Défense de SS Benoît XVI contre les prétendus théologiens et canonistes.
Le professeur Hans KUNG, soutient dans un Communiqué de presse en date du 22 mai de cette année que " Le Pape provoque à la désobéissance." (1)
Le motif à l'appui de cet appel à une sorte de croisade contre l'un des plus grands Papes de Rome dans l'histoire, est l'idée selon laquelle il ne conviendrait pas 0 L'Eglise Latine de reconnaître la validité du sacrement de l'Ordre conféré au sein de la Fraternité Saint Pie X, au motif, que cela serait contraire à la Constitution Apostolique Pontificalis Romani du Pape Paul VI par laquelle sont promulgués les nouveaux rites d’ordinations des diacres, prêtres et évêques, 18 juin 1968. (2)
Afin d'éviter tout malentendu et éclairer le sujet disputé, sont livrés en note, les deux textes sur lesquels repose la discussion.
Dans les matières d la théologie et du Droit canonique, on ne peut jamais se défaire du principe d'Economie qui, dans le cas présent est pleinement énoncé par le Canon 1047 du nouveau Code.
Si le sacrement de l'Ordre conféré par ladite Fraternité est illicite au regard de Rome, il n'en est pas moins valide, n'en déplaise à notre théologien, - qui par voie de conséquence par ailleurs annulerait d'un trait de plume la réalité de toutes les Ordinations des Eglises Byzantines et de l'Ancien Orient notamment, puisque non attachées au Collège Romain ...
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Notre professeur de théologie écrit : " Le Pape ferait entrer définitivement dans l’Eglise des évêques et des prêtres dont l’ordination n’est pas valide. Selon la Constitution Apostolique de Paul VI « Pontificalis Romani recognitio » du 18 Juillet 1968"
Il échet toujours de vérifier sinon revenir aux sources citées et la Constitution mise en avant par notre savant Docteur énonce : " La consécration épiscopale, en même temps que la charge de sanctification, confère aussi les charges d’enseigner et de gouverner, lesquelles cependant, de par leur nature, ne peuvent s’exercer que dans la communion hiérarchique avec le chef du collège et ses membres".
Les mots ont un sens, plus particulièrement dans les matières de la théologie et du droit canonique encore :
- la consécration épiscopale [confère] la charge de sanctification
- la consécration épiscopale confère aussi les charges d'enseigner et de gouverner, lesquelles cependant de par leur nature, ne peuvent s’exercer que dans la communion hiérarchique avec le chef du collège et ses membres
L'adverbe "cependant" expose la conséquence aux yeux de Rome de ce que les charges d'enseigner et gouverner ne peuvent exister qu'au sein de son Eglise, cette Eglise niant dès lors la réalité des autres Eglise Apostoliques Byzantines et de l'Ancien Orient.
L'adverbe "aussi" expose l'ajout à ce qui précède et qui est affirmé : le fait que la consécration épiscopale confère la charge de sanctification.
La réalité de la charge de sanctification comme étant liée à la consécration épiscopale n'est pas contestée, fut-ce hors de l'Eglise Latine, par l'Eglise Latine.
Indépendamment de toute analyse sur les conséquences de l'excommunication come valeur médicinale, et sur la levée de cette peine pour les évêques de la Fraternité Saint Pie X, il convient de reprendre la lecture des Canons.
Can. 1041 - Sont irréguliers pour la réception des ordres:
1 celui qui est atteint d'une forme de folie ou d'autre maladie psychique en raison de laquelle, après consultation d'experts, il est jugé incapable d'accomplir correctement le ministère;
2 celui qui a commis le délit d'apostasie, d'hérésie ou de schisme;
3 celui qui a attenté un mariage, même purement civil, alors qu'il est lui-même empêché de contracter mariage à cause du lien matrimonial, ou d'un ordre sacré, ou du voeu perpétuel de chasteté, ou parce qu'il s'est marié avec une femme déjà validement mariée ou liée par ce même voeu;
4 celui qui a commis un homicide volontaire ou procuré un avortement suivi d'effet, et tous ceux qui y ont coopéré positivement;
5 celui qui, d'une manière grave et coupable, s'est mutilé ou a mutilé quelqu'un d'autre, ou celui qui a tenté de se suicider;
6 celui qui a posé un acte du sacrement de l'Ordre réservé à ceux qui sont constitués dans l'ordre de l'épiscopat ou de presbytérat, alors qu'il n'a pas cet ordre ou qu'il lui est défendu de l'exercer par une peine canonique déclarée ou infligée.
Si donc lors de leur consécration épiscopale ces évêques étaient déclarés irréguliers, conformément aux dispositions du code, il est réservé au Pape de Rome de lever par une dispense les irrégularités présentement rappelées :
Can. 1047 - § 1. Au seul Siège Apostolique est réservée la dispense de toutes les irrégularités, si le fait qui est à l'origine a été déféré au for judiciaire.
§ 2. Lui est aussi réservée la dispense des irrégularités et empêchements suivants pour la réception des ordres:
1 les irrégularités provenant des délits publics dont il s'agit au ⇒ can. 1041, nn. 2 et 3;
2 l'irrégularité provenant du délit public ou occulte, dont il s'agit au ⇒ can. 1041, n. 4;
3 l'empêchement dont il s'agit au ⇒ can. 1042, n. 1.
§ 3. Au Siège Apostolique est aussi réservée la dispense d'irrégularité pour l'exercice de l'ordre reçu, dont il s'agit au ⇒ can. 1041, n. 3, dans les cas publics seulement, et au même canon, n. 4, même dans les cas occultes.
§ 4. L'Ordinaire peut dispenser des irrégularités et empêchements non réservés au Saint-Siège.
Vu le canon 1047 § 2. 1, Benoît XVI, en accordant la dispense à ces évêques, donnerait à ces derniers la licéité qui n'est pas attachée à la validité préalablement acquise, mais de surcroît une action de cette sorte, n'entraînerait pas chez ce grand Pape, le constat d'un schisme à son encontre, n'en déplaise aux détracteurs de ce SS Benoît XVI, auquel se joint l'ignorant ou le farceur Dr Professeur Hans KUNG.
JPB
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1 - Communiqué de presse
Le Pape provoque à la désobéissance
À Mannheim, c’est en général la colère et la frustration qui dominaient aussi bien du côté des ʹalternatifsʹ que du Katholikentag officiel, au sujet de l’immobilisme concernant les réformes internes. En total contraste avec cette aspiration, le Pape Benoît XVI prépare de toute évidence une réconciliation définitive de l’Eglise Catholique Officielle avec les traditionalistes de la Fraternité Saint‐Pie X, leurs évêques et leurs prêtres. Ceci doit se passer même si ses membres continuent de refuser les textes décisifs du Concile, ceci au moyen d’astuces de droit canonique pour les intégrer dans l’église. Le Pape devrait être formellement prévenu, avant tout par les évêques, car:
1. Le Pape ferait entrer définitivement dans l’Eglise des évêques et des prêtres dont l’ordination n’est pas valide. Selon la Constitution Apostolique de Paul VI « Pontificalis Romani recognitio » du 18 Juillet 1968, les ordinations d’évêques et de prêtres faites par l’archevêque Lefebvre n’étaient pas seulement illicites, mais elles étaient aussi invalides. Ce point de vue est soutenu entre autres par Karl Josef Becker SJ, qui est l’un des principaux membres de la « Commission de Réconciliation » et qui est aujourd’hui cardinal.
2. Une telle décision scandaleuse éloignerait davantage le Pape Benoît du Peuple de Dieu, en plus de son attitude hautaine déplorée de toutes parts. La doctrine classique sur le schisme devrait lui être un avertissement. Selon cette doctrine, un schisme arrive dans l’église quand on se sépare du Pape, mais aussi quand on se sépare du reste du corps de l’Eglise. «Ainsi le Pape peut aussi devenir un schismatique s’il ne veut pas maintenir l’unité et l’attachement dû avec la totalité du corps de l’Eglise. » (Francisco Suarez, éminent théologien espagnol des XVIe et XVIIe siècles)
3. Selon ce même droit canonique, un Pape schismatique perd son ministère. Tout au moins il ne peut pas compter sur l’obéissance. Le Pape Benoît encouragerait alors un mouvement déjà croissant de la « désobéissance » envers une hiérarchie qui désobéit aux Evangiles. Il aurait alors la responsabilité exclusive pour l’immense fossé et pour la discorde qu’il aurait lui‐même provoqués au sein de l’Eglise.
Au lieu de se réconcilier avec la Fraternité Saint‐Pie X, ultraconservatrice, antidémocratique et antisémite, le Pape ferait mieux de se réconcilier avec la majorité réformatrice des Catholiques et de s’occuper de la réconciliation avec les Eglises de la Réforme, et de tout l’œcuménisme. Ainsi il pratiquerait l’unité et non la division.
22 mai 2012 Prof. Dr Hans KUNG
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2 - Pontificalis Romani Les parties en gras et italique sont notre fait
Constitution Apostolique Pontificalis Romani du Pape Paul VI par laquelle sont promulgués les nouveaux rites d’ordinations des diacres, prêtres et évêques, 18 juin 1968.
La révision du Pontifical romain n’est pas seulement prescrite d’une manière générale par le IIe Concile œcuménique du Vatican [1] ; elle est régie en outre par les règles particulières selon lesquelles le Concile a ordonné de modifier les rites des ordinations, « soit quant aux cérémonies, soit quant aux textes [2] ».
Mais parmi les rites des ordinations, il faut considérer en premier lieu ceux par lesquels, grâce au sacrement de l’Ordre, conféré en différents degrés, se constitue la Hiérarchie sacrée : « C’est ainsi que le ministère ecclésiastique, institué par Dieu, est exercé dans la diversité des ordres par ceux que, déjà depuis l’antiquité, on appelle évêques, prêtres, diacres [3]. »
Or, dans la révision des rites des ordinations, outre les principes généraux qui doivent régir la complète restauration de la liturgie, selon les prescriptions du IIe Concile du Vatican, il faut porter la plus grande attention à cette magnifique doctrine, sur la nature et les effets du sacrement de l’ordre, qui a été professée par le Concile dans la Constitution sur l’Eglise ; c’est justement cette doctrine que la liturgie doit exprimer à sa manière, car « il faut organiser les textes et les rites de telle façon qu’ils expriment avec plus de clarté les réalités saintes qu’ils signifient et que le peuple chrétien, autant qu’il est possible, puisse facilement les saisir et y participer par une célébration pleine, active et communautaire [4] ».
En outre, le Concile enseigne que « par la consécration épiscopale, est conférée la plénitude du sacrement de l’Ordre, que la coutume liturgique de l’Eglise et la voix des Saints Pères appellent en effet le sacerdoce suprême, le sommet du ministère sacré. La consécration épiscopale, en même temps que la charge de sanctification, confère aussi les charges d’enseigner et de gouverner, lesquelles cependant, de par leur nature, ne peuvent s’exercer que dans la communion hiérarchique avec le chef du collège et ses membres. En effet, la Tradition, qui s’exprime surtout par les rites liturgiques et par l’usage de l’Eglise, tant orientale qu’occidentale, montre à l’évidence que, par l’imposition des mains et les paroles consécratoires, la grâce de l’Esprit-Saint est donnée, et le caractère sacré imprimé de telle sorte que les évêques, d’une façon éminente et visible, tiennent la place et jouent le rôle du Christ lui-même, Maître, Pasteur et Pontife [5] ».
A ces paroles il faut ajouter plusieurs points importants de doctrine sur la succession apostolique des évêques, ainsi que sur leurs fonctions et leurs devoirs, qui se trouvent inclus déjà dans le rite de la consécration épiscopale, mais dont il semble souhaitable d’améliorer et de préciser l’expression. Pour y parvenir de façon correcte, on a jugé bon de recourir, parmi les sources anciennes, à la prière consécratoire qu’on trouve dans la Tradition apostolique d’Hippolyte de Rome, écrit au début du troisième siècle, et qui, pour une grande partie, est encore observée dans la liturgie de l’ordination chez les Coptes et les Syriens occidentaux. De la sorte, on rend témoignage, dans l’acte même de l’ordination, à l’accord entre les traditions orientale et occidentale sur la charge apostolique des évêques.
En ce qui concerne les prêtres, il faut rappeler surtout ceci, dans les Actes du IIe Concile du Vatican : « Tout en n’ayant pas la charge suprême du pontificat et tout en dépendant des évêques dans l’exercice de leur pouvoir, les prêtres leur sont cependant unis dans la dignité sacerdotale ; et par la vertu du sacrement de l’Ordre, à l’image du Christ prêtre suprême et éternel (cf. Hébr., 5, 1-10 ; 7, 24 ; 9, 11-28), ils sont consacrés pour prêcher l’Evangile et pour être les pasteurs des fidèles et célébrer le culte divin en vrais prêtres du Nouveau Testament [6]. » Et on lit ailleurs : « Par l’ordination et la mission reçue des évêques, les prêtres sont mis au service du Christ Docteur, Prêtre et Roi ; ils participent à son ministère qui, de jour en jour, construit ici-bas l’Eglise pour qu’elle soit Peuple de Dieu, Corps du Christ, Temple du Saint-Esprit [7]. » Dans l’ordination au presbytérat, telle qu’elle était dans le Pontifical romain, la mission et la grâce du prêtre comme collaborateur de l’ordre épiscopal étaient décrites très clairement. Toutefois, il a paru nécessaire de ramener à une plus grande unité tout le rite qui, auparavant, était distribué en plusieurs parties, et de mettre plus vivement en lumière la partie centrale de l’ordination, c’est-à-dire l’imposition des mains et la prière consécratoire.
Pour ce qui regarde les diacres, outre ce qu’on trouve dans notre lettre apostolique Sacrum Diaconatus Ordinemque nous avons promulguée Motu proprio le 18 juin 1967, on doit se rappeler surtout les paroles suivantes : « Au degré inférieur de la hiérarchie se trouvent les diacres auxquels on a imposé les mains « non pas en vue du sacerdoce mais en vue du service ». (Constitutions de l’Eglise d’Egypte, III, 2.) La grâce sacramentelle, en effet, leur donne la force nécessaire pour servir le Peuple de Dieu dans la diaconie de la liturgie, en communion avec l’évêque et son presbyterium [8]. » Dans l’ordination diaconale, il y avait peu de choses à changer, en tenant compte soit des règles récemment établies au sujet du diaconat comme degré propre et permanent de la hiérarchie, soit d’un progrès dans la simplicité et la clarté des rites.
D’autre part, entre les autres documents du magistère suprême relatifs aux ordres sacrés, nous estimons digne d’une mention particulière la Constitution apostolique Sacramentum Ordinis promulguée par Notre Prédécesseur Pie XII, le 30 novembre 1947, qui déclare : « Les ordres du diaconat, du presbytérat et de l’épiscopat ont pour matière, et pour matière unique, l’imposition des mains : quant à la forme, également unique, ce sont les paroles déterminant l’application de cette matière, paroles qui signifient sans équivoque les effets du sacrement — à savoir le pouvoir d’Ordre et la grâce du Saint-Esprit — et qui sont reçues et employées comme telles par l’Eglise [9]. » Après quoi, le document en question décide quelle est l’imposition des mains et quelles sont les paroles qui, dans la collation de chacun des ordres, constituent la matière et la forme.
Dans la révision du rite, il a fallu procéder à des additions, à des suppressions et à des modifications, soit pour restituer les paroles conformément aux textes anciens, soit pour rendre les expressions plus claires, soit pour mieux exposer les effets du sacrement. Aussi jugeons-nous nécessaire, pour supprimer toute controverse et prévenir les inquiétudes de conscience, de déclarer ce qui, dans le rite révisé, doit être désigné comme appartenant à sa nature essentielle. Donc, au sujet de la matière et de la forme dans la collation de chacun des Ordres, nous décidons et statuons ce qui suit.
Dans l’ordination des diacres, la matière est cette imposition des mains par l’évêque qui se fait en silence sur chacun des ordinands, avant la prière consécratoire. La forme consiste dans les paroles de cette prière consécratoire ; parmi elles, voici celles qui appartiennent à la nature essentielle, si bien qu’elles sont exigées pour que l’action soit valide : « Emitte in eos, Domine, quæsumus, Spiritum Sanctum, quo in opus ministerii fideliter exsequendi munere septiformis tuæ gratiæ roborentur [*]. »
Dans l’ordination des prêtres, la matière est aussi cette imposition des mains par l’évêque qui se fait en silence avant la prière consécratoire. La forme consiste dans les paroles de cette prière consécratoire ; parmi elles voici celles qui appartiennent à la nature essentielle, si bien qu’elles sont exigées pour que l’action soit valide : « Da, quæsumus, omnipotens Pater, his famulis tuis Presbyterii dignitatem ; innova in visceribus eorurn Spiritum sanctitatis ; acceptum a te, Deus, secundi meriti munus obtineant, censuramque morum exemplo suæ conversationis insinuent [**]. »
Enfin, dans l’ordination de l’évêque, la matière est cette imposition des mains qui est faite en silence sur la tête de l’Elu, avant la prière consécratoire, par les évêques consacrants ou au moins par le Consécrateur principal. La forme consiste dans les paroles de cette prière consécratoire ; parmi elles voici celles qui appartiennent à la nature essentielle, si bien qu’elles sont exigées pour que l’action soit valide : « Et nunc effunde super hunc Eleclum eam virtutem, quæ a te est, Spiritum prlncipalem, quem dedisti dilecto Filio Tuo Iesu Christo, quem Ipse donavit sanctis Apostolis, qui constituerunt Ecclesiam per singula loca, ut sanctuarium tuum, in gloriam et laudem indeficientem nominis tui [***]. »
Ce rite, donc, pour la collation des Ordres du diaconat, du presbytérat et de l’épiscopat, révisé par le Conseil pour la mise en œuvre de la Constitution sur la liturgie, « en faisant appel à des experts et en consultant des évêques des diverses régions du globe [10] », Nous-même l’approuvons de Notre autorité apostolique, afin que dorénavant, à la place du rite (qui se trouve encore dans le Pontifical romain, il soit employé pour conférer ces Ordres.
Nous voulons que ces décisions et prescriptions, dès maintenant et à l’avenir, soient fermement établies et demeurent en vigueur, nonobstant, pour autant que ce soit nécessaire, les Constitutions et Ordinations apostoliques promulguées par Nos prédécesseurs, et les autres prescriptions, même dignes de mention et de dérogation.
Donné à Rome près de Saint-Pierre, le 18 juin de l’année 1968, la cinquième de Notre pontificat.
PAULUS PP. VI
[1] Conc. Vat. II, Const. de Sacra Liturgia, Sacrosanctum Concilium, n. 25 : A. A. S. 56 (1964) p. 107.
[2] Ibid., n. 76 : A. A. S. 56 (1964) p. 119.
[3] Conc. Vat. II, Const. dogm. de Ecclesia, Lumen Gentium, n. 28 : A. A.S. 57 (1965) pp. 33-34.
[4] Conc. Vat. II, Const. de Sacra Liturgia, Sacrosanctum Concilium, n. 21 : A.A.S. 56(1964) p. 106.
[5] Conc. Vat. II, Const. dogm. de Ecclesia, Lumen gentium, n. 21 : A.A. S. 57 (1965) p. 25.
[6] Ibid., n. 28 : A. A. S. 57 (1965) p. 34.
[7] Conc. Vat. II, Decr. de Presbyterorum ministerio et vita, Presbyterorum Ordinis, n. 1 : A. A. S. 58 (1966) p. 991.
[8] Conc. Vat. II, Const. dogm. de Ecclesia, Lumen gentium, n. 29 : A. A. S. 57 (1965) p. 36.
[9] A. A. S. 40 (1948) p. 6.
[*] « Envoie sur eux, Seigneur, nous t’en prions, le Saint-Esprit, pour qu’ils soient fortifiés par le don de ta grâce surabondante dans le fidèle accomplissement de leur ministère » (traduction non officielle in La Maison-Dieu 94, 1968)
[**] « Donne, Père tout-puissant, à tes serviteurs que voici la dignité du Presbytérat. Renouvelle dans leur cœur l’Esprit de sainteté ; qu’ils reçoivent de toi, Seigneur, la charge de prêtres du second ordre, et qu’ils inspirent, par l’exemple de leur vie, la réforme des mœurs »(traduction non officielle in La Maison-Dieu 94, 1968)
[***] « Envoie maintenant sur cet élu la puissance qui vient de toi, l’Esprit souverain que tu as donné à Jésus-Christ, ton Fils bien-aimé, et que lui-même a donné aux Apôtres, qui ont fondé l’Eglise en tous lieux, comme ton sanctuaire, pour qu’on te rende gloire et qu’on loue incessamment ton nom» (traduction non officielle in La Maison-Dieu 94, 1968)
[10] Cf. Conc. Vat. II, Const. de Sacra Liturgia, Sacrosanctum Concilium, n. 25 : A.A. S. 56 (1964) p. 107.
juin 01, 2012
avril 08, 2012
TEMOIGNAGES DE PENITENTS DE SARTENE
Extraits du beau livre de Monsieur Didier GIROUD-PIFFOZ
PREMIER
TEMOIGNAGE
II y a beaucoup de motivations qui font qu'un
homme décide un jour de poser sa candidature au Catenacciu. Elles sont toutes très
valables, soit que l'on veuille expier une faute grave, soit que l'on veuille remercier
Dieu pour un vœu réalisé. Pour ma part, je crois que l'expiation d'une faute grave amène
principalement un homme à subir cette très dure épreuve.
Après la procession, le Catenacciu «espère»
avoir servi ses propres motivations mais aussi avoir montré aux curieux qu'il y a
encore, sur cette terre, des hommes qui croient au pardon, au repentir, et surtout à l'expiation
et à la miséricorde divine. Ensuite, le pénitent reprend ses activités
habituelles avec soulagement, avec une âme neuve, un esprit tranquille. Quant à dire
qu'il est allé au-delà de lui-même, il ne cherche pas à le savoir et laisse au
Tout-Puissant le soin de juger s'il a vraiment mérité son pardon
.
Je ne pense pas qu'il y ait un âge maximum
pour devenir Catenacciu, mais compte tenu des difficultés, la Croix très lourde, les chaînes aussi, il me
semble que la limite devrait être de quarante-cinq ans. Personnellement, j'avais
quarante ans lorsque j'ai été enfin choisi.
Les dernières heures
avant le Catenacciu ont été très longues et quand, vers vingt heures trente, la porte de
ma cellule a grincé en s'ouvrant et que j'ai vu apparaître les trois moines
franciscains venus m'habiller, j'ai eu un grand coup au cœur et là, VRAIMENT J'AI COMPRIS QUE J'ÉTAIS LE
CATENACCIU, et j'étais prêt à affronter le parcours.
Ah non! Ça jamais. Jamais de ma vie je ne le
regretterai. C'est magnifique. Cette procession est
la plus émouvante, la plus poignante,
la plus sincère cérémonie
sartenaise. Passant devant eux, j'ai vu des gens pleurer, des gens me plaindre,
des gens me
caresser rapidement, des gens prier. Beaucoup étaient venus assister à la souffrance de cet homme
sous une cagoule représentant le
Christ. Ils vivaient vraiment la
procession. Même si beaucoup
aussi, venus en
curieux, n'étaient là que pour se moquer et pour souhaiter que je ne termine jamais le parcours.
Le sang et la lumière
Tous les témoignages de ce livre sont importants. Mon
inhabileté à scanner des documents m’empêcha de livrer les 7 témoignages
offerts par ces Pénitents, comme autant
de Grâces. Le livre édité à compte
d’auteur et acquis à sa sortie en 1982, est certainement encore trouvable.
Merci à l’auteur de ce recueil de permettre de disposer
de ce qui semble être l’un des plus beaux témoignages sur le Pénitent de
Sartène.
JPB
Un ancien pénitent — anonyme bien entendu — a préféré
témoigner oralement
plutôt que par écrit. A sa demande, j'ai donc enregistré notre conversation
téléphonique et le texte ci-dessous est la transcription exacte de ce témoignage.
Pénitent - Vous me
demandez comment on devient un jour pénitent? Devenir pénitent, c'est quelque
chose que l'on sent d'abord au fond de soi, et puis, bien entendu, il faut
s'inscrire des années à l'avance.
Maintenant, quelles sont les motivations qui poussent un homme à faire le chemin de
Croix dans les rues de Sartène ? C'est autre chose. Il y a des hommes qui, six mois
ou un an ou deux ans auparavant, souhaitent le faire en se disant : «Je vais faire
le pénitent parce que j'ai commis une mauvaise action et que je veux expier». Vous avez d'autres
gens pour qui, lorsqu'ils sont sous l'habit du pénitent, ça prend une autre
proportion. Et tout ce que l'on a pu penser pendant des mois change complètement.
Parce que, de toutes façons, le pénitent est seul. Le pénitent est toujours seul. Autour de lui, il n'entend
qu'un certain brouhaha, une certaine rumeur. Il n'arrive même pas à saisir
véritablement le chant du «Perdono mio Dio». Il ne peut pas le saisir étant
donné que la cagoule du pénitent est complètement collée à la tunique et, de ce
fait, il n'y a que deux trous pour les yeux, un tout petit trou pour respirer,
c'est tout.
DGP — Le repentir, le
désir d'expiation sont-ils les seules motivations qui peuvent pousser un homme à
devenir pénitent ?
P — C'est possible. Il
est difficile de parler de cela, mais, par exemple, si des gens ont tué et n'ont pas été
condamnés, à partir de ce moment-là, ils n'avaient pas, je pense, le droit
d'aller se livrer à la justice en disant : «C'est moi qui ai tué X parce que
monsieur Y a tué mon frère ou a tué mon père». Cet homme-là, on l'aurait peut-être mis en
prison pendant vingt ans et ça ne lui aurait rien apporté, si ce n'est
une certaine révolte. Alors il peut faire le pénitent. Mais seulement,
lorsqu'il est sous la cagoule, il n'y a pas uniquement le repentir qui compte pour
lui. Parce que ce repentir auquel il pensait auparavant, cela devient autre chose. Il y
a d'autres sentiments qui jouent en lui. Il peut penser à sa naissance. En même temps. Il peut
penser à certaines personnes qui ne savaient pas qu'ils devaient faire le pénitent.
Parce que, lorsqu'on fait ce genre de choses, en principe on ne le dit pas. Ou
alors à très peu de gens. Et surtout pas aux personnes âgées. Ça pourrait leur
faire trop mal.
(Silence).
Pour le pénitent, il y
a cette question du repentir, bien sûr, mais il peut aussi faire cela parce qu'il a
été sauvé d'une maladie. Il pensait qu'en faisant le Catenacciu, en prenant
ses risques... Il y a évidemment des risques. Ils sont énormes. Jusqu'à
présent, il n'y a jamais eu d'accident. Mais... Le pénitent souffre sous sa cagoule, parce
qu'il pleure. Ça, personne ne le voit. Il transpire. Et puis il y a mille
choses qui se passent dans sa tête. Il y a des moments, parce qu'il est tout
seul, il arrive qu'il se dise: «Bordel de merde! Pourquoi est-ce que je fais ça?». Et il continue,
parce qu'il doit continuer.
La seule chose dont le
pénitent se souvienne surtout, c'est cette Croix qui le gêne terriblement. S'il
est de nature petite, ça le gêne encore plus. Et puis, c'est surtout la
chaîne. Ce n'est pas tant qu'il l'entend, qu'il la perçoit, il la sent. Il
peut penser à ces bagnards qui avaient un boulet accroché à leur cheville...
DGP — Mais les bagnards ne l'avaient pas choisi.
P — ... les bagnards
ne l'avaient pas choisi, mais lui l'a choisi et il se dit : «II faut que j'y aille. Il faut que je
continue».
Cette action de
repentir, ça peut être aussi parce qu'on a pensé, parfois, que l'on a
fait du mal aux gens qui vous ont élevé - et qui n'avaient aucune raison de le faire -
et ces gens-là ne savent pas qu’éventuellement vous avez fait le
Porte-Croix ; Sous la cagoule, il y a des tas de choses qui peuvent se passer. On peut être complètement
démoralisé. C'est souvent le cas. Je crois que, au début de la procession, on
peut penser qu'on fait, en quelque sorte, un acte de charité, d'humilité. A mi-parcours, on a envie de
tout abandonner en se disant que, de toutes façons, ça ne sert à rien parce que,
éventuellement, dans six mois ou dans un an on va recommencer, si on doit
expier ses péchés, à refaire la même chose. Et ce n'est pas parce que l'on a porté
la Croix, un soir, qu'on effacera tout. Seulement, cette Croix que l'on porte, ce soir-là, on la sent.
On la sent parce qu'elle fait mal. Très mal. Ceci ajouté à la chaleur
derrière la tunique et la cagoule. On n'arrive pas à respirer. Alors,
avec les efforts que l'on fait, lorsqu'on a une santé robuste, c'est déjà
difficile, mais lorsqu'on a ou qu'on a eu une santé fragile, ça devient beaucoup plus
dur. De
toutes façons, si l'on est un enfant de Sartène, on connaît chaque endroit du
parcours du pénitent et il peut arriver qu'on y pense lorsqu'on est sous la cagoule.
On voudrait que quelqu'un vous tende la main. Seulement personne ne peut vous tendre
la main.
Et puis, des fois, vous voyez quelqu'un que vous connaissez bien. Ou que vous
aimez bien. Ça peut être un ami. Ça peut être un ennemi...
DGP — Mais qui ne sait pas.
P — ... il ne sait
pas, mais vous, qui êtes sous la cagoule, vous l'avez vu. Et alors, si auparavant vous
pensiez que vous faisiez ça pour votre mère
ou pour votre père ou dans un but d'expiation...
(Silence)
II y a des tas de choses qui vous reviennent
malgré tout à l'esprit sous la Croix, mais vous n'avez qu'une seule envie,
c'est que ça se termine. C'est que ça finisse. Le plus grand moment pour le pénitent c'est celui où
il se repose enfin. A l'autel. Mais malgré tout, il pense encore. Parce
que pour lui ça continue. Il peut y avoir une femme qui sait que son mari fait le
pénitent, mais elle ne peut pas comprendre. Personne ne peut comprendre la souffrance que peut
endurer le pénitent. Parce qu'on ne peut pas se plaindre. Mais on ne fait pas le
Porte-Croix dans un but de gloriole, on fait surtout le Porte-Croix parce qu'on
l'a en soi et il faut,
il est nécessaire parfois, si on en a la chance, de faire cette pénitence. On sait qu'on va
souffrir. Mais ça ne fait rien. Voyez-vous ce qui se passe sous la cagoule,
c'est mille choses. Et le besoin d'en finir. Je crois que le Catenacciu, il
revit, en l'espace de quelques instants, - de quelques instants seulement - toute sa
vie. Après, c'est un flou.
C’est fini. Après ce n’est plus qu’essayer de changer la Croix d'épaule, ce qui
n'est guère possible. Et puis, c'est ce boulet, cette chaîne qui gêne terriblement.
Et puis, c'est surtout la chaleur. Parce que si le Catenacciu avait une cagoule plus
aérée, ce serait peut-être moins dur pour lui.
Mais à ce moment-là, il ne serait
pas le Catenacciu.
C'est un mélange de
tout. On peut saigner. Par rapport à la chaleur, on peut saigner du nez.
Personne ne peut s'en apercevoir. On peut pleurer. On peut tout se dire à
soi-même. Je crois que c'est le seul instant où on peut tout se raconter.
Mais ça dure très peu de temps. Parce que l'on n'a pas le temps de penser. Ni de
penser ni de
voir. Faire le pénitent, c'est tout un monde. C'est pouvoir se donner à soi même -
non pas se prouver - se donner à soi-même...
(Silence), se dire des choses que l'on n'ose
pas se dire, en temps normal. Parce qu'on peut se dire: «Je suis un salaud»,
mais ça, il n'y a que le pénitent qui le sait.
Du point de vue vestimentaire, il est
préférable de s'habiller légèrement. Un short. Un maillot de corps. Mais on ressent
alors beaucoup
plus la Croix, bien sûr. Parce que la Croix, c'est un peu comme un torticolis.
Un torticolis douloureux. On n'arrive pas à bouger la tête, si l'on a décidé de porter la
Croix toujours du même côté.
DPG — Les
pénitents ne changent pas systématiquement la Croix
à droite ou à gauche, ce qui est difficile parce que la Croix est tellement grande que, de
toutes façons, tout le poids porte sur le cou. Et
ça fait mal.
Et puis on n'y voit
rien, alors on marche...
DGP — Et la chaîne ?
P — C'est ce qui est
le plus difficile. Plus que la Croix.
DGP — Plus que la
Croix ?
P — La chaîne, elle est facile à porter à
la sortie de l'église. Elle est difficile à
porter en commençant une certaine montée, qui est très pénible, c'est-à-dire là où il y a toutes les
grandes marches. Là, c'est difficile.
Parce qu'il faut la traîner derrière soi et qu'elle ne suit pas toujours. Ce qui est encore plus dur, pour le
pénitent, c'est après sa chute...
DGP — II doit tomber
trois fois ?
P — Oui. Le pénitent tombe toujours
trois fois, comme le Christ, bien sûr, puisque ce n'est en fait qu'une représentation
du chemin
de la Croix... Mais pour le pénitent,
lorsqu'il tombe, il faut se relever. Il peut y avoir des membres de la confrérie qui
l'aident, mais
en principe personne ne doit toucher le pénitent. Et puis, on peut se faire très mal
en tombant. Mais il n'y a que les franciscains qui le savent. Après. Parce que c'est
là-bas que l'on s'habille et c'est là-bas que l'on se déshabille.
(Silence)
Et puis ça fait mal.
Physiquement, ça fait mal, mais ça fait mal aussi à l'intérieur. Il y a un
mélange de douleur physique et morale et il y a des moments où il jure. Il jure sous
sa cagoule...
DGP — Est-ce qu'il lui arrive d'avoir envie d'abandonner?
P —Justement. Il jure.
Il jure, il a envie d'abandonner la Croix, il a envie d'abandonner les chaînes, ça lui
traverse l'esprit. Il a envie de tout envoyer promener. Ça ne dure qu'un bref instant.
DGP — Qu'est-ce qui le
pousse à se reprendre ?
P — Parce qu'il a
choisi. Il a choisi. Et s'il ne savait pas exactement ce qu'il
faisait, maintenant il le sait et il doit aller jusqu'au bout. Et puis, il y a
la foi. Il y a l'espoir.
(Silence)
Parce que dans son
chemin, dans son parcours, il y a des tas de choses qui se passent dans son esprit.
Et s'il a fait ça, c'est qu'il a-vait des aspirations, des motivations. Alors,
même si elles changent au cours du parcours - parce qu'elles changent - il
continue. Non pas parce qu'il faut qu'il continue, il continue parce qu'il a choisi d'être un jour le
Catenacciu et qu'il croit en ce qu'il fait. Et même si les tripes lui
remontent, même si la bave lui coule parfois au coin des lèvres, même s'il
n'arrive plus à respirer, même s'il tombe bien ou mal, il se relève. Il faut le faire.
Il faut y arriver...
DGP — Et s'il ne peut plus se
relever?
P — II faut qu'il le
fasse. Il doit se relever, de toutes façons. Il faut qu'il se relève.
C'est en lui, parce qu'il a cette foi, cette volonté. Et je crois que, nous
autres pénitents, il faut aller jusqu'au bout, parce que, sans cela, ça ne
servirait à rien d'avoir commencé.
(Silence)
DGP — Que ressent-on
quand on apprend que l'on va être Catenacciu? Comment l'apprend-on, déjà? Longtemps
avant?
P — II y a quelques
années, des gens qui devaient faire le Catenacciu ont subitement dû être remplacés par
quelqu'un d'autre. Lorsqu'on apprend que l'on va être Catenacciu, surtout de nos jours, ça vous fait un
coup au cœur. Si l'on a déjà vu le Catenacciu, bien entendu. Mais, en principe, tous
les pénitents ont déjà vu le Catenacciu et ils ont voulu faire le pénitent.
C'est comme un coup. On sait qu'on va faire ça. Et puis ça passe. On attend...
DGP — De la joie ? De
la peur ?
P — La peur.
L'angoisse. Beaucoup d'angoisse parce que l'on se demande, justement, si l'on
va réussir à tenir. Si on va pouvoir y arriver. Et puis ça passe parce qu'on ne le
sait que très peu de temps à l'avance. A partir de ce moment-là, si la personne est
toute seule, elle vit avec ça. Elle prend un avion, un bateau ou un train, ou elle descend de sa
campagne si elle habite les environs et elle n'a de comptes à rendre à
personne. Alors, le plus discrètement possible, elle essaie de monter chez les franciscains.
DGP — Seule, ou est-ce
l'Archiprêtre qui l'accompagne ?
P — Ça peut se passer
de différentes façons. On peut entrer seul, l'Archiprêtre a téléphoné, puis on dit son
nom. Les moines franciscains savent
que vous allez être le Porte-Croix du Vendredi Saint, le Catenacciu. Ou bien
vous pouvez être accompagné par l'Archiprêtre, mais c'est assez rare.
DGP — Pour
l'anonymat? Pour éviter d'attirer l'attention?
P — Voilà. On peut aller
se promener du côté du cimetière puis, au retour, s'arrêter. En principe on rentre
le mercredi et l'on en sort le samedi.
DGP — On entre
toujours le mercredi ?
P — Non, pas du tout.
On peut même rentrer le vendredi soir. On peut rentrer quelques heures avant parce
qu'il y a eu un remplacement. Parce que le Catenacciu qui était prévu ne peut
le faire, donc il y a toujours un remplaçant. Mais en principe on reste trois jours chez les
franciscains. Ils vous donnent à manger normalement. Ils vous laissent
réfléchir, ils ne vous ennuient pas. Ils vous demandent si vous avez
besoin de quoi que ce soit. Ils sont très humains. Ils ne cherchent pas à
savoir pourquoi vous allez faire le pénitent. Ils vous laissent seul.
Seul, avec votre pénitence, avec vos réflexions. Avec vous-même, pour que vous
puissiez prendre conscience de ce qui va se passer le Vendredi Saint. On peut
passer deux, trois jours, même quatre jours, même une semaine dans cette cellule,
qui est une
chambre, simplement. La porte des franciscains est toujours ouverte. Surtout pour
quelqu'un qui doit faire le pénitent.
Vous pouvez communier ou vous ne
communiez pas. Ce n'est pas une obligation.
DGP — Que fait-on ? A quoi pense-t-on ?
P —Justement, on
prend conscience. On essaie de penser à des tas de choses de sa vie. Et pourquoi,
vraiment, on veut faire le Catenacciu. Parce que, à ce moment-là, il y a
encore ce côté indécis. On sait pourquoi on veut le faire, mais ça a pu changer.
Comme on s'est
inscrit des années auparavant, les motivations ont pu changer.
DGP — Esf-ce que l'on
n'est pas amené, au cours de ces années d'attente avant d'être choisi, à remettre en
cause son désir même de faire le Catenacciu ?
P — C'est certain. Il
ne faut pas toujours parler seulement du repentir. Vous pouvez faire le Catenacciu parce
que vous aimez quelqu'un. Par amour. Et ce qui allait bien lorsque vous vous
êtes inscrit, parce que cette femme, ou parce que cette mère vous avait tout donné, peut se
transformer subitement. Ça peut changer. Mais je crois que lorsqu'on s'est engagé à
faire le Catenacciu, on le fait. Parce que le Catenacciu, c'est quelque chose
qui se vit. C'est quelque chose d'intérieur. Le Catenacciu, quoi qu'il puisse
arriver, si on sait qu'on va le faire, il vous prend. Il y a un malaise. Et, à partir de
ce
moment-là, on prend ses responsabilités et ça ne change pas. Si deux ans auparavant
vous avez voulu faire le Catenacciu par amour, par affection, même par repentir,
ensuite, lorsque vous savez que vous allez faire le Catenacciu, ces mêmes choses vous reviennent.
Ça ne va pas durer longtemps. Mais elles
reviennent quand même. Elles sont
obligées de revenir. Dès l'instant où vous êtes chez les franciscains, vous avez le temps d'être tout seul avec
vous-même et ça revient.
Faire le Catenacciu,
je crois, c'est une survie.
(Silence)
Quand je dis une
survie, ça veut dire que lorsqu'on touche ce bois sacré de la Croix, on a
l'impression que l'on peut être guéri pour tout. Parce qu'on y croit. Parce qu'on a
la foi. Et si c'est par amour que vous l'avez fait et que ça ne marche pas, tant
pis, ça peut être pour autre chose. Au moment même où vous faites le pénitent. Parce que, à
ce moment-là, encore une fois, vous êtes seul. Avec Dieu. De toutes façons.
DGP — Et anonyme.
P — Et anonyme. Mais vous êtes surtout seul. Vous souffrez tout seul et on peut
écrire, le lendemain matin, les plus belles choses sur le Catenacciu, il n'y
a que celui qui l’'afait
qui peut en parler. Véritablement. Je crois que devenir pénitent...
(Silence)
c'est un honneur. C'est un honneur
dans le malheur.
DGP — Pourquoi dans le
malheur ?
P — Dans la mesure où, bien souvent, on
cherche à se raccrocher à quelque chose ou à
quelqu'un. Là, on ne se raccroche qu'à la Croix. Et c'est ça qui est très
important. Parce qu'il n'y a que cette Croix et cette Croix, ça représente énormément de choses. Ça représente la croyance. Ça représente la foi. Ça représente une
certaine forme d'amour, même si l'on
ne croit pas à l'église des bigotes et des grenouilles de bénitier. Mais, de toutes façons, cette Croix, elle est accrochée
à vous. Vous l'avez sur votre épaule et c'est vous qui vous accrochez, en même
temps, à Elle. Vous êtes collés l'un à l'autre. Et vous savez que vous.allez la porter pendant une
heure et demie. Ça, tous les pénitents
en sont conscients.
DGP — Est-ce qu'il y a une identification au Christ ?
P — Absolument. Vous
savez, il y a quelques années, alors que je ne croyais pas en Dieu - pour moi, Dieu,
c'était autre chose - j'ai eu un problème grave et sur mon lit je disais: «ô
Christ». J'appelais le Christ. Et sous la Croix, on appelle le Christ. Même
inconsciemment, on l'appelle. Donc, ça veut dire qu'il y a la foi. Parce que, sans cela, ce n'est
pas possible.
Le Catenacciu, pour moi, c'est la plus belle chose qui puisse exister
DEUXIEME TEMOIGNAGE
On ne devient pas Catenacciu, chacun le
vit selon son propre état d'esprit.
Dès le jour où vous
avez posé votre candidature, il se passe beaucoup de choses en vous. Dans votre
état d'âme. Il faut attendre un temps assez long. Personnellement, j'ai
attendu dix-sept ans. Mais je peux dire que pour moi il n'a jamais été question de
remettre en cause quoi que ce soit. Au contraire, chaque année qui passait ne faisait
que renforcer ma décision.
Je ne pense pas qu'il y ait de limite d'âge
pour devenir pénitent et moi-même j'avais alors atteint la cinquantaine.
Je crois que pour faire un Catenacciu, il faut être catholique, mais surtout avoir la foi.
Car le Catenacciu n'est pas une partie de plaisir, croyez-moi, et il
faut avoir une foi immense pour supporter ce véritable calvaire.
Lorsque j'ai appris
que je devais être le prochain Catenacciu, j'ai ressenti une très grande satisfaction, car
je vivais depuis longtemps dans l'attente de ce jour. Mais j'ai aussi ressenti une
très grande angoisse que je ne pouvais, d'ailleurs, définir.
Je suis rentré au couvent des franciscains dès le Mercredi Saint et l'on se trouve alors
vraiment dans la peau du pénitent. On réalise, à partir de ce moment-là, que l'on va
être le Catenacciu. Vous êtes là, seul avec votre conscience, et vous
réfléchissez, vous méditez sur les raisons qui vous ont amené à poser votre
candidature. Vous revivez tout ce qui a pu gâcher votre existence d'homme et de
chrétien. C'est
là que, pour la première fois de ma vie d'homme, j'ai amèrement pleuré. Et j'ai
prié avec ferveur. C'est dans ce lieu de prière que l'on prend véritablement
conscience de ce que l'on va être le prochain pénitent et l'on ressent alors une
très grande tranquillité d'esprit, mais aussi un très grand poids au fond de
soi. Au niveau de l'âme.
Le Vendredi Saint se passe dans le calme,
avec confession et communion. Puis après un
très léger repas j'ai essayé, en vain, de m'endormir dans l'espoir de tuer le temps. Je me suis plongé dans la lecture du Livre Saint mis à ma disposition par
les franciscains, puis* j'ai fumé cigarette sur cigarette, car au calme
succède la nervosité, l'anxiété et la peur.
Durant la procession
je n'ai pas vu la foule. Je l'ai seulement sentie présente. Je ne peux dire quelle
est sa réaction mais je peux affirmer que cette foule n'a aucune emprise sur le
pénitent, du moins en ce qui me concerne, car pendant son calvaire, le Catenacciu pense à tout
autre chose.
Comment supporte-t-on la
douleur? Ça, c'est
une bonne question. Je savais
que ça allait être dur pour moi car, ayant été victime d'un très grave
accident, trois ans auparavant, j'ai eu fracture et tassement des vertèbres dorsales D3
et D4. Cela m'a fait énormément souffrir pendant la procession. Mais j'avais une
telle foi et un si grand
désir de me racheter que je me répétais sans cesse : « ce n'est pas assez dur». Pourtant, Dieu sait si ça l'était!
C'est certainement à cause de cela
que j'ai pu surmonter - difficilement, bien sûr -cette épreuve, je dirais même, sans exagérer, ce calvaire.
Sous la cagoule et sous la Croix on
ressent une très grande tristesse et surtout
une grande lassitude. Pourtant il ne m'est jamais venu l'idée d'abandonner. Au
contraire, la douleur m'a stimulé tout au long du parcours, car je pensais au Christ et aux raisons qui m'avaient décidé à vouloir subir cette souffrance.
QUATRIEME TEMOIGNAGE
L'essentiel de ce témoignage m'a été transmis par lettre.
Toutefois, ce pénitent m'a téléphoné quelques jours après pour m'apporter certaines précisions. Les plus intéressantes d'entre elles ont été
insérées dans le corps même du témoignage. Elles figurent à part dans des paragraphes légèrement
décalés et
sont précédés et suivies de ooo.
Je me suis inscrit
pour le Catenacciu à la suite d'un vœu, fait lorsque mon fils était gravement
malade. A l'âge de deux ans il a failli mourir. Il était pratiquement perdu et
puis... miracle, le dernier médicament administré (la dernière chance selon les
médecins) a réussi. Mon fils a été sauvé. Je me suis donc inscrit sur la liste d'attente et
l'Archiprêtre de l'époque m'a laissé entendre que ce serait long. J'ai
attendu huit ans et je n'y croyais plus. Je n'ai jamais remis en cause cette
décision, mais j'ai pensé que l'on m'avait oublié.
Je pense qu'il faut
être Corse ou de parents corses (cela n'engage que moi) pour faire le Catenacciu qui
est une vieille coutume de chez nous. Il faut être également catholique car le
Catenacciu n'est pas un jeu, un pari, un spectacle pour les autres. Il faut être catholique et JE SUIS
CATHOLIQUE, de parents catholiques, de beaux-parents catholiques.
Quand j'ai su que
j'étais le prochain Catenacciu, j'ai eu peur car, à l'époque, j'étais très
malade et très fatigué. Mais Dieu l'a voulu ainsi et il m'a appelé cette année-là, malgré
la fatigue. JE NE DEVAIS PAS
RECULER. Je n'avais pas le droit, si près du but, de refuser. Mon épouse s'y est opposée en raison de mon état de santé mais rien n'y a fait. JE DEVAIS FAIRE LE
CATENACCIU POUR REMERCIER DIEU
D'AVOIR SAUVÉ MON FILS.
Je suis arrivé à
Sartène dans l'après-midi du Mercredi Saint en faisant très attention de ne pas me
montrer. Les moines du couvent Saint-Damien
m'attendaient. Ils m'ont très bien reçu. Je suis resté deux jours enfermé dans
une petite chambre. Deux jours très longs où j'ai lu énormément de livres religieux et
certains passages de la Bible dont les moines m'avaient conseillé de m'imprégner.
J'ai eu souvent
leur visite et c'est bien grâce à eux que j'ai gardé le moral et la force nécessaires ;
car plus l'événement approchait, plus je me sentais nerveux. J'avais peur de ne pas y
arriver. Toute la journée du Vendredi Saint je n'ai fait que penser à ma famille, je
savais que quelque chose d'important allait m'arriver ce soir-là.
ooo A part ma femme
(et un ami venu me chercher à Ajaccio) personne ne le sait, même pas mes enfants.
Même pas ma
mère. Au moment où je suis parti, j'ai ressenti quelque chose en ma femme qui lui a fait
plaisir tout au fond d'elle-même. Elle a été contente. Sans me le montrer, mais
elle a été contente. Pas comme au retour, bien entendu. C'était tout à fait
différent. Elle m'a reçu avec vraiment une sorte... d'admiration, ooo
J'ai eu peur de la
foule, je ne le cache pas. Cette foule qui vous gêne pour avancer, cette foule qui vous
bouscule pour voir, pour toucher. Cette foule immense et VOUS TOUT SEUL. J'ai vu
des photographes
jeter leurs ampoules de flash sur mon passage et je n'ai pu les éviter.
Cela fait très mal. Très mal aussi les réactions de certaines personnes :
«Non ! Il ne faut pas l'aider, il faut qu'il souffre, il l'a voulu, il doit en
baver». Il y a de tout sur cette terre mais GRÂCE À DIEU, et non avec l'aide d'autrui,
J'AI REUSSI.
Il fait très chaud
sous la cagoule, on est inondé de sueur et il est impossible de
s'éponger. La robe est chaude. La Croix est très lourde et coupante. Les chaînes aussi. Les
crampes viennent vite et vous font terriblement souffrir. Vous essayez de
passer la Croix d'une épaule à l'autre. La douleur est une chose horrible mais
il faut la surmonter. La résistance humaine est généralement la plus forte.
ooo Au moment du
Catenacciu, j'étais malade et très fatigué, surtout avec tous les médicaments que
j'avais absorbés. Seulement je ne pouvais pas refuser, alors j'y suis allé.
Mais c'est ce qui m'a pratiquement achevé et
aussitôt après, je suis entré à
l'hôpital. Cet ami qui était venu me
chercher à l'aéroport, si je ne l'avais
pas eu à côté de moi, dans la foule,
je crois que je ne serais pas allé jusqu'au
bout. Je ne le voyais pas, mais je
sentais qu'il était là. Il savait que je souffrais et il m'a apporté une force extraordinaire pour terminer.ooo
J'ai eu l'impression
de revivre le chemin de Croix surtout dans la seconde moitié du parcours, quand
la douleur et la souffrance sont apparues.
ooo vous ne regrettez pas d'avoir fait le Catenacciu ?
Le calvaire que j'ai
enduré, toute ma vie je m'en souviendrai. Je savais que c'était pénible, très pénible, mais à
ce point
je ne l'aurais jamais imaginé. Pourtant, je ne le regretterai jamais. Et s'il devait à nouveau
arriver un malheur dans ma famille, quitte à y laisser ma peau, je le referais.ooo
Et puis, il y a les
chutes. Le pénitent doit tomber trois fois, à des endroits bien précis.
Mais croyez-moi, quand on tombe, on est vraiment content de tomber. Surtout la
dernière fois. J'entends encore le cri de frayeur de la foule parce que j'avais reçu
la Croix sur la tête. Je n'en pouvais plus.
ooo D'ailleurs, aussitôt après, j'ai éclaté en sanglots. Les
nerfs ont lâché. La fatigue et l'émotion de
faire ce Catenacciu, surtout, et mes
nerfs ont lâché. J'ai pleuré. Et je
n'oublierai jamais le regard de ce gosse, à ce moment précis. Il a senti mes larmes sous la cagoule, je l'ai lu dans ses yeux. Ensuite j'ai retrouvé
la force de me
relever.°°°
A l'une de mes
chutes, aussi, une vieille femme est venue me baiser les pieds, me caresser le dessous des pieds où
j'avais déjà des morceaux de verre. C'était
ma belle-mère. Elle avait soixante-dix-huit ans. Et j'ai su ensuite que ma
femme avait, exceptionnellement et
compte tenu de son âge, averti sa mère. Là encore, j'ai éclaté en sanglots et il m'a fallu un énorme courage pour me
relever et continuer mon calvaire.
Comment vit-on après
avoir été Catenacciu ?
Je suis resté le même.
J'ai simplement l'impression d'avoir accompli quelque chose de très beau, de très
fort, d'être moi-même plus fort, d'avoir atteint une limite et de l'avoir
franchie.
Je suis fier aujourd'hui d'avoir été Catenacciu.
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