniture, ne le purent ? Toute prière est source de Grâce et tension vers Dieu et, en cas d’intention pour un être, vers celui-ci aussi : l’enfant mort sans baptême par cette prière bénéficie certainement de la grâce de la contrition parfaite. La constitution dogmatique sur l’Eglise « Lumen Genitum » en la 5° session publique du 21 novembre 1964, rappelle : « Dans cette sorte d’Eglise domestique [qu’est la famille], il faut que les parents soient pour leurs enfants, par la parole et l’exemple, les premiers messagers de la foi, et qu’ils favorisent la vocation propre de chacun, avec un soin tout spécial la vocation sacrée. » (Denznzinger op cité, § 4128) Si les parents, faillissent à leur mission, la contrition parfaite pouvant n’être pas vécue, le sacrement est de fait, et demeure indélébile. Il est accordé un temps à celui qui reçoit le baptême d’eau, ce temps pourrait-il être refusé à celui qui bénéficie du baptême de Désir ? Je devine la critique qui pourrait être opposée cette question : Il est de foi que le sacrement du baptême s’opère par le signe sensible qu’est l’eau et la formule prononcée au Nom des trois Personnes Divines. J’objecterai à cela que l’on ne doit pas oublier l’intention qui, si elle s’impose au célébrant, s’impose de même au récipiendaire : cette ferme intention pour le baptisé ne saurait être différente pour l’enfant selon que le sacrement s’accomplit par le signe sensible ou par le Désir qui pourrait être le sien ou celui de ses parents. Le signe sensible prévaut-il sur l’intention ? Le signe prévaudra en effet dès lors que le sacrement auquel il se rattache est institué notamment par ledit signe qui doit être alors précisément établi comme moyen d’accès à la grâce sacramentelle. Dans la mesure où relativement au sacrement du baptême, l’Eglise reconnaît, en sus du baptême d’eau, le baptême de Désir et le baptême de sang, le signe sensible ne prévaut plus comme condition absolue à la réception de ce sacrement. A l’inverse et par exemple le Mystère Eucharistique ne peut s’accomplir que par le « rappel-actualisation » des paroles prononcées par NSJ+C lors de la dernière Cène, d’autant que le Sauveur ajoute « Faites ceci en mémoire de moi. » VI L’existence des limbes n’est mentionnée ni dans la Bible, ni chez les Pères ! Grégoire de Nysse en son traité A Hiéros, Sur les enfants morts prématurément, à la question de savoir s’il vaut mieux vivre ou ne pas vivre, déclare (§12) : « Or, pour celui qui n’a pas vécu du tout, il n’y a pas matière à rétribution. Pour ceux chez qui le don est absent, on ne pourra pas parler proprement de rétribution (don en retour). Et sil n’y a pas de rétribution, ce que l’on peut espérer n’est ni bon ni mauvais, car ce terme (de rétribution) signifie que l’on reçoit en échange, ce qui est censé être bien ou mal. Or, ce qui ne se trouve ni dans le bien ni dans le mal n’est absolument nulle part. » Grégoire de Naziance en son Discours XL Pour le saint baptême, à propos de ceux qui, non baptisés, désirent le sacrement, conclut le paragraphe 23 en ces termes : « Si tu le veux ainsi, si tu te contentes du désir du désir du baptême pour en recevoir la vertu, tu devras aussi, à la place de la gloire éternelle, te satisfaire du désir de celle-ci. Et quelle torture pour toi de ne jamais l’atteindre, alors que tu en as le désir ! » Ce « nulle part » de Grégoire de Nysse que l’Eglise Latine nommera les limbes, finalement disparaîtra très récemment à Vatican II, par la Constitution pastorale sur l’Eglise dans le monde de ce temps GAUDIUM SPES, qui déclare § 22, 5 : « En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’être associé au mystère pascal. » (Denzinger, op. cité, § 4322) Le Catéchisme de l’Eglise Catholique déclare, - alors que cela ne fut pas toujours la pensée de l’Eglise -, « Depuis toujours, l'Eglise garde la ferme conviction que ceux qui subissent la mort en raison de la foi, sans avoir reçu le Baptême, sont baptisés par leur mort pour et avec le Christ. Ce Baptême du sang, comme le désir du Baptême, porte les fruits du Baptême, sans être sacrement. » (CEC § 1258) En conclusion, je ne suis pas certain qu’Augustin avait raison de déclarer une absence de salut pour les enfants morts sans baptême. Le principe d’Economie dans la Communion des Saints autorise-t-il à légiférer sur l’Amour de Dieu qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de La Vérité ainsi que le rappelait l’Apôtre ? Jean-Pierre BONNEROT 1 Traducianisme. - Tertullien pensait que les âmes se perpétuent par voie de génération, per traducem; et que de ce fait résulte la ressemblance frappante qu'on remarque souvent entre le caractère des enfants et celui de leurs parents. Il en concluait que la corruption que le premier péché a produit chez Adam s'était transmise héréditairement, par la génération, à ses descendants ; en sorte qu'il y a dans les âmes, par le fait de leur origine, ex originis vitio, un mal en quelque sorte naturel, malum, quodummodo naturale. C'est le premier germe de la doctrine du péché originel, quoique Tertullien soit encore loin de supposer que ce péché rende l'humain incapable de toute espèce de bien. Il insiste, au contraire, avec autant de force que les autres docteurs de son temps, sur la continuité de la liberté humaine. Il songe encore bien moins à une imputation du péché d'Adam, puisqu'il déclare formellement que l'enfant, dès le premier âge, est encore innocent. Cette doctrine fut adoptée par Cyprien. Au IVe siècle, la croyance que les âmes se perpétuent par voie de génération prédominait en Occident; elle avait pour adhérents, en Orient, Apollinaire et Grégoire de Nysse. La question fut reprise et vivement débattue, à l'occasion de la controverse pélagienne. Pélage enseignait la création directe de chaque âme, non sa formation par voie de génération. De ce qu'elle était sortie de la main créatrice de Dieu, il inférait son innocence native. Augustin inclinait vers le traducianisme, parce qu'il lui paraissait expliquer naturellement la propagation du péché originel; mais il ne se prononçait pas positivement en sa faveur, parce qu'il menaçait, en même temps, et l'incorporalité et l'immortalité de l'âme. Aussi déclara-t-il, à plusieurs reprises, ne rien savoir de certain sur l'origine de lame humaine. Jérôme professait la même, incertitude ; pareillement, dans le temps suivant, Grégoire le Grand. (E.-H. Vollet).

novembre 14, 2009

Sur l’incompréhension que nous pourrions avoir de la bonté de Dieu

Bonjour, Un article du 30 octobre proposé par www.la-croix.com pourrait être motif à nous interroger sur notre tentative de compréhension de Dieu et donc de Son Amour. Je vous invite préalablement à découvrir cet article. http://www.la-croix.com/article/index.jsp?docId=2399511&rubId=4078 La mort peut-elle ébranler notre Foi ? Hors l’aspect dogmatique selon lequel la mort est née du péché (Romain V, 12) dont la traduction occasionnera une querelle latine ou byzantine : - ..et ainsi la mort est passée en tous les hommes en ce que tous ont péché …et la mort est passée en tous les hommes parce que tous ont péché Cette différence entre la vision latine et la traduction grecque, amène Jean MEYENDORFF dans sa brillante et incontournable « Initiation à la théologie Byzantine » à préciser Cette lecture du verset : « …qu’ainsi la mort, à cause de laquelle tous ont péché, a passé dans tous les hommes », ainsi citant Cyrille d’Alexandrie le Père MEYENDORFF ajoute : « après le péché d’Adam, l’humanité est « tombé malade de corruption. » » Il ne serait pas inintéressant de faire un rapprochement entre Romain V, 12 et I Corinthiens XV, 22 : « De même en effet que tous meurent en Adam, ainsi tous revivront dans le Christ. Mais chacun à son rang. » L’interpellation que provoque la mort, ne saurait toucher la Foi qui comprend, parmi ses bases, le principe de la Communion des saints. La Communion des saints nous amène à comprendre – et en dehors de cette dernière aussi -, que l’homme n’existe pas individuellement au plan théologique et ecclésiologique, dans le monde de la création. Isoler un être dans le champ de la création reviendrait à considérer que chaque homme est l’unique créé, alors qu’il n’est pas bon que l’homme soit seul… Cette sortie de la solitude (Genèse II, 18) anéantie par la création d’Eve, ne se résume pas à trouver une compagne à Adam, mais permettre (Genèse I, 28) une extension, fructification qui constitue un projet divin antérieur à la chute Adamique… Cette extension n’est-elle pas le lieu originel de la Communion au sens où il reviendra à l’Ecclésia, par la communion des saints, de réparer et restaurer le projet initial ? Si donc le Chrétien de par sa Foi, adhère à l’Ecclésia, il sait à titre personnel qu’il appartient à la communauté de l’Eglise priante, souffrante et militante, ouvrier de la première ou de la onzième heure, n’a-t-il pas accepté la situation que le Maître lui donnait ? Pour se révolter il échet d’avoir la connaissance. Mais si nous savions ce qu’est le dessein divin, nous révolterions-nous ? Tenter d’expliquer le mystère des lieux visibles et invisible à notre perception n’est pas de propos ; ne suffirait-il pas de s’en remettre à l4Amour de Dieu en nous souvenant de ce que rapporte Jean XIV, 1-5 : autorisez-moi à vous inviter à retrouver et méditer ces versets. Jean-Pierre BONNEROT

octobre 19, 2009

Miracle eucharistique Pologne 2008

Miracle eucharistique Pologne 2008 (et réflexion proposée sur ce phénomène) Le 12 octobre 2008, un prêtre qui donnait la communion à l'église Saint-Antoine de Sokolka en Pologne (diocèse de Bialystok) a laissé tomber à terre une hostie consacrée. Elle a été aussitôt mise dans une custode qui a été placée dans le tabernacle. Après la messe la custode a été apportée à la sacristie et mise en sécurité. Le 19 octobre, la custode a été ouverte, et l'hostie paraissait rouge comme de sang. > > Le 7 janvier, un fragment de l'hostie a été prélevé et examiné, indépendamment, par deux professeurs de la Faculté de médecine de Bialystok. Tous deux ont conclu dans une déclaration commune que « selon notre opinion, l'échantillon qui nous a été envoyé pour examen ressemble à un tissu de myocarde, du moins, de tous les tissus organiques, c'est ce à quoi il ressemble le plus ». > > La commission qui avait été nommée par la curie métropolitaine de Bialystok pour s'occuper de l'affaire affirme après enquête qu'il s'agit bien de l'hostie originelle et qu'aucune tierce personne n'a pu interférer. > Le dossier a été transmis à la nonciature de Varsovie. > > La Société rationaliste de Pologne a demandé à un procureur de lancer une enquête, soulignant que ce tissu cardiaque pouvait appartenir à une personne récemment décédée et qu'il était nécessaire d'établir son identité afin d'écarter la thèse d'un meurtre... > sources: > http://www.polskieradio.pl/thenews/national/artykul117747_religious_miracle_in_eastern_poland.html > > http://breviarium.blogspot.com/2009/10/eucharist-miracle-in-sokolka-curia.html Bonjour, Les manifestations attribuées à Dieu dans le cadre des pensées religieuses, des religions et pour le Christianisme des Eglises, - pour l’historien des idées -, relèvent toujours d’une dépendance à une « Culture » propre, à des dépendances liées à la pratique spirituelle et/ou la théologie manifestées par le lieu du miracle. Si, – et avant d’entrer dans le vif de notre réflexion proposé comme objet de débat -, on constatera qu’historiquement les stigmates dans l’Eglise Latine seront reconnues ou constatées pour la première fois en faveur de François d’Assise, le principe des stigmates existeraient aussi dans l’Islam mais ne concerneront pas les mêmes lieux du corps chez certains mystiques musulmans, par ailleurs, dans la tradition de l’Eglise d’Orient, il est de mémoire plus souvent fait référence à l’apparition d’icônes, lorsque dans l’Hindouisme et à la même époque en 1995, dans tous les temples consacrés à Ganesh, les statues de cette divinité, au même moment, boivent le lait présenté en offrande. Il est ainsi certain qu’il échet de comprendre un miracle ou une manifestation spirituelle, comme l’expression d’un signe pour le croyant, sa nature divine ou non étant un autre point relatif au phénomène, les prodiges ne venant pas obligatoirement de Dieu. Relativement aux miracles eucharistiques, l’examen de ces derniers a permis de les classer en trois grandes catégories : - les hosties sanglantes qui témoignent généralement d’une profanation - les hosties changées en chair ou en sang qui témoignent généralement d’un doute soit de la part du célébrant soit d’une utilité à prouver la réalité de la Présence - les hosties demeurées intactes suite à un incendie par exemple ou d’un événement extérieur à la présence de fidèles, sans que leur substance apparente ne change. Cette classification sera bien entendu soumise à des cas exceptionnels modifiant la présente analyse, sans infirmer par cette observation l’analyse des historiens relatant ce phénomène. Sur la phénoménologie mystique, pourquoi ne pas engager un débat ? JPB

octobre 04, 2009

Un Mauvais procès fait à l’Eglise

Un Mauvais procès fait à l’Eglise : la question de la reconnaissance des enfants fils de prêtres. I Marc Bradfer interpelle l'Eglise sur la reconnaissance des enfants de prêtres. En 2004, Jean Paul II l'a béni place Saint-Pierre. Mais depuis, le Vatican n'a pas bronché. À Toulouse, Marc Bradfer vient d'écrire au pape Benoît XVI pour lui demander la reconnaissance par l'Église des enfants de prêtres. Son histoire singulière, Marc Bradfer l'a contée dans un livre, « Fils de prêtre », paru chez Elytis. Son père, Albert Bradfer, est décédé en 1970. Marc est alors âgé de dix ans. Cinq plus tard, il apprend de la bouche de l'un de ses frères que leur père était prêtre. Marc mettra des années à percer le silence qui entoure le tabou familial. Âgé de 50 ans, devenu récemment brancardier au Centre anticancéreux Claudius Régaud de Toulouse, Marc Bradfer continue d'écrire des livres et ne cesse d'interpeller le Vatican sur le sujet : « J'attends une parole de reconnaissance, une parole de bienveillance de la part de Benoît XVI ». Cet été, le quotidien italien La Stampa avait affirmé que la question des enfants de prêtres allait être étudiée par le Vatican. Information démentie fermement le lendemain par le porte-parole du pape. Est-ce-à-dire que le chapitre est clos ? Peut-être pas. En Allemagne, où les enfants de prêtres seraient au nombre de 3000, une association secoue le cocotier. L'Allemagne, c'est le pays d'origine du cardinal Joseph Ratzinger, devenu Benoît XVI. « La crainte du pape est que cette association puisse élever le problème au niveau politique », explique Christian Terras, rédacteur de la revue Golias. Le Bundestag, le parlement allemand, aurait été saisi, ainsi que la Cour constitutionnelle du pays. « Benoît XVI est gêné que son église d'origine soit à la pointe de ce combat », ajoute Christian Terras. La science, avec les tests ADN, ajoute à l'embarras de l'Église. Aux États-Unis, les procès contre les prêtres pédophiles ont ruiné la réputation et le tiroir-caisse des diocèses, dont une quarantaine serait en faillite. Les enfants de prêtres pourraient intenter des procès en reconnaissance de paternité, avec des tests ADN pour preuve, et demander des dommages et intérêts à l'Église. Selon Christian Terras, 40 à 50 % des prêtres en fonction en Europe ne respecteraient pas la règle du célibat. En Amérique latine, le pourcentage serait de 60 %. En Afrique, ce serait 80 %. Ces chiffres sont difficiles à vérifier. Et les confessions publiques des prêtres, rares. L'Église a toutefois de plus en plus de mal à masquer une réalité. Mais Benoît XVI, qui consacre cette année jubilaire au sacerdoce, n'en laisse rien paraître. Au contraire. Au mois d'avril dernier, le Vatican a accordé de nouveaux pouvoirs disciplinaires à la Congrégation pour le clergé afin de faciliter la réduction à l'état laïc de prêtres vivant avec une femme. Auparavant, la procédure était plus longue. Un pas en avant, deux pas en arrière. Telle est la marche de l'Eglise sur le sujet. Sa lettre à Benoît XVI Voici des extraits de la lettre de Marc Bradfer à Benoît XVI : « Très Saint-Père, Ce mercredi 6 octobre 2004, sur l'esplanade de Saint-Pierre, je me trouvais face au Saint-Père Jean-Paul II, une main posée sur la main de l'homme vénérable. Je recevais sa bénédiction en tant que « fils de prêtre », présenté ainsi par Monseigneur Fortunato Baldelli, nonce apostolique à Paris - votre ambassadeur - qui organisa et accompagna la réalisation de mon vœu. Cette rencontre singulière, je l'avais souhaitée peut-être depuis le jour, trente ans auparavant, où la vérité déconcertante éclaira d'un jour nouveau l'origine de ma famille. J'ai souffert longtemps, héritier de la douleur morale de mes parents… Que le silence des pères qui n'ont pas reconnu ces enfants, que les silences d'un clergé qui feint d'ignorer ou de sous-estimer, par le mépris ou la réprobation, des vies marquées par la faute, que tous ces silences à l'œuvre dans l'Église trouvent enfin le courage de la parole et la dignité de la vérité que ces fils et filles méritent depuis leur naissance… Il y a un temps pour occulter et il y a un temps pour reconnaître ». II ETRE OU NE PAS ETRE ? J’avoue être surpris par une telle supplique. La question des prêtres pédophiles, évoquée dans la présentation de la lettre critiquée est un autre sujet et d’une gravité suffisante en ce qui la concerne pour permettre selon les dispositions de la théologie morale et du droit canon – n’en déplaise à Rome peut-être -, la levée du secret de la confession qui n’est pas contrairement à ce que l’on croit un secret absolu, cela fera l’objet d’un essai proposé sur le site. Le Demandeur dans la supplique souffre-t-il d’exister et aurait-il préféré ne pas venir au monde ? Le paradis terrestre n’est plus notre lieu actuel de vie depuis la chute adamique, et chacun à un degré divers comme Job, connaît des insatisfactions qui le conduisent à s’interroger peut-être sur l’Amour de Dieu. « Hériter de la douleur morale de [ses] parents », a-t-il réfléchi à la question posée par les disciples quant aux rasions pour lesquelles un homme était né aveugle ? Et NSJ+C leur répond « c’est afin que les œuvres de Dieu soient manifestées en lui. » (Jean, IX, 4) Notre dignité est méritée (pour reprendre les termes choisis en cette lettre) par notre Vocation, en l’occurrence selon ce qui est attendu de nous, il convient que selon ce que nous avons reçu, nous restituions les talents accordés sans les enfouir en terre, c’est-à-dire sans nous révolter. L’homme ne peut pas être juge de Dieu en ce que la sagesse humaine ne peut approcher la Sagesse de Dieu sauf très partiellement et encore par la voie d’une spiritualité qui serait associée à la pratique constante de ce que nous enseignent les Evangiles. Dans l’inconnaissance, il échet de ne pas se révolter. JPB