avril 25, 2011

L’ANNONCIATION, LA NATIVITÉ ET PÂQUES


L’ANNONCIATION, LA NATIVITÉ ET PÂQUES
COMME IMAGE DE LA RÉSURRECTION AU TROISIÈME JOUR, *
EN RELATION AVEC LA FORMULE DU NICÉE DÉTERMINANT LA DATE DE PÂQUES

En 1991, de même qu’en 1980, la date de la fête de l’Annonciation a coïncidé avec les festivités pascales (en 1980 le lundi de Pâques et en 1991 – le jour de Pâques). À l’église de l’Institut de Théologie qui est celle de la paroisse Saint Serge, la célébration a été avancée, en 1980 de 13 jours et en 1991 au samedi de la cinquième semaine du Carême, jour de l’office de l’Acathiste de la Mère de Dieu. En 1980 est paru dans Les Nouvelles de Saint Serge (N° 6) un article expliquant la raison du déplacement de cette fête d’un point de vue technico-calendaire.

Dans ce numéro, le même auteur donne des explications sur ce déplacement d’un point de vue théologique et liturgique.

Le thème de cet exposé englobe trois aspects différents, qui à première vue ont peu de choses en commun : d’une part, des événements de la vie terrestre du Christ liés à l’Incarnation (l’Annonciation, la Nativité et la Résurrection) ; d’autre part le triduum pascal en tant que délai séparant l’instant de la mort du Christ, de Sa Résurrection ; enfin, la formule de Nicée qui détermine la date de Pâques dans l’année liturgique. Notre but est de montrer qu’en fait, ces trois aspects différents expriment une seule et même vérité, à savoir la réalisation de l’économie divine par l’action conjointe de la Sainte Trinité.

Avant d’aborder le thème proprement dit, il est indispensable d’attirer l’attention sur le fait suivant : dans les questions théologico-liturgiques de tout ordre où figure la notion de temps, il convient de garder à l’esprit que l’Église en tant qu’organisme à la fois divin et humain vit dans deux aspects du temps, dont l’un est humain et représente le temps pour ainsi dire « temporel », issu de la chute et donc s’achevant par la mort, et l’autre est divinement éternel et pourrait, par contraste avec le précédent, être qualifié d’éternellement présent. C’est bien en ce sens qu’il convient de comprendre les paroles du Christ dans l’évangile de saint Jean, par lesquelles le Christ confronte le temps divin, éternellement présent, avec le futur ou le passé humains : « Quand vous aurez dressé en haut le Fils de l’homme, alors vous comprendrez que Je suis » (Jn 8, 28) ; ou bien « En vérité, en vérité Je vous le dis : avant qu’Abraham fût, Je suis » (Jn 8, 58). II s’agit là de la formule vétérotestamentaire même qui fut employée par Dieu, s’adressant à Moïse sur le Sinaï (Ex. 3, 14). Ce n’est qu’en comprenant ainsi le temps divin comme éternellement présent, que l’on peut saisir l’affirmation constante des textes liturgiques selon laquelle le Christ, dans Son Incarnation, est demeuré inchangé. De même que les deux natures en Christ, la divine et l’humaine, demeurent selon l’expression dogmatique de Chalcédoine, sans division, sans confusion, sans séparation et sans changement, ainsi et de façon similaire conviendrait-il de percevoir également la nature du temps dans lequel se déroulent tous les événements liés à la Rédemption. Ces événements, tout en se développant dans le cadre du temps humain, ne sont nullement limités à celui-ci mais, au contraire, le transfigurent en quelque sorte.

C’est seulement en comprenant de la sorte les relations entre temps humain et temps divin, que nous pouvons affirmer notre participation réelle à la vie de l’Église, à ses sacrements, par l’intermédiaire de quoi l’Église nous introduit dans le temps divin de l’éternel présent.

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* La notion « au troisième jour » doit être comprise non pas au sens quantitatif (laps de temps), mais qualitatif (en grec et en slavon il s’agit d’un adjectif qualitatif : triêmeron. tridnevnoie) qui correspond à la notion de Triduum.



Ayant fêté en 1988 le millénaire du baptême de la Russie, nous n’allons tout de même pas préparer la célébration, dans un proche avenir, du deux millième anniversaire de la Résurrection du Christ. Une telle célébration est impensable dans la mesure même où pour nous, chrétiens orthodoxes, le sens de cet événement ne se dévoile que dans le temps divin, éternellement présent.

Chaque année à Pâques, comme chaque semaine le dimanche, comme également chaque jour à la Divine Liturgie, nous participons dans le temps présent divin à l’événement non répétable de la Rédemption, réalisée une fois pour toutes. Sous ce rapport, le Samedi-Saint conjointement avec le jour de Pâques inclut, liturgiquement parlant, l’année ecclésiale tout entière en tant qu’expression de l’économie divine. En témoigne un stichère du Samedi-Saint chanté à Matines avant la grande doxologie (apparition de la lumière), ainsi qu’aux Vêpres avant le dogmatikon de ton l, qui inaugure le cycle de la semaine de Pâques lumineuse : « Le grand Moïse prophétisa mystérieusement ce jour en disant : Dieu bénit le septième jour, car c’est ici le sabbat béni. C’est ici le jour de repos. En lui le Fils de Dieu s’est reposé de toutes œuvres. Il a tout accompli par la mort. Il a célébré le sabbat dans Sa chair. Et revenant à ce qu’Il était, par la Résurrection, Il nous a donné la vie éternelle, en Sa bonté et son amour de l’homme ». Il n’est pas fortuit qu’à ce même office de Vêpres et comme tenant lieu de prokimenon, soit lue une parémie ou leçon vétéro-testamentaire (la première des quinze) qui est le début de la Genèse et qui nous dévoile l’image du Jour « Un » (et non : premier), comme le rend correctement la traduction slavonne faite d’après le texte grec des Septante (hê hêméra mia). Les saints Pères, et notamment saint Basile le Grand, voient en ce Jour Un l’image de la vie éternelle ; conséquemment, ce n’est pas le premier jour d’une succession, mais c’est le jour qui contient tous les autres en soi.

Représentons cela graphiquement, de manière conventionnelle :


Fig. 1.
Attendu qu'il s'avère quasiment impossible pour un non informaticien de placer les figures dans le texte ou après ce dernier, je renvoie le lecteur qui serait sur Facebook à ma page, à moins qu'il ne préfère se rendre sur le site du groupe théologique de Yahoo le texte avec les images sont à rechercher  dans le dossier Liturgie.


En liaison avec ce qui a été dit concernant le Samedi-Saint et le jour de Pâques, la relation entre ces deux jours peut être comparée avec la représentation du Jour « Un » ; le Samedi-Saint y occupe le domaine de la nuit, laquelle est détruite par la force du Seigneur descendu aux enfers et ressuscité. En résultat, le Jour « Un » acquiert les traits du Huitième jour, en accord avec les paroles de l’Apocalypse : « De nuit, il n’y en aura plus... car le Seigneur répandra sur eux sa lumière, et ils régneront pour les siècles des siècles » (Ap 22, 5).



Fig. 2.
Observons que dans le récit de la création du monde que fait la Genèse, la nuit n’est mentionnée que deux fois : la première en relation avec le « jour Un ». « Et Dieu appela la lumière Jour et les ténèbres Nuit. Il y eut un soir et il y eut un matin, jour « Un ». (Gn 1, 5) ; et la seconde fois en relation avec le quatrième jour, « Dieu fit les deux grands luminaires, le grand luminaire pour dominer le jour, le petit luminaire pour dominer la nuit, et les étoiles. Dieu les mit dans le firmament des cieux pour éclairer la terre, pour régner sur le jour et la nuit, pour séparer la lumière et les ténèbres. Et Dieu vit que c’était bon. Il y eut un soir et il y eut un matin. Quatrième jour. » (Gn 1, 16-19).

Observons que dans la semaine, le quatrième jour correspond au mercredi ; il va de soi que jour « Un » correspond au dimanche, de même que le huitième jour.

Si l’on comprend l’économie divine comme une conquête progressive, par la lumière, du domaine des ténèbres, alors l’événement du quatrième jour est intermédiaire entre le Jour « Un » et le Huitième :


                                                                     
Jour « Un »                                        Quatrième jour (mercredi)                 Huitième Jour

Fig. 3

Voyons maintenant la formule de Nicée qui détermine la date de Pâques. Comme on le sait, cette formule comporte trois éléments : (1) l’équinoxe de printemps ; (2) la pleine lune suivante et (3) le premier jour dominical qui suit cette pleine lune. Actuellement, la plupart considèrent cette formule comme une règle astronomique conventionnelle, établie dans les premiers siècles du christianisme en corrélation avec la coutume établissant la Pâque juive. On pense même qu’il est admissible de simplifier cette formule, par suite des inconvénients (du point de vue des conditions de vie présentes) qu’offre la grande mobilité de la date de Pâques (sur une plage de cinq semaines). Un tel point de vue témoigne d’une méconnaissance des raisons réelles et du sens de ce décret du 1er concile œcuménique tenu en 325.

En fait, cette formule est une icône cosmique de l’économie divine. Il est aisé de s’en convaincre à la lecture d’un document du IVe siècle, l’homélie anatolienne sur la date de Pâques en 387. L’auteur y donne une explication détaillée de la formule de Nicée, en indiquant l’existence d’un lien étroit entre la « semaine » de la création du monde et la « semaine » du sacrifice rédempteur du Christ.

La création du premier homme, Adam, a été suivie de sa chute et conséquemment, de l’avilissement de la création tout entière. Le Christ, nouvel Adam, rachète le péché du premier homme et restaure une nouvelle création. Dans ce contexte théologique, les phénomènes cosmiques (équinoxe de printemps et pleine lune qui le suit) sont des indices naturels qui correspondent au temps originel dans lequel Dieu créa le monde. « L’icône cosmique » de l’économie divine devient ici icône du temps originel de la création.  

Le moment de l’équinoxe de printemps est l’image du premier jour de la création ; il s’agit, selon l’expression employée par le texte slavon, du « jour Un », lorsque Dieu manifesta au monde la lumière et sépara les domaines de la lumière et des ténèbres, leur donnant respectivement les noms de jour et de nuit. Rappelons que, dans la perspective du cycle hebdomadaire, ce jour correspond au dimanche. La pleine lune qui survient ensuite constitue l’image du quatrième jour de la création, lorsque Dieu, se servant des luminaires célestes eux aussi créés, répartit la lumière (manifestée le premier jour) sur la terre entière. Les ténèbres sont progressivement repoussées. Le rôle de la Lune consiste en ce que, par elle, la lumière pénètre dans le domaine des ténèbres, en tant qu’annonciatrice de la victoire finale (c’est le mercredi).

Le sixième jour de la création, qui correspond au vendredi, Dieu crée le premier homme, Adam, qui s’éloigna de Dieu ; c’est pourquoi le nouvel Adam, le Christ, rachète le péché [-début page 16 -] d’Adam sur la Croix le jour correspondant – le Vendredi-Saint –, et le septième jour – Samedi-Saint –, reposant charnellement dans le tombeau, Il anéantit le royaume des ténèbres ; et le jour suivant, premier jour de la semaine, qui correspond dans cette optique au jour « Un », celui où Dieu créa la lumière, le Christ ressuscité manifeste au monde la lumière sans déclin de Sa Résurrection.

La leçon évangélique de la liturgie de Pâques relate ce mystère : « Au commencement était le Verbe... et le Verbe était Dieu. Tout fut par lui... En lui était la vie et la vie était la lumière des hommes. Et la lumière luit dans les ténèbres ; et les ténèbres ne l’ont pas comprise » (Jn 1, 1-5).

De ce qui a été dit ci-dessus à propos de la formule de Nicée, l’on peut conclure que ses trois éléments coïncident exactement avec le diagramme qui a été proposé, des trois jours exprimant la victoire progressive de la lumière sur les ténèbres :


                                             
Équinoxe (Jour Un)                Pleine Lune Mercredi (4ème jour)                   Dimanche (8ème jour)

Fig. 4.

Considérons maintenant le lien entre l’Annonciation, la Nativité et Pâques, d’une part, et d’autre part, les trois termes de la formule de Nicée.

La résurrection du Christ – le jour de Pâques – constitue le troisième terme de la formule de Nicée, et nous n’aurons donc à établir de lien qu’entre les deux premières fêtes et les premiers termes de cette formule.

Commençons par la Nativité, car historiquement cette fête a commencé à être célébrée avant l’Annonciation. Comme on le sait, initialement, Noël et le Baptême du Christ étaient célébrés conjointement le 6 janvier, en tant que fête de l’Épiphanie. Au début du IVe siècle, la célébration de l’événement de la nativité du Christ s’est séparée du baptême et a commencé à se fêter le 25 décembre, jour du solstice d’hiver et moment de l’année où, dans l’hémisphère boréal (celui où s’est déroulée l’histoire sainte), la nuit, ayant atteint son amplitude maximale, commence à décroître tandis que le jour commence à croître. Pour cette même raison, c’était la fête païenne du dieu-soleil. L’Église chrétienne a pour ainsi dire approfondi le sens de cette fête, comme on le voit dans le chant du tropaire festif : « Ta naissance... a fait resplendir dans le monde la lumière de la connaissance. En elle, les serviteurs des astres... apprennent à t’adorer, Toi Soleil de Justice... ». Dans le peuple, on appelle Noël les Pâques d’hiver. On pourrait également qualifier cet événement de fête nocturne, car il comporte de très nombreux éléments liés à sa nature nocturne.

Durant la période du solstice d’hiver, les nuits sont les plus longues de l’année (au delà du cercle polaire, c’est la nuit polaire). Sur le plan du récit évangélique, la manifestation de l’étoile de Bethléem témoigne de la présence de la nuit, de même que l’apparition des anges aux pasteurs dans l’évangile de saint Luc se déroule de nuit (Lc 2, 8). Sur le plan liturgique, le chant du tropaire et du kontakion de la fête après le congé de la Liturgie de saint Basile le Grand (le 24 XII), au moment de l’apparition de la première étoile, va dans le même sens.

Nous n’allons pas nous arrêter sur toutes les particularités liturgiques témoignant de ce que la fête de la Nativité est comprise par l’Église orthodoxe comme le « petit luminaire » placé dans le « domaine de la nuit » pour répandre sa lumière à l’image du quatrième jour de la création. Limitons-nous à indiquer un détail. Le dimanche suivant Noël, à matines, avant la grande doxologie (liée à l’apparition de la lumière), là où le Samedi-Saint est chanté le stichère « Le grand Moïse prophétisa mystérieusement ce jour... » (cf. plus haut), on chante : « Sang et feu et colonnes de fumée, énigmes sur la terre dans la vision de Joël : sang pour l’incarnation, feu pour la divinité, colonnes de fumée pour l’Esprit Saint venu sur la Vierge et qui a empli de son parfum le monde. Grand est le mystère de Ton Incarnation, Seigneur, gloire à Toi ! »

Ce stichère est un commentaire de la vision du prophète Joël (Jl 2, 30-31). L’Église, notamment, voit dans la lune ensanglantée l’image de l’Incarnation. L’enfant divin, né et venu au monde pour recevoir la mort sur la croix, est comparé à la lune ensanglantée : l’image de l’Incarnation est reliée à celle de la mort. Attirons l’attention sur le stichère dominical de ton 5 à laudes, qui déclare directement ceci : « Tu es passé à travers le tombeau comme Tu es né de la Mère de Dieu... ». La Nativité est ici assimilée à la mort et à la Résurrection. Dans la mesure où l’Église voit cette image dans le rôle joué par la lune dans la vision du prophète Joël, sur le plan de l’hebdomade de la création, cela correspond au quatrième jour (mercredi), celui où le Créateur a confié à la Lune le domaine de la nuit afin de l’éclairer : « Et la lumière luit dans les ténèbres ; et les ténèbres ne l’ont pas comprise. » (Jn 1, 5), lit-on chez les orthodoxes à la liturgie de Pâques, et à la messe de Noël chez les catholiques.

Dans la partie consacrée aux éphémérides du « Psautier commenté », il est noté à la date du 25 décembre que le Christ est né un mercredi. Cette précision n’est certes pas d’ordre calendaire ni historique (voir plus loin) ; selon toute vraisemblance, ce qui est envisagé ici est une communauté de nature entre cet événement et le quatrième jour de la création.

Dans un livre consacré à l’étude des célébrations liturgiques occidentales, l’auteur anglais A. King indique qu’au VIe siècle, pour des raisons qu’il ne comprend pas, on estimait que le Christ était né un mercredi, et qu’au témoignage de saint Grégoire de Tours (+ 594), sainte Radegonde, en relation avec cette croyance, avait pour habitude de commencer les affaires importantes un mercredi ; elle-même est morte un mercredi, le 13 août 587.

En ce qui concerne le mercredi dans le cadre hebdomadaire, on sait que le mercredi comme le vendredi sont des jours de jeûne qui ont des thèmes communs, à savoir la Croix et la Mère de Dieu. Pour ce qui est du vendredi, son premier thème, la Croix, est lié au fait que le Christ est mort en croix un vendredi. En ce qui concerne le mercredi, on estime couramment que le lien entre la Croix et ce jour est dû au fait que c’est le jour de la trahison de Judas. Cette explication n’est pas pleinement convaincante, car pourquoi alors ne pas consacrer également à la Croix le jeudi, jour de la Sainte Cène ? C’est bien ce jour-là que le Christ, anticipant Sa mort sur la croix, offre aux disciples Son Corps et Son Sang. Dans l’Octoèque, le prokimenon et le verset de communion de la Divine Liturgie du vendredi sont sur le thème de la Croix, alors que le mercredi, prokimenon et verset de communion sont dédiés à la Mère de Dieu ; en outre, l’annexe de Saint énumérant les épîtres et les leçons évangéliques à lire durant la semaine indique pour le mercredi épître et évangile relatifs à la Mère de Dieu, et pour le vendredi, comme il se doit, des lectures consacrées à la Croix.

En conclusion, rappelons le stichère du ton 5 à laudes, déjà cité : « Tu es passé à travers le tombeau comme Tu es né de la Mère de Dieu... » ; conséquemment, le vendredi porte l’empreinte de la Croix, en tant que jour de la mort en croix du Christ, alors que le mercredi porte l’empreinte de la naissance virginale du Christ, qui dévoile l’image du tombeau. Ainsi, la fête de la Nativité correspond pleinement au deuxième terme de la formule de Nicée : la pleine lune du quatrième jour de la création.

Concernant la fête de l’Annonciation, indiquons tout d’abord que sa célébration a été fixée au 25 mars un siècle (ou un peu plus) après l’établissement (au IVe siècle) du 25 décembre comme date de la célébration de la Nativité du Christ. La date retenue a été celle du 25 mars, car elle se place neuf mois avant le 25 décembre. D’un point de vue cosmique, neuf mois avant le solstice d’hiver, c’est l’équinoxe de printemps. De la sorte, la fête de l’Annonciation est liée à la date de l’équinoxe de printemps.

Je ne m’arrêterai pas sur la question purement historique et calendaire liée au fait qu’au IVe siècle, le solstice d’hiver ne coïncidait déjà plus avec la date du 25 décembre et que, pour la même raison, la date du 25 mars ne correspondait déjà plus exactement à l’équinoxe de printemps. Il ne convient pas de confondre ce problème purement technique et calendaire (à ce sujet voir l’article : « L’Annonciation à Pâques » dans les Nouvelles de Saint-Serge, N° 6, Noël 1980) avec la question de principe, à savoir la signification donnée dans la conscience ecclésiale à tel ou tel événement liturgique.

Laissant donc de côté les imperfections du calendrier, relevons simplement que l’Annonciation, fêtée neuf mois avant Noël (fête qui elle-même a été rattachée par l’Église au moment du solstice d’hiver), correspond au jour de l’équinoxe de printemps ; observons encore que, dans la mesure où selon le document ci-dessus mentionné, l’Église estimait au IVe siècle déjà que l’équinoxe de printemps était l’image du début de la création – le Jour Un – , l’Annonciation devient l’expression de ce mystère.

De plus, dans le « Psautier commenté », et de façon similaire à ce que nous avons indiqué pour Noël, il est dit aux éphémérides, à la date du 25 mars, que l’Annonciation a pris place « un dimanche ». Une fois encore, on ne peut pas considérer cela comme une indication de nature historico-calendaire, ne serait-ce que parce qu’entre un 25 mars et un 25 décembre il y a 275 jours, soit 39 semaines et deux jours. Cela signifie que si l’Annonciation tombe un dimanche, alors Noël tombe deux jours après dimanche, soit un mardi (et non un mercredi). Dans ces mêmes éphémérides, à la date du 30 mars, il est dit : « En ce jour, notre Seigneur Jésus-Christ a été crucifié ». Cette indication, de nouveau, part de la supposition que le 25 mars doit être un dimanche, et alors le 30 mars est le sixième jour après l’Annonciation, donc un vendredi, jour de la mort en croix du Christ.

Dans tout ce qui vient d’être dit, il convient de noter que le jour de l’Annonciation correspond sur le plan cosmique au jour de l’équinoxe de printemps, et sur le plan de l’hebdomade de la création, au Jour Un, qui est aussi le dimanche.

À ce propos, portons notre attention sur un chant pascal, l’un des versets de la 9ème ode du canon de Pâques, qui remplace le Magnificat prononcé par la Vierge Marie à l’occasion de l’Annonciation (Lc I, 46-55) : « L’ange proclamait à la Pleine de Grâce : Vierge pure, réjouis-toi ! Et je te le dis encore : réjouis-toi ! Ton Fils est ressuscité du tombeau au troisième jour !... ». Dans ce texte, deux événements se rejoignent en une même joie pascale : l’Annonciation et la Résurrection ; il n’est donc pas surprenant que l’événement de l’Annonciation soit lié, dans la conscience ecclésiale, au jour du dimanche. Ces deux « réjouis-toi » sont séparés par les 33 années du chemin de croix du Christ sur terre, et comme le Christ est Lui-même la Voie (Jn 14, 6), le principe et la fin (Ap 21, 6 et 22, 13), ces deux « réjouis-toi » résonnent sur le plan du temps divin éternellement présent, comme un « réjouis-toi » unique se rapportant à l’accomplissement de l’économie divine. Voilà pourquoi le jour de l’Annonciation coïncide pleinement avec le sens du Jour Un, qui est le point de départ de la formule de Nicée déterminant la date de Pâques.

                                                         

Fig. 5.

Si le calendrier julien, introduit dans l’empire romain en 46 avant J.-C. , n’avait pas retardé sur le temps solaire, le 25 décembre aurait, au IVe siècle, correspondu au solstice d’hiver, et de même, le 25 mars continuerait de correspondre à l’équinoxe de printemps, qui, en tant que limite antérieure de la pleine lune pascale, serait simultanément jour de l’Annonciation.

C’est précisément cette situation que souhaitait l’Église antique, s’efforçant de relier la vie liturgique à la réalité cosmique. On pourrait alors estimer que nous fêtons Pâques en corrélation avec la pleine lune suivant l’Annonciation, qui à son tour préfigure la Nativité.

Dans cette situation et si Pâques tombait à la date la plus avancée possible, l’Annonciation surviendrait le Samedi-Saint ensemble avec la pleine lune représentant la Nativité.

Quant à célébrer l’Annonciation le jour même de Pâques ou durant la semaine pascale (comme il arrive malheureusement, à cause d’inexactitudes calendaires), cela doit être considéré comme une absurdité complète, liturgiquement et théologiquement parlant.

Sur le plan de la formule nicéenne (l’équinoxe de printemps, la pleine lune et le premier dimanche), l’équinoxe de printemps (l’Annonciation) et la fête de Pâques ne peuvent pas avoir lieu le même jour. En revanche, il est admis que la pleine lune se produisant le jour de l’équinoxe de printemps est pascale – c’est-à-dire que le dimanche suivant est le jour de Pâques.

Cas particulier : si le jour de l’équinoxe de printemps coïncide avec la pleine lune et si c’est un samedi, alors ce samedi devient le Samedi-Saint. Dans ce cas, le Samedi-Saint révèle (sur le plan cosmique) la présence silencieuse de la Mère de Dieu à travers les deux événements de l’Incarnation : l’Annonciation et la Nativité, comme saint Jean l’Évangéliste le précise : « et le Verbe s’est fait chair » (Jn 1, 14) pour devenir « l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1, 29)*.
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* Voir l’article du même auteur : « La Nativité du Christ, Icône de sa descente aux enfers ».



Fig. 6.

Ayant établi un lien entre trois événements liturgiques et les termes correspondants de la formule de Nicée, nous pouvons conclure que, sur le plan du temps éternellement présent, ces trois aspects de l’économie divine constituent précisément les trois jours qui révèlent le sacrifice du Christ :
Sa mort, Sa descente aux enfers et Sa Résurrection. Ensemble, ils expriment qualitativement, pour ainsi dire, la victoire du Christ sur la mort, comme le proclame le chant de Pâques déjà cité : « Ton Fils est ressuscité du tombeau le troisième jour... ».

L’on peut voir la co-participation de la Sainte Trinité dans cet événement, en ce que Dieu le Père envoie l’Archange et fait descendre l’Esprit-Saint sur la Vierge Marie ; Dieu le Fils vient dans le monde pour se charger de ses péchés et subir la mort sur la croix ; et enfin, Dieu l’Esprit Consolateur, à la suite de la Résurrection du Christ, instaure l’Église du Christ. L’Écriture sainte, en relatant ce mystère, se fonde peut-on dire sur ces trois aspects de la victoire de la lumière sur les ténèbres :

1) « Et Dieu appela la lumière jour et les ténèbres nuit. Il y eut un soir et il y eut un matin, jour un. » (Gn 1, 5).

Fig. 7a.

2) « Et la lumière luit dans les ténèbres ; et les ténèbres ne l’ont pas comprise... » (Jn 1, 5).

Fig. 7b.

3) « De nuit, il n’yen aura plus ; ils se passeront de lampe ou de soleil pour s’éclairer, car le Seigneur Dieu répandra sur eux Sa lumière, et ils régneront pour les siècles des siècles. » (Ap 22, 5).

Fig. 7c.


Remarquons que de ces trois citations de l’Écriture, l’une se trouve au début de la Bible, la deuxième – au milieu (en considérant pour tel le début du Nouveau Testament et l’Évangile de saint Jean comme le premier dans l’ordre liturgique), et la troisième provient de la fin de la Bible, au dernier chapitre de l’Apocalypse (curieusement, chaque fois il s’agit du cinquième verset du chapitre correspondant).

Nicolas Ossorguine

avril 21, 2011

Convient-il, selon une lecture de St Paul, de baptiser les morts ?


Convient-il, selon une lecture de St Paul, de baptiser les morts ?

« Autrement, que feraient ceux qui se font baptiser pour les morts? Si les morts ne ressuscitent absolument pas, pourquoi se font-ils baptiser pour eux ? », déclare énigmatiquement l’apôtre en I Cor. XV, 29.
S’il est très certain que le baptême pour les morts fut pratiqué dans l’Eglise ancienne, ne résulte-t-il pas d’un malentendu dans la compréhension de la phrase de Paul pouvant suggérer un baptême en faveur des morts, lorsque le baptême pratiqué au nom de Jésus+ Christ, c'est-à-dire dans Sa mort et par voie de conséquence en Sa résurrection, n’est pas en revanche contraire – quand bien même cette référence serait insuffisante – à une juste Doctrine.
Au début de l’Eglise, le baptême est reçu au nom de Jésus +Christ. Pierre l’atteste en déclarant : « Convertissez-vous : que chacun de vous reçoive le baptême au nom de Jésus Christ pour le pardon de ses péchés, et vous recevrez le don du Saint Esprit. » (Actes II, 38) et les convertis « reçurent le baptême au nom du Seigneur Jésus » (Actes XIX, 5).
Cette réception du baptême seulement au nom du Seigneur Jésus se fait dans la mort et la résurrection du Sauveur. L’apôtre témoigne : « Par le baptême, en sa mort, nous avons donc été ensevelis avec lui, afin que, comme Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous menions nous aussi une vie nouvelle. » (Romains VI, 4).
Basile de Césarée en son traité Sur le Saint Esprit, après d’autres comme Origène ou Cyprien, insiste et consacre un chapitre « à ceux qui disent : il suffit d’être baptisé dans le Seigneur » en déclarant qu’il convient de baptiser au nom de la TS Trinité : « Si donc, au baptême, séparer l’Esprit du Père et du Fils est dangereux pour qui donne le baptême et inefficace pour qui le reçoit, comment serait-il prudent de notre part d’arracher l’Esprit au Père et au Fils ? » (XII, 28, SC n° 17bis, page 347)
Les Canons 49 et 50 des saints apôtres ne laissent planer aucun doute :
 « 49. Si un évêque, ou un prêtre ou un diacre ne baptise pas, selon la parole du Seigneur "au nom du Père et du Fils et du saint Esprit", mais au nom de trois pères ou de trois Fils ou de trois paraclets, qu'il soit déposé.
 50. Si un évêque, ou un prêtre ou un diacre n'accomplit pas les trois immersions d'un seul baptême, mais d'une immersion au nom de la mort du Seigneur, qu'il soit déposé ; car le seigneur ne nous a pas dit : baptisez au nom de ma mort, mais : "Allez enseigner toutes les nations, et baptisez-les au nom du Père et du Fils et du saint Esprit". »
Jean Chrysostome en sa 40° Homélie sur la Première Epître aux Corinthiens  explique relativement au verset, objet de notre réflexion :
« Après avoir prononcé ces paroles pleines de redoutables mystères, les règles des dogmes qu'il faut respecter avec crainte, les lois envoyées du ciel, nous finissons par ajouter, au moment du baptême, ces paroles que nous ordonnons de prononcer : Je crois à la résurrection des morts; et c'est dans cette foi- là que nous sommes baptisés. Ce n'est qu'après cette profession ajoutée aux autres, que nous sommes plongés dans la source de ces eaux sacrées. Voilà ce que Paul rappelait aux fidèles, quand il disait : « S'il n'y a pas de résurrection, pourquoi êtes-vous baptisés pour les morts? » ce qui veut dire, pour les corps. Car si vous êtes baptisé, c'est que vous croyez à la résurrection du corps mort, vous croyez qu'il ne reste pas mort. Quant à vous, c'est par des paroles que vous exprimez là, résurrection des morts ; mais, pour le prêtre, il a comme une image à lui, et ce que vous avez cru, ce que vous avez confessé par des paroles, cette image vous en montre la réalité. Vous croyez sans avoir de signe, et le prêtre vous donne un signe ; vous commencez par faire ce qui dépend de vous, et alors Dieu vous donne une certitude. Comment cela ? Par quel moyen? Au moyen de l'eau: Le baptême, l'immersion suivie du mouvement contraire par lequel on remonte, on sort, c'est le symbole et de la descente aux enfers, et du retour. Voilà pourquoi Paul appelle encore le baptême une sépulture : « Car nous avons été ensevelis avec lui par le baptême pour la mort ». (Rom. VI, 4.) »
Ensevelis avec le Christ dans Sa mort, par le baptême nous ressuscitons à une vie nouvelle, parc ce que l’Esprit Saint ayant quitté le monde de la Chute,  nous  retrouvons pas Son retour, notre relation au Père.
Ainsi, si le baptême pourrait n’être pas invalide dès lors qu’il est accompli au nom de Jésus+ Christ qui institue ce sacrement, en l’occurrence en faisant référence à Sa mort et Sa résurrection uniquement,  l’Eglise ne saurait oublier la validité des baptêmes de Désir, et du Martyre (eux acquis sans la prononciation d’une formule liturgique).
Le sens qu’il échet de donner à la déclaration de l’apôtre, ne suggère pas au fidèle de baptiser un mort, mais de comprendre que le baptême délivre le fidèle de la mort née du péché « par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort » (Romains V, 12).
« … que feraient ceux qui se font baptiser pour les morts? »
Paul précise aux Romains : « Si par l'offense d'un seul la mort a régné par lui seul, à plus forte raison ceux qui reçoivent l'abondance de la grâce et du don de la justice régneront-ils dans la vie par Jésus Christ lui seul. Ainsi donc, comme par une seule offense la condamnation a atteint tous les hommes, de même par un seul acte de justice la justification qui donne la vie s'étend à tous les hommes. » (Rom. V, 17,18)
Paul affirme  avec justesse, que le salut opéré par Jésus+ Christ intervient pour tous les êtres. Ne convient-il pas de comprendre alors que celui qui est baptisé, a pour mission de témoigner dans le monde, sinon dans tous  les mondes, celui d’agir près des vivants comme près des gisants par la prière et les bonnes actions, afin de hâte la venue du Jour de Dieu (II Pierre, III, 11, 12), au baptême est lié le devoir d’enseigner toutes les nations qui ne sont sans doute pas à limiter à ce que nous percevons, selon que puisque le Christ nous enjoint : « Tout pouvoir m'a été donné dans le ciel et sur la terre. Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, et enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici, je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la fin du monde » (Mat/ XXVIII, 18-20)

Jean-Pierre  BONNEROT

avril 20, 2011

La création des insectes émane-t-elle de Dieu ?

La création des insectes émane-t-elle de Dieu ?

En son intéressante réflexion sur le quatrième jour de la Genèse, André SAVORET écrit :
«Moïse parle bien des anges au cours de ses cinquante chapitres, mais il reste muet sur leur création qui, on le sent, ne fait pas partie de l'œuvre des Six Jours. Autre remarque, en passant, dans l'énumération des espèces animales (cinquième Jour) il ne fait pas mention des insectes. Ces omissions ne sont pas l'effet du hasard ni de l'inadvertance. Si, comme tout porte à le supposer, les insectes sont les créatures terrestres où le sceau satanique s'imprime le plus profondément, on comprend pourquoi l'auteur du Sepher préfère les passer sous silence.  
 Ici, il n'est peut-être pas inutile de souligner que, dans la conception de l'auteur de la Genèse, la Ténèbre est la résultante générale, dans l'ordre cosmologique, de l'acte par lequel Lucifer se détache de Dieu, se pose en démiurge en face de lui et ose une création dont il puisse s'enorgueillir d'être l'auteur. Et ce n'est pas par pure coïncidence que Moïse se sert pour désigner la Ténèbre chaotique, HosheK, et le « Serpent » tentateur, Na-Hash, du même élément radical, Hosh, pour mieux nous pénétrer de leur commune origine. » (1)
I
En une précédente réflexion sur Le prologue de Jean, nous proposions de traduire BeReACHYT, par « la création est un acte de justice rendu selon une condition de réciprocité » (2). Dès lors que l’actuelle Création à laquelle nous participons résulte d’un acte de justice  selon une condition de réciprocité, face à une antériorité, il n’est pas absurde de s’interroger, non pas déclarer ce qu’aurait été l’exact événement ou la cause de ce présent acte Créateur, mais d’émettre et discuter des hypothèses quant à ce qui justifia cet acte Créateur.
Nul n’ignore, chacun comprend, selon les bases de la classique pensée théologique, que la Création et un acte d’Amour de Dieu envers Sa créature, ce point qui s’enseignait au petit catéchisme  ne sera pas présentement retenu, d’autant qu’il se trouve développé à tous les stades de la recherche,  lorsque l’ultime compréhension de cet acte d’Amour, ne saurait s’enseigner et  ne saurait  figurer dans les gloses des théologiens, puisque cette ultime compréhension, relève de la conscience de La Présence.
Tout en étant un acte d’Amour, il s’agit d’une Justice qui répond à une condition de réciprocité, ce qui suppose un fait antérieur, et s’il est une idée de justice, il est suggéré un principe de réparation par rapport à ce qui précède l’acte de Création.
Le scénario et les raisons de la Chute pré-originelle qui est celle de certains anges, distinctement à la Chute originelle dite de nos premiers parents, ne figure dans l’œuvre des six jours.
Quatre thèses se distinguent pour expliquer cette chute pré-originelle.
1 Pour les premiers Pères, la chute provient du commerce des anges avec les filles des hommes, et Justin nous dit 2 Apologie V, 2 : "Dieu confia le soin des hommes et des choses terrestres à des anges. Mais les anges violant cet ordre, eurent commerce avec les femmes et en eurent des enfants qui sont les démons."

Cette thèse devait être citée pour mémoire, mais ce n'est pas de Foi Orthodoxe puisqu'elle est issue du Livre d'Hénoch qui déclare : "Or, lorsque les enfants des hommes se furent multipliés, il leur naquit en ces jours des filles belles et jolies ; et les anges, fils des cieux, les virent, et ils les désirèrent, et ils se dirent entre eux : Allons, choisissons-nous des femmes parmi les enfants des hommes et engendrons-nous des enfants." (3)

2 Irénée de Lyon prendra pour assise à sa démonstration Sagesse II, 24 :
"… mais par l'envie du diable, la mort est entrée dans le monde et la subissent ceux qui sont de son parti." Ainsi l’évêque de Lyon déclare :"Ce commandement l'homme ne l'observa pas, mais il désobéit à Dieu, ayant été égaré par l'ange qui, à cause de la jalousie et de l'envie qu'il éprouvait à l'égard de l'homme pour les nombreux dons que Dieu lui avait accordés, tout ensemble provoqua sa propre ruine et fit de l'homme un pécheur en le persuadant de désobéir au commandement de Dieu. L'ange étant devenu par un mensonge chef et guide du pêché, et lui-même fut chassé pour s'être heurté à Dieu et il fit que l'homme fut précipité en dehors du Jardin. Et parce que par sa conduite, il se révolta et s'éloigna de Dieu, il fut appelé en hébreu Satan, c'est à dire révolté, mais en même temps il est appelé encore délateur." (4)

3 Pour Origène la chute de l'ange provient de l'orgueil. Pour sa part, au lieu de Sagesse II, 24, le maître alexandrin déclarera à la suite d'Isaïe XIV, 12-16 : "Comment Lucifer est-il tombé du ciel, lui qui se levait le matin ? Il s'est brisé et abattu sur la terre, lui qui s'en prenait à toutes les nations. Mais toi, tu as dit dans ton esprit : Je monterai au ciel, sur les étoiles du ciel je poserai mon trône, je siégerai sur le mont élevé au-dessus des monts élevés qui sont vers l'Aquilon. Je monterai au-dessus des nuées, je serai semblable au Très Haut. Or maintenant tu as plongé dans la région d'en bas et dans les fondements de la terre."

Après cette citation des versets 12 à 22, Origène ajoute : "Voilà la manière dont cet être était lui aussi un jour "lumière" avant de commettre une faute et de tomber en ce lieu ; et sa gloire s'est changée en poussière (Is. XIV, 11), ce qui est le propre des impies comme l'a dit aussi le prophète ; depuis lors il est appelé aussi "Prince de ce monde" c'est à dire de ce lieu d'habitation terrestre." (5)

4 Denys l'Aréopagite précise à propos de l'ange qui chute et de ceux qui le suivirent : "Ainsi parce qu'ils existent, ils procèdent du bien et sont bons et désirent le bien et le bon, c'est à dire l'être, la vie, l'intelligence, toutes choses réelles." (9)

Et Thomas d'Aquin de répondre à l'article IV de la question : Y a-t-il des démons qui soient naturellement mauvais ? : "Les démons ayant de l'inclination pour le bien général ne peuvent être naturellement mauvais." (10).

L’idée de vouloir s’égaler à Dieu, en créant comme Lui, par orgueil, par amour, constitue certes une révolte contre le type de « vie » que Dieu proposait aux anges, et il en sera de même quant à ce refus du type de vie intemporelle de nos premiers parents en voulant se nourrir par leurs propres moyens d’un arbre qui n’est certes pas défendu mais les fait entrer dans la temporalité(11).

II
Rien n’interdit de penser, à la suite de Denys et de Thomas d’Aquin par exemple, que désirant le bien et la vie, certains anges ne cherchèrent à créer, comme Dieu, cette création ne pouvant intervenir qu’avec la permission de Dieu au titre de la liberté qui est l’expression de l’Amour absolu : en agissant de la sorte, ces anges quittent volontairement la relation d’amour qu’ils avaient avec Leur Créateur, mais cela ne signifie pas qu’ils soient naturellement mauvais. Le serpent ne trompe pas Eve (11) si l’on prête attention au dialogue relatif l’arbre prétendument défendu, Ha Sathan (qui ne signifie pas « révolté » mais « obstacle » - obstacle que Dieu se fait à Lui-même, n’en déplaise à Irénée (12) - se promène librement, il est autorisé à tenter Job (Job I, 6-13).

Si donc la chute pré-originelle porte sur un acte de création de la part des anges qui par ce fait voulurent ou crurent pouvoir être comme Dieu, l’interrogation ou le point posé par André SAVORET mérite réflexion.

Cette réflexion peut être, de surcroît, appuyée quant à sa validité,  par la place et le sens donnés aux insectes dans l’Ancien Testament. L’insecte et en l’espèce par trois fois se trouve évoquée la mouche ‘(toujours venimeuse) –  sert au châtiment -si l’on peut s’exprimer ainsi -, proposé par Dieu (Exode VIII, 21-31, Psaumes LXXVIII, 45 et CV, 31-34).

Or, « Dieu n’a pas fait la mort » (Sagesse I, 13), l’instrument d’un « châtiment » susceptible de donner la mort, peut-il venir de Dieu ? Il ne saurait être issu de Sa volonté en Sa Pensée Créatrice.

Jean-Pierre BONNEROT

-------------- Notes :
(1)   André SAVORET : Le quatrième Jour de la Genèse, repris sur Internet :

(2)   J-P BONNEROT : Le Prologue de Saint Jean dans la tradition chrétienne et l'exégèse scripturaire, Cahiers d'Etudes Cathares 1984, N° 102.
(3)    Le Livre d'Hénoch. 1ère Partie chapitre 6. Traduction sur le texte Ethiopien par François Martin. Milan, Arché, Nlle Edition, 1975 pages 10 et 11
(4)Irénée de Lyon : Démonstration de la prédication apostolique, paragraphe 61. Nouvelle traduction de l'arménien par L.M. Froidevaux. Paris Cerf Ed, 1971, Collection Sources Chrétiennes n° 62, pages 55 et 56.
(5) Origène : Traité des Principes - Peri Archon. I, 5, 5. Traduction de la version latine de Rufin par M. Harl, G. Dorival, A. Le Boulluec. Paris, Etudes Augustiniennes Ed, 1976 page 65.
(6) Denys l'Aréopagite : Des Noms divins. Chapitre IV, paragraphe 23 - in : Œuvres. Traduction du grec par Mgr Darboy. Paris, A. Tralin Ed, 1932 page 212.
(7) Thomas d'Aquin : Somme Théologique - Des Anges, question 63, Article 3, Conclusion, Première traduction intégrale française par l'abbé Drioux. Paris, Librairie Eugène Belin Ed, 1851, tome 1 page 541.
(11) Une très importante sinon nouvelle explication du scénario adamique est offerte par Carlo SUARES en sa Kabale des kabales, Paris, Adyar Ed, 1962, pages 59 et Ss.
(12) J-P BONNEROT : Satan, Lucifer, le Prince de ce monde et les démons dans la tradition Chrétienne et l’exégèse scripturaire, Cahiers d'Etudes Cathares 1882, N° 96