octobre 16, 2018

Constantinople aura voulu le schisme


Au plan du Droit canonique Byzantin et des règles régissant l’Eglise Orthodoxe, nous ne pouvons que donner raison au Patriarcat de Moscou.

http://www.oltr.fr/documents/publications/196-editorial-de-octobre-2018-preserver-l-eglise-orthodoxe-d-ukraine-et-sauver-l-eglise-orthodoxe

octobre 15, 2018

Mais où va donc l’Eglise Romaine ?


En ce dimanche 14 octobre 2018, le Pape de Rome canonisait notamment Paul VI « avec l’autorité de NSJ+C » (1) et, à la question posée par le journaliste de « Le Jour du Seigneur » : à quoi ça sert d’être saint ? La réponse immédiate donnée par les questionnés dont un évêque fut de dire : « à rien. », au mieux il s’agirait d’un exemple, un témoignage pour les chercheurs de Dieu (2).

Convient-il de comprendre que l’Eglise Priante, Souffrante et Militante des Saint et des Martyrs, qui constitue ce que la théologie nomme » Communion des Saints », ne sert à rien ?

Cette déclaration des questionnés, nie les Grâces surérogatoires acquises par l’Eglise Indivise, ces Grâces qu’évoque l’Apôtre Paul lorsqu’il déclare : «Je me réjouis maintenant dans mes souffrances pour vous ; et ce qui manque aux souffrances de Christ, je l'achève en ma chair, pour son corps, qui est l'Église. » (Col. I, 24).
Cette Communion des Saints s’oppose à une voie personnelle ou individuelle dans la Quête de Dieu, elle s’oppose bien entendu à l’idée de la Justification envisagée par le Protestantisme (c’est à tort que, contrairement à la Tradition des Pères de l’Eglise, Rome voulut sur ce sujet rédiger un document commun avec les Eglise Protestantes) (3)

Cette opposition à une quête pour l’exemple ou pour soi-même est pleinement explicité, fut-ce au Huitième Jour, lorsqu’un starets de l’Athos ne manquait pas de rappeler : « Un saint moine du Mont Athos, un starets qui fut pres¬que notre contemporain, écrit ce qui suit, en s'adressant à chaque chrétien : « Quand le Seigneur t'aura sauvé avec toute la multitude de tes frères, et quand il ne res¬terait qu'un seul des ennemis du Christ et de l'Eglise dans les ténèbres extérieures, ne te mettras-tu pas avec tous les autres à implorer le Seigneur afin que soit sauvé cet unique frère non repenti ? Si tu ne le supplies pas jour et nuit, alors ton cœur est de fer, — mais on n'a pas besoin de fer au paradis. » (4) (RP Alexandre TURINCEV : L'Eschatologie Orthodoxe Revue CONTACTS N° 54, 1966, page 103)


Jean-Pierre BONNEROT

-------- Notes :
1 https://www.france.tv/france-2/les-chemins-de-la-foi/7ce serait un témoignage pour les chercheurs de Dieu47199-canonisation-du-pape-paul-vi-et-de-monseigneur-oscar-romero.html (dixit 35’35’)
2 id, (dixit 39’ 57’’ et Ss)
http://www.vatican.va/roman_curia/pontifical_councils/chrstuni/documents/rc_pc_chrstuni_doc_31101999_cath-luth-joint-declaration_fr.html
4 RP Alexandre TURINCEV : L'Eschatologie Orthodoxe Revue CONTACTS N° 54, 1966, page 103.

octobre 09, 2018

THEOCAFE 2018-2019 Pour une définition de la Gnose : distinction des « gnoses au nom trompeur » et spiritualité du vrai Gnostique illuminé par la Grâce – la question de la Sagesse dont parle Paul

Introduction

La Gnose religieuse ce terme lui-même pose le problème d’une connaissance.
La Con-Naissance c’est donc une naissance avec …

Déjà cela suppose, dès lors que ce te termes est entendu comme s’agissant dans le cas présent de la Gnose chrétienne, que cette quête constitue une naissance avec Dieu, si l’on peut ainsi le dire, en fait pour le chrétien il s’agit de faire l’expérience de La Présence.
Cette expérience de La Présence nécessite infiniment d’humilité, d’ouverture à la Grâce, de Charité, et dans ces conditions, cette « Gnose Chrétienne » s’oppose à tout système qui serait le fruit d’une science, de déductions ou d’affirmations humaines, en ce qu’alors l’être prétendrait par ses propres moyens parvenir à cette connaissance, cette dernière approche sera qualifiée de (gnose païenne).

En effet, force est de constater que face à l’Eglise Indivise qui déclare à la suite de St Vincent de Lérins, est catholique (au sens universel de la Foi) ce qui a été cru partout, depuis toujours et en tous lieux, disposant d’un Magistère, l’Eglise propose des voies spirituelles précises en vue de tenter de parvenir à cette Communion à Dieu. La Gnose que nous qualifions de païenne, refuse les bases de l’Eglise et, par voie de conséquence, ce terme de « Gnose » sera choisi pour qualifier de « gnostique » tout ce qui sera défini comme hérétique.

Alors que l’attribution du terme Gnose ou Gnostique, dans l’histoire de l’Eglise Primitive s’adresse uniquement aux Hérétiques, on ne peut à l’école de Saint Paul dire qu’il n’est pas une autre Gnose, elle, chrétienne quand il déclare : « Pourtant, c'est bien une sagesse que nous enseignons aux chrétiens adultes, sagesse qui n'est pas de ce monde ni des princes de ce monde, voués à la destruction. Nous enseignons la sagesse de Dieu, mystérieuse et demeurée cachée, que Dieu, avant les siècles, avait d'avance destinée à notre gloire. » (I Cor. II, 6, 7)

Jacques MENARD pose parfaitement les origines de la Gnose en expliquant que les deux éléments de base des structures gnostiques sont 1° la connaissance de soi, 2° l’anti-cosmisme : le monde est profondément mauvais et l’homme s’avère prisonnier de la matière (1). Ainsi, selon ces systèmes que je qualifierai de païens, le déclaré Gnostique se sent étranger au monde, angoissé, il s’interroge sur l’existence, face à ce monde mauvais dont il est prisonnier et qui ne vient pas de Dieu.

Clément d’Alexandrie au sujet de la Gnose déclare évoquant le baptême : « Ce n’est d’ailleurs pas le bain seul qui est libérateur, mais c’est aussi la gnose. Qui étions-nous ? Que sommes-nous devenus ? Où étions-nous ? Où avons-nous été jetés ? Vers quel but nous hâtons-nous ? D’où sommes-nous rachetés ? Qu’est-ce que la génération ? Et la régénération ? » (2)

Clément récapitule les interrogations et les angoisses du Gnostique païen, qui est ou s’est éloigné de la Révélation Chrétienne, qui cherche un salut par une connaissance humaine parce que non unie à Dieu.

Il conviendra de remarquer le double langage de Clément qui d’une part pose la gnose païenne comme incapable de répondre aux interrogations de l’homme et cette autre Gnose accessible à partir du baptême qui elle est libératrice, cette liberté et cette gloire promise aux enfants de Dieu (Rom. VIII, 21)

Dès lors que l’on se penche sur les exposés d’Irénée de Lyon (3), que l’on examine la pensée de ceux qui sont déclarés « Gnostiques » dans l’Histoire de l’Eglise des premiers siècles, comment ne pas considérer que ces « Gnostiques » sont légitimement, - au regard de la Tradition de l’Eglise – des hérétiques ?

En effet, il est chez le gnostique païen, un enfermement sur lui-même en ce que refusant ou méconnaissant le Salut opéré par La Résurrection de NS J+C, il entend se sauver par une connaissance acquise selon ses seuls moyens.
L’exemple le plus typique de cet orgueil se trouve chez SIMON LE MAGE qui souhaite acheter à Pierre le pouvoir d’imposer les mains en vue de la réception de l’Esprit Saint (Actes, VIII, 9-21)

Une première remarque : alors que ce que font les Apôtres est le résultat d’une permission opérée par la Pentecôte Johannique (Jean XX, 19-23), et fruit de la Grâce, le « gnostique païen » prétend acquérir par ses connaissances ou par d’autres voies, des « pouvoirs », illusions liées à un orgueil qui fera dire au Maître : «écartez-vous de moi, vous qui commettez l'iniquité » (Mat. VII, 22-24)

- Les gnostiques païens ne croient pas dans le Dieu Trine, ils élaborent un système avec des archontes, un plérôme, un démiurge, des sortes de cieux successifs, le monde n’est pas créé bon. Sa voie est individuelle.
- le Chrétien croit au Dieu Trine Père, Fils et Saint Esprit, le monde fut créé bon, mais l’homme refusa la vie intemporelle que Dieu lui offrait, il n’agit pas pour lui-même mais pour et avec l’ensemble de la Création, c’est le principe de la Communion des Saints.

Ce qui différencie le Gnostique païen du Chrétien, c’est pour le Chrétien :

- La reconnaissance de l’œuvre des six jours,
- La Création vient de Dieu tout comme l’homme et cela est bon
- Le fait que Dieu est Amour
- La Communion des Saints
- La Chute originelle comme seule cause de la désunion à Dieu
- Le Salut opéré par NS J+C
- Le Devoir de l’homme de sauver la Création

>>> Nous examinerons lors de notre prochaine rencontre ce que signifient les termes présentement avancés, quant à la voie Chrétienne basée sur l’humilité et la charité et s’oppose à l’orgueil

- l’humilité conduit à la Prière et à la Charité
- la Prière intérieure et l’ascétisme
- le retrait du monde pour agir pour le monde
- la présence dans le monde pour affirmer sa prétendue connaissance
- cette prétendue connaissance ne peut-elle conduire au doute ?
- La Foi est l’Acte de Connaissance

Jean-Pierre BONNEROT

Notes
1 Revue de Science religieuse, tome 42, fascicule 1, pages 24-38
2 Clément d’Alexandrie Extraits de Theodote, SC N° 23, § 78, page 203
3 Irénée de Lyon : Contre les hérésies – Dénonciation et réfutation de la gnose au nom trompeur. Paris, Le Cerf Ed,
4 A propos de l’intériorité et la Prière, on lira déjà l’introduction d’Olivier CLEMENT à la Philocalie des Pères Neptiques, tome A (A1) Abbaye Bellefontaine, pages 7 à 33.
Une biblio provisoire fut adressée, il conviendra de s’y reporter.

septembre 25, 2018

LA CHASSE AUX SORCIERES

https://archive.org/details/LaChasseAuxSorcieres

A propos de la controverse d’Augustin et de Vincitius Victor


Sur la question notamment du salut des êtres non baptisés

Un livre fort médiocre car brillant par son absence de références précises, notes, et autres éléments fondamentaux aptes à justifier les dires de l’auteur, justifiait toutefois son acquisition récente et provisoire par le sujet posé (l’Harmatan éd) : l’opposition de Vincentius Victor à l’évêque d’Hippone sur divers points revenant à la question du salut. Pour les références à la pensée de St Augustin, j’ai suivi les leçons du n° spécial sur le Baptême de la revue Itinéraires Augustiniens, N° 29, janvier 2003.
Un seul des aspects dans cette polémique sera examiné présentement : la possibilité du salut des enfants morts sans baptême.

I
Si l’on se réfère aux Ecritures, Marc XVI, 16 : « Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé ; celui qui ne croira pas, sera condamné”, et si l’on entend le Magistère de l’Eglise sur le baptême en corrélation avec Jean III, 5 : “ Jésus répondit : "En vérité, en vérité, je te le dis, à moins de naître d'eau et d'Esprit, nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu.”, sans donc le sacrement du baptême, l’être ne serait pas sauvé.

II
Saint Augustin au 2° livre, § 22 de son traité sur La grâce de Jésus+Christ et du péché originel écrit : “ les enfants qui meurent sans baptême ne peuvent attendre que la mort éternelle. D'un autre côté, puisque ces enfants ne peuvent avoir commis aucun péché dans cette vie, s'ils ont besoin de justification, ce ne peut être qu'en raison du péché originel. »
Dans sa controverse avec les Pélagiens au travers de son traité Du mérite de la rémission des péchés et du baptême des petits enfants, en son livre 1er §21 « La mort vient du péché », Augustin insiste en déclarant : « Par suite, on peut affirmer avec vérité que les petits enfants qui- meurent sans baptême seront placés dans la plus douce de toutes les damnations ; mais c'est adopter et propager une grosse erreur que de publier qu'ils ne seront point damnés ; car l'Apôtre dit : « Pour un seul péché il y a un jugement de condamnation » ; et il ajoute bientôt après : « Par la faute d'un seul tous les hommes tombent sous la condamnation ». »
Naître ou ne pas naître ? « Comment douter que ces enfants morts sans le baptême, n'ayant que le péché originel, et sans s'être rendus coupables d'aucune faute volontaire, n'auront pas à subir de toutes les peines la plus légère? Quoique je ne puisse pas définir le caractère, la nature, la grandeur de cette peine, je n'ose pas dire cependant que le néant eût mieux valu pour eux que l'existence » déclare St Augustin en son Contre Julien, au livre 5, § 44.

III
L’évêque d’Hippone se trouve souventes fois dans sa réflexion, confronté à l’obligation d’admettre la prédestination, parfois est employé le terme de justification, quant à la question de ce qui reste insondable pour lui : pourquoi l’un étant baptisé sera sauvé, l’autre ne l’étant pas, ne le sera pas.
De première part, dans sa réflexion théologique, Augustin ne tranche pas - dans le cadre de son œuvre - sur l’origine de l’âme (1), entre traducianisme (l’âme descend par génération de celle d’Adam) et le créatianisme (l’âme créée par un acte spécial de Dieu).
Il manque une dimension spirituelle à ces considérations rappelées, d’autant que St Augustin ne manque pas de s’interroger : « D'ailleurs, après même que deux enfants ont été baptisés, qu'on me dise donc pourquoi l'un est enlevé de ce monde, de peur que le péché: ne pervertisse son intelligence tandis que l'autre, — un impie à venir, — vivra cependant? N'est-il pas vrai que s'ils étaient enlevés tous les deux, tous les deux aussi entreraient dans le royaume des cieux? Et néanmoins, en Dieu point d'injustice ! » (Du mérite de la rémission des péchés et du baptême des petits enfants, Livre 1 §30)
La lecture de Sagesse IV, 7 à 14, ne se résume pas au verset 11 tiré de son contexte et cité par Augustin. Se trouve évoquée la situation du Juste qui, « devenu parfait en peu de temps, il a fourni une longue carrière. Son âme était agréable au Seigneur, aussi est-elle sortie en hâte du milieu de la perversité » et ainsi, se présentent les versets 13 et 14.
Ainsi se présente intégralement le texte :
« Le juste, même s'il meurt avant l'âge, trouve le repos. La vieillesse honorable n'est pas celle que donnent de longs jours, elle ne se mesure pas au nombre des années ; c'est cheveux blancs pour les hommes que l'intelligence, c'est un âge avancé qu'une vie sans tache. Devenu agréable à Dieu, il a été aimé, et, comme il vivait parmi des pécheurs, il a été transféré. Il a été enlevé, de peur que la malice n'altère son jugement ou que la fourberie ne séduise son âme ; car la fascination du mal obscurcit le bien et le tourbillon de la convoitise gâte un esprit sans malice. Devenu parfait en peu de temps, il a fourni une longue carrière. Son âme était agréable au Seigneur, aussi est-il sorti en hâte du milieu de la perversité.”
Nous avons par l’exemple proposé, une indication de la manière dont Dieu nous appelle à œuvrer pour le monde, dès lors que l’ouvrier a achevé son travail, libre, il peut soit le poursuivre mais il demeure soumis à la tentation du monde qui demeure dans l’attente de sa délivrance suite à la chute (Romains VIII, 18-26), alors que la possibilité lui est laissée de gagner le sein du Père. Celui qui n’a pas achevé son travail d’ouvrier, fut-il appelé à la onzième heure, restera dans le champ de la création, pour accomplir la tâche qui lui revient.
La seule prédestination qui ait cours dans le Christianisme, c’est l’Appel que nous adresse individuellement et en permanence Le Père, à suivre Son Fils selon ce que le rappellent les évangiles.

IV
Devant le Mystère de la Grâce, de l’Amour de Dieu, il échet de ne pas oublier (I Timothée II, 3-7) :
« Voilà ce qui est bon et ce qui plaît à Dieu notre Sauveur, lui qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. Car Dieu est unique, unique aussi le médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus, homme lui-même, qui s'est livré en rançon pour tous.”
Que tous les hommes soient sauvés ! L’Amour qui est Dieu peut-il n’être que partiel, où ne doit-il pas être total ? Réduire l’amour de Dieu serait réduire Dieu Lui-même ! L’infini n’appartient qu’à Dieu, quel orgueil pour l’homme de juger de ce que des êtres pourraient ne pas bénéficier de la Grâce !
Le baptême est-il conditionnel au salut ?
Il convient de se souvenir de la promesse faite au bon larron sur la croix qui n’était pas baptisé et à qui le Royaume était promis (Luc XXIII, 43)
Il convient de se souvenir que les païens de Césarée furent baptisés après avoir été sauvés (Actes X, 44-48)
Consciente du fait que l’on ne saurait conditionner le salut au seul baptême administré de manière sacramentelle, l’Eglise a introduit dans sa théologie, le baptême de désir qui pourrait trouver sa justification en Jean XIV, 23.
La théologie à cet égard impose toutefois que soit joint au désir, une contrition parfaite, dès lors en ses classiques énoncés d’un autre temps peut-être, l’Eglise estimait que, faute pour un enfant de d’exprimer une contrition parfaite, le baptême de désir ne saurait être reconnu à des enfants.
La disposition de la contrition parfaite est dogmatiquement exacte. Toutefois, la formulation mérite la critique, car s’il y a réel désir du baptême, il y a obligatoirement tension vers Dieu et de ce fait expression de la conscience avec l’humilité qui résulte d’une telle attente de la Grâce. Tout sacrement reçu par simonie ou comme simulacre, est de facto invalide. De surcroît quelle conscience pour l’enfant recevant le baptême d’eau ? S’il est soutenu par l’engagement de ses parents, comment l’Eglise peut-elle oublier alors, en substitution à un ou deux être s’engageant pour l’enfant, le principe d’Economie qui relève de la Communion des Saints où c’est l’Eglise visible et invisible qui suppléera à cette provisoire et théorique absence de conscience.
Cette omission de la partie dite invisible de l’Eglise, nous engage à réfléchir sur la conscience que nous pourrions avoir de ce qu’est l’Eglise, fondée non pas sur Pierre, mais sur la foi de Pierre dont le Christ ne manque pas de rappeler que l’affirmation de l’Apôtre ne vient pas de lui mais du Père (Matthieu XVI, 17).
C’est l’Esprit Saint qui, au soir de la résurrection par Jésus+Christ, est donné aux Apôtres (Jean XX, 19-23) et cette Pentecôte Johannite constitue le début de l’Eglise. Eglise qui se manifestera dans le monde à l’occasion de la seconde Pentecôte (Actes II, 1-5).
L’Eglise repose sur et existe par La Présence de l’Esprit Saint, Présence Deuxième de la Très Sainte Trinité qui avait quitté le monde à la suite de la chute adamique.
Le concile de Trente en son décret sur la justification (6° session, 13 janvier 1547, Denznzinger : Symboles et définitions de la foi catholique, Cerf éd § 1524), énonce quant au transfert de l’état hérité du premier Adam à l’état de grâce permis par le second Adam, Jésus+Christ, que « Ce transfert ne peut se faire sans le bain de la régénération ou le désir de celui-ci. »
Dès lors que l’Eglise repose sur l’Esprit Saint, comment l’homme peut-il juger du Désir du demandeur à la Grâce ?
Répondant à des pharisiens convertis, au sujet de païens, Pierre déclare : “Dieu, qui connaît les cœurs, a témoigné en leur faveur, en leur donnant l'Esprit Saint tout comme à nous. Et il n'a fait aucune distinction entre eux et nous, puisqu'il a purifié leur cœur par la foi. Pourquoi donc maintenant tentez-vous Dieu en voulant imposer aux disciples un joug que ni nos pères ni nous-mêmes n'avons eu la force de porter ? D'ailleurs, c'est par la grâce du Seigneur Jésus que nous croyons être sauvés, exactement comme eux." (Actes, XV, 8-12).
La purification se fait par la Foi, et quand bien même cette Foi ne serait pas acquise pour une enfant, le canon 13 sur le sacrement de baptême du concile de Trente (décret sur les sacrements, canons sur le sacrement du baptême, 7° session, 3 mars 1547, Denznzinger op. cité, § 1613) rappelle : « Si quelqu’un dit que les petits-enfants, par le fait qu’ils ne font pas acte de foi, ne doivent pas être comptés parmi les fidèles, après qu’ils ont reçu le baptême, et que, pour cette raison, ils doivent être rebaptisés quand ils sont arrivés à l’âge de discrétion, ou qu’il est préférable d’omettre leur baptême plutôt que de les baptiser dans la seule foi de l’Eglise, eux qui ne croient pas par un acte personnel de foi ; qu’il soit anathème. »
Dans les champs spirituels, le temps de l’homme n’est pas le temps de Dieu.

V
La condition de la contrition parfaite de la part d’un enfant, disparaît-elle quant au baptême de Désir ?
Il serait trop facile de rétorquer que le signe sensible du sacrement à savoir l’eau naturelle suffit à la réception du baptême : Ce point sur la validité n’est pas contesté, mais il n’est pas interdit de s’interroger sur l’absence de contrition parfaite pour l’enfant venant de naître ou n’ayant pas acquis cette conscience. Le sacrement est de fait valide ! Sur cette carence de l’enfant, l’Eglise répond que les parents, suppléent à la conscience faisant défaut en s’engageant à instruire l’enfant. Ce ne sont pourtant pas eux qui reçoivent le sacrement, et dans cette circonstance, le temps est admis pour que l’enfant accède à cette contrition qui autrefois dans l’Eglise Latine se nommait Communion solennelle ou renouvellement des vœux du baptême.
Pourquoi n’en serait-il pas de même pour les enfants morts sans baptême, dont les parents qui, ayant le désir de faire baptiser leur progéniture, ne le purent ? Toute prière est source de Grâce et tension vers Dieu et, en cas d’intention pour un être, vers celui-ci aussi : l’enfant mort sans baptême par cette prière bénéficie certainement de la grâce de la contrition parfaite.
La constitution dogmatique sur l’Eglise « Lumen Genitum » en la 5° session publique du 21 novembre 1964, rappelle : « Dans cette sorte d’Eglise domestique [qu’est la famille], il faut que les parents soient pour leurs enfants, par la parole et l’exemple, les premiers messagers de la foi, et qu’ils favorisent la vocation propre de chacun, avec un soin tout spécial la vocation sacrée. » (Denznzinger op cité, § 4128)
Si les parents, faillissent à leur mission, la contrition parfaite pouvant n’être pas vécue, le sacrement est de fait, et demeure indélébile.
Il est accordé un temps à celui qui reçoit le baptême d’eau, ce temps pourrait-il être refusé à celui qui bénéficie du baptême de Désir ?
Je devine la critique qui pourrait être opposée cette question : Il est de foi que le sacrement du baptême s’opère par le signe sensible qu’est l’eau et la formule prononcée au Nom des trois Personnes Divines. J’objecterai à cela que l’on ne doit pas oublier l’intention qui, si elle s’impose au célébrant, s’impose de même au récipiendaire : cette ferme intention pour le baptisé ne saurait être différente pour l’enfant selon que le sacrement s’accomplit par le signe sensible ou par le Désir qui pourrait être le sien ou celui de ses parents.
Le signe sensible prévaut-il sur l’intention ? Le signe prévaudra en effet dès lors que le sacrement auquel il se rattache est institué notamment par ledit signe qui doit être alors précisément établi comme moyen d’accès à la grâce sacramentelle.
Dans la mesure où relativement au sacrement du baptême, l’Eglise reconnaît, en sus du baptême d’eau, le baptême de Désir et le baptême de sang, le signe sensible ne prévaut plus comme condition absolue à la réception de ce sacrement. A l’inverse et par exemple le Mystère Eucharistique ne peut s’accomplir que par le « rappel-actualisation » des paroles prononcées par NSJ+C lors de la dernière Cène, d’autant que le Sauveur ajoute « Faites ceci en mémoire de moi. »

VI
L’existence des limbes n’est mentionnée ni dans la Bible, ni chez les Pères !
Grégoire de Nysse en son traité A Hiéros, Sur les enfants morts prématurément, à la question de savoir s’il vaut mieux vivre ou ne pas vivre, déclare (§12) : « Or, pour celui qui n’a pas vécu du tout, il n’y a pas matière à rétribution. Pour ceux chez qui le don est absent, on ne pourra pas parler proprement de rétribution (don en retour). Et s’il n’y a pas de rétribution, ce que l’on peut espérer n’est ni bon ni mauvais, car ce terme (de rétribution) signifie que l’on reçoit en échange, ce qui est censé être bien ou mal. Or, ce qui ne se trouve ni dans le bien ni dans le mal n’est absolument nulle part. »
Grégoire de Naziance en son Discours XL Pour le saint baptême, à propos de ceux qui, non baptisés, désirent le sacrement, conclut le paragraphe 23 en ces termes : « Si tu le veux ainsi, si tu te contentes du désir du désir du baptême pour en recevoir la vertu, tu devras aussi, à la place de la gloire éternelle, te satisfaire du désir de celle-ci. Et quelle torture pour toi de ne jamais l’atteindre, alors que tu en as le désir ! »
Ce « nulle part » de Grégoire de Nysse que l’Eglise Latine nommera les limbes, finalement disparaîtra très récemment à Vatican II, par la Constitution pastorale sur l’Eglise dans le monde de ce temps GAUDIUM SPES, qui déclare § 22, 5 : « En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’être associé au mystère pascal. » (Denzinger, op. cité, § 4322)
Le Catéchisme de l’Eglise Catholique déclare, - alors que cela ne fut pas toujours la pensée de l’Eglise -, « Depuis toujours, l'Eglise garde la ferme conviction que ceux qui subissent la mort en raison de la foi, sans avoir reçu le Baptême, sont baptisés par leur mort pour et avec le Christ. Ce Baptême du sang, comme le désir du Baptême, porte les fruits du Baptême, sans être sacrement. » (CEC § 1258)
En conclusion, je ne suis pas certain qu’Augustin avait raison de déclarer une absence de salut pour les enfants morts sans baptême. Le principe d’Economie dans la Communion des Saints autorise-t-il à légiférer sur l’Amour de Dieu qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de La Vérité ainsi que le rappelait l’Apôtre ?


Jean-Pierre BONNEROT
25 septembre 2010


1 Traducianisme. - Tertullien pensait que les âmes se perpétuent par voie de génération, per traducem; et que de ce fait résulte la ressemblance frappante qu'on remarque souvent entre le caractère des enfants et celui de leurs parents. Il en concluait que la corruption que le premier péché a produit chez Adam s'était transmise héréditairement, par la génération, à ses descendants ; en sorte qu'il y a dans les âmes, par le fait de leur origine, ex originis vitio, un mal en quelque sorte naturel, malum, quodummodo naturale. C'est le premier germe de la doctrine du péché originel, quoique Tertullien soit encore loin de supposer que ce péché rende l'humain incapable de toute espèce de bien. Il insiste, au contraire, avec autant de force que les autres docteurs de son temps, sur la continuité de la liberté humaine. Il songe encore bien moins à une imputation du péché d'Adam, puisqu'il déclare formellement que l'enfant, dès le premier âge, est encore innocent. Cette doctrine fut adoptée par Cyprien.
Au IVe siècle, la croyance que les âmes se perpétuent par voie de génération prédominait en Occident; elle avait pour adhérents, en Orient, Apollinaire et Grégoire de Nysse. La question fut reprise et vivement débattue, à l'occasion de la controverse pélagienne. Pélage enseignait la création directe de chaque âme, non sa formation par voie de génération. De ce qu'elle était sortie de la main créatrice de Dieu, il inférait son innocence native. Augustin inclinait vers le traducianisme, parce qu'il lui paraissait expliquer naturellement la propagation du péché originel; mais il ne se prononçait pas positivement en sa faveur, parce qu'il menaçait, en même temps, et l'incorporalité et l'immortalité de l'âme. Aussi déclara-t-il, à plusieurs reprises, ne rien savoir de certain sur l'origine de lame humaine. Jérôme professait la même, incertitude ; pareillement, dans le temps suivant, Grégoire le Grand. (E.-H. Vollet).

septembre 24, 2018

LE PATRIARCAT DE CONNSTANTINOPLE EST-IL ENCORE ORTHODOXE ?

Les choix du Patriarcat de Constantinople de reconnaître le mouvement ukrainien se disant Patriarcat de Kiev et de surcroît en accordant sans doute prochainement l’autocéphalie, contredit toutes les dispositions canoniques de l’Eglise Byzantine.

De première part, le responsable de cette « Eglise » Mgr Philarète, fut excommunié
par le Patriarcat de Moscou lorsqu’il était – avant son schisme - métropolite de Kiev sous la juridiction du Patriarcat de Moscou et qui, après la chute de l’URSS en 1992, s’est autoproclamé patriarche et a été excommunié.
• Il sera pris acte que celui qui fut métropolite de Kiev et qui se proclamant patriarche a fait l’objet d’une excommunication qui n’est pas levée (1).
• cette excommunication n’est pas levée comme le reconnaît d’ailleurs l’ancien métropolite demandant au Patriarche de Moscou de «considérer nulles et non avenues toutes les décisions, dont les sanctions et les excommunications, qui entravent ce qui précède. » (2)

De seconde part, il n’échappera pas aux historiens que le projet de Constantinople à reconnaître ce mouvement schismatique et dirigé par un évêque excommunié ce qui implique par voie de conséquence sa déposition, répond à une attente affirmée et autoritaire tant de la part du Président de l’Ukraine (3) que des Etats-Unis (4)

I
Au plan canonique, Constantinople viole les dispositions qui régissent l’Eglise Byzantine qui énoncent en ses canons :
• Saint Cyrille ? Archevêque d’Alexandrie énonce que l’évêque déposé doit cesser de même de célébrer (5)
• le 5° canon de Nicée expose «Pour ce qui est des excommuniés clercs ou laïcs, la sentence portée par les évêques de chaque province doit avoir force de loi, conformément à la règle prescrivant que celui qui a été excommunié par l'un ne doit pas être admis par les autres. » (6)
Force est de constater que l’ancien métropolite se déclarant patriarche, ne saurait même célébrer, et de surcroît ordonner des clercs, lorsque par ailleurs il ne peut être admis et donc reconnu par les autres Eglises.
Il importe de réfléchir sur la validité des ordres conférés par ce mouvement schismatique, lorsque la Tradition Byzantine, à l’inverse de la Tradition Latine, ne distingue pas licéité et validité, considérant que toute ordination prétendument faite dans l’esprit espéré de l’Eglise Byzantine en dehors de l’une de ces Eglises unies à Constantinople, sera considérée comme invalide.
La Tradition Byzantine insistera sans cesse pour clamer haut et fort que son ecclésiologie est totalement différente du principe Latin, le Patriarche de Constantinople, à l’inverse de l’évêque de Rome, n’est pas le chef des Eglises Byzantines, elles sont indépendantes et Constantinople ne peut agir qu’en cause d’appel d’une décision canonique rendue par une Eglise locale, sans pouvoir s’immiscer dans les affaires internes des Eglises rattachées à son siège (7).
II
Sur le plan politique, il conviendra de se souvenir des règles qui exposent la séparation de l’Eglise et de l’Etat, l’Etat n’ayant pas à intervenir dans les affaires de l’Eglise(8).
En conclusion,
Vu que les canons cités exposent que l’ancien métropolite n’a aucun droit pour célébrer et de fait encore moins pour ordonner des clercs, qu’il ne peut en aucun cas du fait de son excommunication être accueilli ou reconnu par une Eglise reliée à Constantinople, que dans ces conditions toutes ses actions seront déclarées nulles et invalides,
Qu’il échet de prendre acte de l’intervention de deux Etats dans les affaires d’une Eglise locale indépendante, dont c’est à tort que le Patriarcat de Constantinople s’est permis d’intervenir, alors qu’en l’espèce il n’en avait pas le droit,
Par voie de conséquence, peut-on considérer que le Patriarcat de Constantinople, aujourd’hui s’avère fidèle à cette orthodoxie qu’il prétend représenter ?

Jean-Pierre BONNEROT



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1 - https://www.cath.ch/newsf/apres-lingerence-de-constantinople-en-ukraine-fort-risque-de-schisme-dans-lorthodoxie/
2 - https://orthodoxie.com/lettre-de-metropolite-de-kiev/
3 - : https://orthodoxie.com/porochenko-a-annonce-vouloir-mettre-fin-a-la-relation-contre-nature-entre-les-eglises-dukraine-et-de-russie/?goal=0_9357f9bbb5-039cef8146-54679795&mc_cid=039cef8146&mc_eid=58454b2769
4 - https://orthodoxie.com/les-etats-unis-soutiennent-officiellement-lautocephalie-de-leglise-en-ukraine/?goal=0_9357f9bbb5-f06724d00b-54679795&mc_cid=f06724d00b&mc_eid=58454b2769
5http://www.theologica.fr/!_Droit_Canonique_Byzantin/3/CANONS%20BYZANTINS.pdf Cf. notre édition des canons, page 254
6 - id. du même site http://www.theologica.fr/ page 2
7 – id. 4° Concile Chalcédoine, canon 9, id page 12
8 – Echo d’Orient N° 91, 1911 : les rapports de l’Eglise et de l’Etat selon un canoniste orthodoxe, pages 352 – 355,
http://www.persee.fr/doc/rebyz_1146-9447_1911_num_14_91_3945

août 24, 2018

Le Messie dans la littérature biblique et rabbinique

Ou notamment, la problématique des deux Messies évoqués, dans le Talmud de Babylone.

https://www.fichier-pdf.fr/2018/08/24/le-messieu-dans-la-litterature-biblique-et-rabbinique/

380° anniversaire de l'Edit de Saint-Germain


https://www.fichier-pdf.fr/2018/08/24/380e-anniversaire-de-ledit-de-saint-germain/

août 16, 2018

A propos de la récente polémique relative à une réflexion de SS Benoît XVI Judaïsme et Christianisme

A propos de la récente polémique relative à une réflexion de SS Benoît XVI quant aux rapports entre Judaïsme et Christianisme.

I
Force est de constater que les intervenants ne livrent pas le texte du Pape émérite de Rome, que dans ces conditions polémiquer sans livrer le texte exact et complet de cet éminent théologien, rend la critique difficile sinon discutable.

Le concept de la substitution, selon lequel le Christianisme se serait substitué au Judaïsme, au motif que le Judaïsme n’aurait pas reconnu Jésus+Christ comme le Messie, est une question disputée qui relève de la théologie uniquement.
Messie fils de Joseph, Messie fils de David, il est deux Messies que ne méconnaît pas le Judaïsme, mais là ne se pose pas la différence fondamentale entre Judaïsme et Christianisme.

Ce qui distinguera fondamentalement ces deux religions, c’est la compréhension différemment faite entre la Jérusalem terrestre et la Jérusalem céleste ! Edmond FLEG dont la lecture de son beau livre L’enfant prophète, avait bouleversé Jean DANIELOU comme plus tard nous-même, ne manquait pas d’écrire au Cardinal : « Ce royaume messianique qu’il (J+C) annonçait, l’a-t-il réalisé selon nos prophéties ? L’épée s’est-elle changée en serpe ? Le loup broute-t-il avec l’agneau ? ». Cette espérance relève de la Cité terrestre et maintient la Création selon le monde qui est celui de notre chute, lorsque la Cité céleste du Christianisme conduit à une Jérusalem non plus terrestre mais céleste, le retour à ce paradis, Jardin d’Eden dont l’homme avait la garde et dont il fut chassé, et qui n’est pas notre terre.
La venue de ce Huitième Jour n’est pas dépendant de Dieu mais de l’homme. La venue ou plus exactement le retour de Jésus+Christ, s’accomplira lorsque l’homme aura sauvé la Nature qu’il avait entraîné dans sa chute. Des alliances avec l’homme furent tentées, elle furent rompues jusqu’à la destruction des premières tables à la suite du péché du veau d’or. Aussi, Dieu choisissait-il de s’incarner pour détruire la mort conséquence du péché, l’homme étant sauvé en espérance (au sens où il lui revenait maintenant de sauver la nature et d’accepter son propre salut ce qui suppose… beaucoup d’humilité) : il lui revenait de sauver le monde. Ainsi pouvons–nous comprendre cette phrase dans le dialogue du Fils avec Son Père : « Je prie pour eux, mais je ne prie pas pour le monde » (Jean XVII, 9) ; cette mission initialement donnée à Adam de garder le jardin d’Eden, il revient à l’homme sauvé en espérance ( à savoir dans l’attente de la totale réalisation de sa mission) de restaurer ce qu’il a corrompu (cette Nature qui est dans les douleurs de l’enfantement.. (Rom. VIII, 19-22)) et, de ce fait, nous pouvons comprendre l’inconnaissance de l’heure de ce Huitième Jour tant pour les anges que pour Le Fils (Mat. XXIV, 36) puisque dépendant de l’homme dont l’apôtre Pierre ne manque pas de rappeler que l’homme peut hâter cet avènement (II Pierre III, 11, 12).

DANIELOU a raison de répondre à Edmond FLEG : « Ce n’est pas Israël qui a crucifié Jésus, c’est l’infidélité d’Israël. Et par conséquent ce qui a causé la mort de Jésus, c’est en dernier lieu le péché… Devant la croix de Jésus, nous devons, nous aussi, nous frapper la poitrine comme le centurion. »
Le péché quel est-il ? Il se résume au fait que l’homme ne suit pas la Voie tracée par Jésus+Christ et n’applique pas à sa vie les principes rappelés par les Evangiles, dès lors, combien faudra-t-il de temps avant que ne vienne ce Huitième Jour ?
Une réflexion sur la substitution pourrait se faire quant à ce qui constitue la Nouvelle Alliance, mais si comme le conclut DANIELOU : «par le sang du Christ il n’y a plus ni Juifs, ni Grecs, mais des hommes également pécheurs et également sauvés. »

Jean-Pierre BONNEROT

II
Correspondance Edmond FLEG - Jean DANIELOU (Extraits de Dialogue avec Israël, La Palatine Ed, 1963, pages 117 à 131.


LETTRE DE M. EDMOND FLEG


Puisque vous voulez bien m'y convier, mon Révérend Père, je viens vous dire, en ces quelques lignes trop brèves, à mon gré du moins, ce que j'ai ressenti à la lec­ ture du beau livre que vous m'avez si amicalement dédicacé (1).
Ce fut d'abord, je l'avoue, une grande


(1 ) Le mystère du salut des nations, Paris, Le Seuil, 1946.



allégresse. Cet espoir en une seconde ve­ nue terrestre du Messie, que l'Eglise, atten­ tive surtout au Royaume de l'autre monde, avait, semble-t-il, laissé s'assoupir, durant tant de siècles, au cœur de ses fidèles, vous le réveillez à cette vie fiévreuse dont il emplissait, aux temps primitifs, l'âme or­ pheline des Apôtres. Attendre le Messie, l'attendre ici-bas, d'une attente passionnée, que ce soit pour un second avènement, comme chez vos chrétiens, ou pour un pre­ mier, un unique avènement, comme chez nos juifs, c'est toujours l'attendre. En nous refaisant commune cette attente, vous nous rapprochez. De nouveau, vous nourrissez la foi chrétienne de ce ferment sémitique, dont Charles Maurras la félicitait de s'être désintoxiquée. Oui, vous rejudaïsez l'Egli­ se, mon Révérend Père : je ne puis que m'en réjouir. Mais que de tristesse, par ailleurs, vous me causez ! Ce que Dieu, dites-vous, de­ mande aux juifs depuis la crucifixion, c'est de n'être plus la race élue. Mais, selon vous, ils n'ont pas voulu « rentrer dans le rang ». Leur orgueil n'a pu s'y résoudre. D'où, paraît-il, l'obstination de leur fidélité à l'Ancienne Loi !
Mais, cette obstination, perpétuellement, et récemment encore, menée jusqu'au mar­ tyre, il serait, je crois, possible de lui dé­ couvrir des mobiles, ou des raisons, plus méritoires. Implicitement, vous-même en convenez. Vous nous expliquez fort bien que le christianisme, pour transfigurer les civili­sations non chrétiennes, doit d'abord les comprendre en profondeur, et, dans une certaine mesure, s'adapter à elles. Vous iriez jusqu'à admettre la suppression du latin et la messe dansée, s'il le fallait pour incarner le christianisme dans ce que pos­ sèdent de meilleur le monde hindou, le monde chinois ou le monde nègre, comme il s'est incarné jadis dans les mondes grec ou romain. Mais, ajoutez-vous, si la vocation du missionnaire est d'aller vers ceux qui errent, pour les convertir, il doit, par con­ tre et nécessairement, prendre garde à ne point souffrir que leurs erreurs le conta­ minent. Tout serait perdu, si, au lieu de les faire monter jusqu'à lui, il se laissait tomber jusqu'à eux. Or, précisément, la piété juive a estimé que, sur la voie des concessions permises, le christianisme ne s'est peut-être pas tou­ jours tenu dans les limites de la prudence la plus sage. Pour s'incarner, comme vous dites, dans les mondes grec et romain, il a fait des sacrifices incompatibles, aux yeux d'Israël, avec la foi d'Israël. Notre Dieu est invisible et unique. Les dieux d'Athènes et de Rome étaient visi­ bles et multiples. La religion de saint Paul, qui tenait des Juifs l'unité de leur Dieu, a, en s'incarnant chez les Grecs et les Ro­ mains accepté l'humaine visibilité des leurs. Et c'est pour maintenir, parmi les hommes, l'adoration jalouse non seulement de Dieu-Un, mais du Dieu-Esprit dans sa totale pureté, qu'Israël s'est exposé, s'expose encore, et s'exposera, s'il le faut, jus qu'à la fin des temps, au martyre qui s'est, jusqu'ici, attaché à sa mission.

Vous le voyez, mon Révérend Père, l'obstination intransigeante, mais sacrée, des Juifs s'explique moins par les aveugle­ ments d'un orgueil sans mesure que par une obéissance démesurée aux impératif s de la mission qui leur fut départie. Et ceci nous conduit à ma dernière re­ marque. Vous nous enseignez que l'huma­ nité de Jésus ne fut ni une fiction, ni une approximation. Pour vous, Jésus, quoique Dieu, fut vraiment un homme, un homme de son pays et de son époque, avec les tendresses, avec les colères, avec les igno­ rances de l'homme. Mais, s'il en fut ainsi, de quel droit maudire, en son nom, ceux qui l'ont pris pour un homme ? Sujet à l'ignorance, ne pouvait-il être sujet à l'erreur ? Ce royaume messianique qu'il an­ nonçait, l'a-t-il réalisé selon nos prophé­ ties ? L'épée s'est-elle changée en serpe ? Le loup broute-t-il près de l'agneau ? La connaissance de Dieu couvre-t-elle la terre, comme l'eau couvre le fond des mers ? Puis, pour être un homme vraiment, complètement, Jésus qui assuma toutes les dictions ? Devant l'identique responsabilité qui en bonne justice, leur incombe à l'égard de leurs pécheurs, ces traitements opposés, que reçoivent de l'Eglise, Israël et l'Eglise, ne vous inquiètent-ils jamais, mon Révérend Père ? Et n'y voyez-vous pas la source, à la fois lointaine et proche de cet antisémitisme, que vous réprouvez ? Quant à nous, Juifs, si une certaine chré­ tienté a besoin, pour s'affirmer, de nous maudire, nous n'avons nul besoin, pour être juifs, de lui renvoyer sa malédiction.
Notre grand Maïmonide l'a écrit, voici bientôt huit siècles :« Aucune pensée humaine ne peut sai­ sir les desseins du Créateur, car ses voies ne sont point les nôtres ! de sorte que cet homme (Jésus) et les autres fondateurs de religions qui l'ont suivi, ont contribué à aplanir le chemin pour le Messie véritable, qui doit instituer le culte du Dieu unique pour tous les peuples de la terre... Grâce à ces religions nouvelles, le monde entier s'est rempli de l'idée d'un Rédempteur­ Messie, et des paroles de la Loi et des commandements. Ces paroles se sont ré­ pandues jusqu'aux îles lointaines et parmi de nombreux peuples qui n'ont aucune civilisation. Tous s'occupent maintenant de la Tora et du problème de sa validité. Les uns affirment que ses commandements sont vrais, mais n'ont plus de valeur ; les autres leur attribuent un sens secret, et disent que leur contenu s'est déjà réalisé. Mais, quand viendra le vrai Messie, tous se convertiront et reconnaîtront leur erreur ». Inclinons-nous donc, les uns et les autres, devant les mystères de cette double voie divine. Chacun selon les lumières qui lui furent dispensées, mais sans chercher ni à les éteindre, ni à les confondre, attendons ensemble, travaillons ensemble à la venue, seconde ou première, de ce Messie, dont l'avènement nous éclairera les uns et les autres, et dont l'attente même, en ce monde où les ténèbres sont encore, peut nous rapprocher et doit nous unir.


*

RÉPONSE DU PÈRE DANIÉLOU


En remerciant M. Edmond Fleg de sa lettre où la foi monothéiste d'Israël et son attente passionnée du Messie s'expri ment de façon si émouvante, je ressens à nouveau tout ce qu'a de bouleversant aux yeux d'un chrétien le fait que les Juif s qui ont si longtemps attendu le Messie, ne l'aient pas reconnu, ne le reconnaissent pas, ne sachent pas qu'il est venu - et je voudrais, comme Justin avec Tryphon, re­ prendre les textes prophétiques et mon­ trer comment ils se réalisent en Jésus. Mais ce serait un autre propos. Ici, je préciserai seulement la position chrétienne à l'occasion des réflexions de M. Fleg.

1. En ce qui concerne l'attente eschatologique, que celle-ci subsiste dans le chris­tianisme et que cet aspect du christianisme ait été souvent méconnu, nous en sommes bien d'accord. Et c'est là, en eff et, un trait commun au judaïsme et au christianisme. Mais il subsiste cette immense diff érence que cette attente ne porte plus pour le chrétien que sur ce que saint Jean appelle « la manifestation des fils de Dieu ». La réalité même de la grâce est acquise avec la venue de Jésus-Christ.

2. M. Fleg présente le judaïsme comme défendant jalousement le monothéisme et pense qu'il y a dans le christianisme une contamination des religions hellénistiques. Il y a ici une méconnaissance de ce qu'est la foi chrétienne. Son monothéisme est aussi intransigeant que celui d'Israël. Et quand le christianisme parle de Trois per­ sonnes en Dieu, il ne contredit pas le monothéisme d'Israël, mais le prolonge. L'Ancien Testament connaît une Parole de Dieu par laquelle « les cieux ont été faits » (Ps. XXXIII 6) et une Sagesse de Dieu qui est « l'image de sa Bonté » (Sap. VII 26). Or, c'est à cette Parole et à cette Sagesse que font expressément allusion Jean et Paul quand ils disent, le premier : « Au commencement était la Parole », et le second : « Il est l'image du Dieu invi-
sible » (Col. 1, 15). Seulement l'aspect per­sonnel de « la Parole », et de « la Sagesse » est encore obscur dans l'Ancien Testament.

3. Il en est de même en ce qui concerne l'Incarnation. Elle n'est aucunement une atteinte à la spiritualité de Dieu. Dans la personne du Christ, la nature divine n'est absolument pas confondue avec la nature humaine et elle est « pur esprit ». Mais l'Incarnation de la « Parole », rentre dans une « économie », pour parler la langue des Pères, qui commence dès l'Ancien Testament, puisque dans l'Ancien Testament nous voyons déjà le Verbe de Dieu « venir chez les siens » (Jean 1, 14). Et les Pères de l'Eglise montreront dans les manifesta­tions de Dieu dans l'Ancien Testament - que M. Fleg ne nie pas - une pédagogie divine par laquelle Dieu préparait l'huma­ nité à recevoir la plénitude de !'Esprit. C'est d'un Grec qu'est le mot : « Dieu ne touche pas l'homme ». Ce sont les Grecs pour qui le divin est le monde incorporel et pour qui l'Incarnation est impensable.

4. M. Fleg parle ensuite des « erreurs » de Jésus qui justifieraient le refus des Juifs de le reconnaître pour le Fils de Dieu. Mais d'abord quand M. Fleg voit une erreur dans le fait que les prophéties ne se soient pas réalisées selon la lettre et que l'épée « ne se soit pas changée en serpe », ceci prouve peut-être que les pro­ phéties ne sont pas à prendre au sens ma­ tériel. Quant à l'annonce que la connais­sance de Dieu s'étendra à toute la terre, elle s'est réalisée quand la connaissance de Dieu a cessé d'être le privilège d'Israël et a été annoncée à toutes les nations. D'au­tre part, le fait que Jésus ait été vraiment homme et que, dans sa science humaine du moins, il ait été susceptible de progrès - par exemple, il a appris à parler hébreu t n'en a pas fait semblant, ce qui serait du docétisme - n'entraîne aucunement qu'il ait pu être susceptible d'erreur, car cette science humaine sans se confondre avec sa science divine, était totalement accordée à elle.

5. M. Fleg en vient alors à la dernière question, la plus grave, celle de la mort du Christ et de la responsabilité ou des excuses des Juifs à son égard. Ici, nous sommes devant de grands mystères. La condamnation de Jésus par les Juifs dépas­ se en un sens le plan des responsabilités individuelles. C'est un aspect de la mysté­ rieuse économie du plan de Dieu. Ceci n'excuse pas pourtant Israël de toute responsabilité. Car s'il avait été vraiment fi­ dèle, il aurait reconnu en Jésus celui qu'a­ vaient annoncé les prophètes. Et ceci alors nous fait entrevoir derrière le premier mystère un autre mystère plus profond. Ce n'est pas Israël qui a crucifié Jésus, c'est l'infidélité d'Israël. Et par conséquent ce qui a causé la mort de Jésus, c'est en der­ nier lieu le péché. Mais alors ce n'est plus Israël seul qui porte la responsabilité de la mort de Jésus, puisque c'est « l'iniquité du monde » que celui-ci a prise sur lui. De­ vant la croix de Jésus, nous devons, nous aussi, nous frapper la poitrine comme le centurion. Aussi il n'est pas vrai, comme paraît le croire M. Fleg, que l'Eglise con­ damne Israël et excuse les pécheurs qu'elle porte en elle. C'est le péché qui a crucifié le Christ, celui d'Israël, mais aussi bien le nôtre. A cette profondeur du mystère, tous les hommes sont égaux aux pieds de la Croix, comme aussi bien sont-ils tous égaux dans le salut qui vient par la Croix.
Cette unité que M. Fleg attend de la fin des temps, nous la désirons passionné­ ment comme lui, mais l'immense certitude que nous voudrions si ardemment lui voir partager et qui est la nôtre, c'est qu'elle existe déjà par le sang du Christ, par le­ quel il n'y a plus ni Juifs ni Grecs, mais des hommes également pécheurs et égale­ ment sauvés.

juillet 05, 2018

Mise à jour du site theologicia.fr


La mise à jour du site http://www.theologica.fr/ offre plusieurs centaines de fichiers nouveaux enrichissant les anciennes rubriques, il en propose aussi de nouvelles qu’il reviendra aux chercheurs et aux curieux de découvrir.

http://www.theologica.fr/ demeure encore, malgré ses milliers de fichiers, très incomplet, ainsi les dissertations et réflexions d’un Dom CALMET ou d’un Chevalier DRACH ne sauraient remplacer une rubrique à venir consacrée à l’exégèse, et la richesse des Eglises d’Orient fait encore figure de parent pauvre quant à notre devoir d’exposer la richesse de leur théologie, de leur liturgie, présenter leur histoire notamment. Certes des revues sont proposées afin de tenter de pallier à ces manques provisoires. Enfin et autre exemple, si l’Histoire générale de l’Eglise est relativement bien exposée par de nombreux travaux, rien n’est encore offert sur la vie des saints et de ceux qui l’ont construite sous la dépendance de l’Esprit Saint.

Que le curieux, que le chercheur, n’hésite pas à proposer ses travaux en vue d’enrichir ce site, et lorsqu’il est des manques dans des collections, merci à qui possèderait les fichiers PDF correspondants de ne pas hésiter à les transmettre.

Alors ce site sera devenu lieu de partage, et n’étant plus une simple bibliothèque offrant une documentation la plus exhaustive souhaitée, ce partage sera l’expression d’une communion.

Jean-Pierre BONNEROT

juin 16, 2018

A propos d’une étude sur l’excellente REVUE « DIEU VIVANT »



Monsieur Etienne FOULLOUX propose – fruit dit-il d’un demi- siècle consacré à la recherche  pour cette livraison : «Christianisme  et eschatologie  Dieu Vivant 1945- 1955 »  Ed CLD, Paris 2015 – un ouvrage de 175 pages, dont  il sera fait grief à l’auteur de n’offrir en fin de volume ni bibliographie, ni index, l’abondance des notes en  bas de chaque page ne pouvant remplacer, le rappel des sources utilisées.

Il aurait  été agréable de surcroît de disposer en une annexe, de la table des matières de chacun des numéros de la revue, et pourquoi pas aussi,  l’éditions en une autre annexe de quelques articles dont beaucoup constituent un apport unique à la pensée théologique.

A défaut d’une réédition de cette excellente revue animée principalement par Marcel MORE, Jean DANIELOU et Louis MASSIGINON, formons des vœux pour qu’il ne déplaise pas à un éditeur de proposer une large anthologie des  contributions, trésors oubliés de ceux qu’il n’échet pas de dénommer  « intellectuels » mais de les associer aux grands spirituels de ce XX° siècle.

JPB

Médiévales, n°28, 1995. Le choix de la solitude. Parcours érémitiques dans les pays d'Occident


 

juin 15, 2018

De l’incapacité des libraires à fournir la Philocalie totalement disponible, en son intégralité.



Alors que la dernière édition en 7 volumes est bien disponible chez l’excellent éditeur  (Abbaye de Bellefontaine), force est de constater que le tome 1 qui s’ouvre par une  Introduction à la spiritualité philocalique,  par  l’éminent théologien Olivier CLEMENT, objet de 33 pages, s’avère à tort déclaré  indisponible alors que  ce volume n’est nullement  épuisé : le diffuseur refuserait-il de répondre à la demande des libraires ?

Il convenait de signaler cette carence, en invitant les lecteurs de la philocalie des pères neptiques, à ne pas hésiter à commander le  ou les volumes - tous disponibles -  près de l’abbaye Bellefontaine :



JPB