septembre 25, 2011

LE PROCES DE GUY DESNOYERS, CURE D’URUFFE




DISCOURS  PRONONCE PAR M. CESAR GHRENASSIA

DEUXIEME SECRETAIRE DE LA CONFERENCE A LA RENTREE DU BARREAU

DE PARIS ET DE LA CONFERENCE  LE 26 NOVEMBRE 2010

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« L’art de l’âme laide. On prescrit à l’art des limites beaucoup trop étroites en exigeant que s’y exprime uniquement l’âme réglée, moralement équilibrée. Tout comme dans les arts plastiques, il y a en musique et en poésie un art de l’âme laide ; et les effets les plus puissants de l’art, briser les âmes, mouvoir les pierres, changer les bêtes en hommes, c’est peut-être cet art-là qui les a surtout réussi. »

F. Nietzsche, Humain, trop humain, I, Gallimard, coll. Folio essais, trad. R. Rovini, n° 152, p. 136.

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L’assassin dépose l’arme du crime sur son bureau. Il a laissé deux cadavres sur le bas-côté. On l’appelle pour mener les recherches. Il s’arrête à l’endroit exact où les corps ont été abandonnés.

Sous un taillis, une jeune femme est étendue. À deux pas, son nourrisson repose. Le curé rapproche le nouveau-né de sa mère.

Il récite à ses victimes une prière avant de les couvrir de son manteau.

« Je le savais, cela devait arriver » dit-il. Et comme on se presse autour de lui, il s’isole et, après avoir compulsé un livre de théologie, conclut : « je ne peux rien dire vraiment ce serait un cas d’excommunication. Je ne peux rien dire de ce que j’ai appris dans le secret de la confession ».

Quelques heures plus tard, quand on lui présente la douille retrouvée sur les lieux, il avoue et sort un couteau de sa poche.

Le curé d’Uruffe avoue aux enquêteurs ce que tout le village savait.

Il s’appelle Guy Desnoyers. Il a été ordonné prêtre à l’âge de vingt-six ans. C’est en Lorraine qu’il a toujours vécu et toujours officié, dans de petits villages de campagne jusqu’à ce jour de décembre 1956.

A Uruffe, où il est arrivé, il y a six ans, il a d’abord rencontré Michèle. Elle s’est trouvée enceinte de ses oeuvres et, sur son avis, elle a bien voulu accoucher en secret et abandonner son enfant. C’est elle, qui l’a appelée pour lancer les recherches.

À la même époque, il s’est lié avec Régine. Elle est tombée enceinte, mais elle n’a rien voulu entendre. Ses parents lui avaient pardonné.

Leur enfant allait naître, qui aurait pu avoir quelque chose de son visage, de ce regard noir, de ses joues creusées, de ce corps sec et comme traversé d’une agitation qu’on prenait pour de l’enthousiasme quand elle n’était que le signe d’une profonde inquiétude.

Il avait trahi ses voeux. Comment épargner à l’Eglise un tel scandale ?

Le dimanche, Guy Desnoyers donne un dernier rendez vous à Régine.

Au calvaire, elle l’attend, un sac de provisions à la main. Il la fait monter dans son automobile et s’éloigne des lieux habités. Ils roulent vers Pagny-la-Blanche-Côte. Il a un revolver 6,35 dans la boîte à gants. Il roule et ne parle pas.

Sans doute Régine sait-elle que son amant est d’un naturel tourmenté. Sans doute sait-elle aussi qu’il ne désire pas cet enfant, mais elle se dit qu’il va s’y faire comme il s’est arrangé de leurs rencontres secrètes.

4

Alors quand, à l’arrêt, il lui propose l’absolution, elle lui répond indifférente qu’elle a déjà demandé pardon à Dieu. Et quand il lui demande si elle lui pardonne, à lui, Guy Desnoyers, elle lui répond dans un soupir et amoureuse encore : « Depuis longtemps déjà… »

Cette parole ne lui suffit pas ; il insiste pour lui donner l’absolution. Elle descend de la voiture comme pour partir. Il saisit son revolver et la suit, sur le bas-côté, à un mètre, un mètre derrière elle presque au toucher, il tire. Il tire un coup de feu qui l’atteint à la nuque.

Elle tombe. Il la soulève pour la porter contre le taillis voisin. A quel moment se presse-t-il vers la voiture pour en allumer les phares et exécuter les dernières opérations de son rituel ?1 Il ne le sait pas.

Elle est à ses pieds. Il transperce ses vêtements et sa chair d’un seul coup de canif. Il écarte le ventre au-dessus du sexe et fait reposer l’enfant à deux pas de la mère. C’était une fille et elle était vivante, dira l’autopsie. Lui ne l’entend pas crier mais il voit qu’elle a ouvert les yeux.

Alors il lui dit quelques mots. Il récite les paroles du baptême. Et une fois l’enfant sauvé des limbes, il le défigure et le larde de coups de couteau.

Les faits sont là. Leur auteur les révèle. Comment ne plus les voir ? Comment laver la robe souillée de sang et traînée dans la boue ? Comment ne pas découvrir les victimes du manteau de leur assassin ?

Guy Desnoyers a tué pour sauver le curé d’Uruffe et pour épargner un scandale à l’Eglise. Devant le magistrat instructeur, il aurait déclaré : « je ne comprends pas comment j’ai pu penser que je ne causerai pas un scandale plus grand en tuant qu’en laissant venir au monde ».

Comment faire pour que cette voix reste enfermée dans un procès-verbal ?

Comment faire pour que les oreilles soient lassées d’entendre, les yeux fatigués de voir, pour qu’on ne puisse plus parler ?2

Il suffit de suivre le procès.

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1 Marcel Jouhandeau, Trois crimes rituels, Gallimard, p. 45.

2 La Bible, Ancien Testament, L’Ecclésiaste, I, Pléiade, p. 1504 : « Toutes les paroles se lasseront ; on ne pourra plus parler : l’oeil ne se rassasiera plus de voir et l’oreille ne sera plus comblée à force d’entendre. »

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A neuf heures, l’escorte livre son accusé. Il était séduisant, hyperactif et vif ; il est effacé, misérable et seul, secouru seulement par l’aumônier des prisons.

Il est curé d’Uruffe ; on l’appelle Desnoyers.

On lui choisit des jurés ; il y reconnaît ses fidèles. Sept jurés et cinq membres de l’Action catholique : ce sont ses fils.3 Un coup d’oeil à la foule où il reconnaît Mgr Lallier accompagné de l’émissaire discret du Vatican.

Interrogatoire. La préméditation : « il y a certainement eu quelque chose, je le reconnais ».4

Le coup de feu qui frappe Régine de dos et en plein crâne : « J’ai totalement perdu la tête ». « Et la scène atroce qui va suivre ? Je ne pensais pas à cette scène […] je ne peux l’expliquer ».5

Le Président règle le procès au pas de charge. À la montre, il n’est pas midi et l’on a déjà entendu Desnoyers, la mère de la victime, les comptes-rendus de flagrance, le maire et le médecin légiste.

C’est un rite, privé de son inspiration, mais qui produit son effet.

Le Président ne pose pas vraiment de question : il expose les faits et il reçoit confirmation.

Il officie. L’accusation n’a rien à ajouter. La défense n’a rien à retrancher.

Midi déjà. L’instant où le commissaire s’apprête à rendre compte de son enquête de moralité où il va dire enfin, qui était Guy Desnoyers, prêtre, assassin et infanticide.6

Le Président l’interrompt et pose alors la question du huis clos. Accord sur tous les bancs.

Et même à huis clos, pas une seule question.

Aucun témoin.

À seize heures, retour du public, fin des débats si tant est qu’ils aient jamais commencé.

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3 Claude Lanzmann, Le curé d’Uruffe et la raison d’Eglise, in Les Temps modernes, avril 1958.

4 Jean-Pierre Bigeault, Le double crime de l’abbé Desnoyers, curé d’Uruffe, L’Harmattan, Annexe 2, p. 186 et suivantes.

5 Jean-Pierre Bigeault, Le double crime de l’abbé Desnoyers, curé d’Uruffe, L’Harmattan, Annexe 2, p. 186 et suivantes.

6 Claude Lanzmann, Le curé d’Uruffe et la raison d’Eglise, in Les Temps modernes, avril 1958.

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6

Guy Desnoyers ne conteste pas les faits ; la préméditation résulte de ses aveux ; et rien dans ce qui a été dit à l’audience ne permet de lui reconnaître des circonstances atténuantes.

C’est donc en toute logique que l’avocat général Borel requiert la mort.

Robert Gasse, bâtonnier de Nancy commis d’office pour la défense de Guy Desnoyers, a peu de mots pour celui « à qui Dieu a donné l’activité du corps et refusé les richesses du sentiment ».7

Il a peu de mots, mais ceux-ci portent bien au coeur des jurés. Ils portent d’autant mieux que ces jurés ont été choisis pour l’illustration de son propos : la vie n’appartient pas aux hommes et encore moins la vie d’un curé.

Et Guy Desnoyers devant la Cour vient conclure ainsi : « Je suis prêtre, je reste prêtre, je réparerai en prêtre. Je m’abandonne à vous parce que je sais que devant moi vous tenez la place de Dieu. »8

En vérité, c’était tout autant Dieu qui se tenait à leur place que l’Eglise.

Après moins de dix heures d’audience, et une heure et demie de délibéré9, Guy Desnoyers est reconnu coupable des crimes d’assassinat et d’infanticide et le curé d’Uruffe sauve sa tête. Les jurés lui ont reconnu des circonstances atténuantes. Il est condamné aux travaux forcés à perpétuité.

Procès exemplaire par sa rapidité et par cette leçon : moins l’accusé se défend et plus il a de chances d’être sauvé.

Leçon qui devrait vous séduire, Mesdames et Messieurs les Haut Magistrats, où l’avocat le plus convaincant est celui qui préfère s’en remettre à Dieu.

Mais leçon qui devrait également vous faire douter. Un esprit plus juste et impartial encore que le vôtre, il ne peut s’agir que d’un esprit saint bien entendu, siégerait ainsi à l’endroit où vous vous asseyez. Avez-vous vraiment et à chaque instant le sentiment que la place est déjà occupée ?

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7 Plaidoirie de M. le Bâtonnier, Robert Gasse, commis d’office pour la défense de Guy Desnoyers d’après les notes manuscrites aimablement communiquées par M. le Bâtonnier Bertrand Gasse.

8 Claude Lanzmann, Le curé d’Uruffe et la raison d’Eglise, in Les Temps modernes, avril 1958.

9 Frédéric Pottecher, Les Grands procès de l’Histoire, 1982, Fayard. Bertrand Poirot-Delpech, Le Monde, 25 janvier 1958.

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7

En vérité, la Cour d’Assises de Nancy a sauvé Desnoyers parce qu’elle avait encore peur du Dieu qui l’avait fait curé. Ses jurés ont trouvé les circonstances atténuantes qu’on leur avait interdit de connaître. En refusant la mort, quelle soudaine clémence les a donc inspirés ?

Ce n’est pas le sang qui les effrayait ; il coulerait après eux et sans doute par le vote de leurs frères. Ils craignaient de verser le sang d’un prêtre. Redoutait-il aussi de le voir se relever d’entre les morts, comme Elophe, martyr et saint de Lorraine, ramasse sa tête et la porte au sommet d’une colline pour y prononcer un dernier sermon ?

Quel sermon aurait-il voulu faire ? Lui qui avait cru se rendre, corps et âme, à la guillotine, en déposant son arme sur son bureau, qu’aurait-il eu à dire sur le mal et sur le salut ?

N’avait-il pas le visage de tous les hommes ? Comme beaucoup pendant la guerre, il avait protégé un résistant, mais il n’y avait personne pour témoigner de cette bonne action. La providence hélas ! a toujours quelque chose de secret.

N’avait-il pas été choisi pour partager leur épreuve ?

Superbe quand, de sa chaire, il élevait les foules en les faisant prier pour les soldats français partis au combat !

Misérable quand quelques heures avant son prêche, il console sa maîtresse du départ de son mari pour le front algérien !

Superbe quand à la nuit tombée, ramassé sur une mobylette, il se rend à travers champs porter l’extrême-onction à un père de quatre enfants !

Misérable quand il en repart son ministère accompli, avec une voiture et un prêt de 150.000 francs, consenti par la veuve, pour le prix de ses consolations !

Superbe et misérable comme toutes ses femmes qui ne le quittent jamais et qui le suivent des années durant de Blamont à Uruffe. Elles ne se succèdent pas, elles se fréquentent et prient les unes aux côtés des autres !

Superbe et misérable comme Michèle trahie, trompée et forcée à abandonner son enfant et qui appelle son curé, au secours, la nuit du drame !

Misérable seulement la mère de la victime qui ne sait que trop que le bon curé tripote aussi sa fille de quinze ans et qui lui dit simplement de moins « chahuter avec sa dernière à cause qu’elle est bien frêle ».

8

Etaient-elles attirées par le secret ou par le prestige de la robe ? Le succès du curé d’Uruffe n’appelait-il pas toujours plus de succès et n’excusait-il pas d’avance leur faute ?

Comment aurait-il pu y mettre fin ? Ressemblait-il à ce pécheur qui pour chaque faute s’inflige autant de mortifications ? Ou, dans l’emballement des temps, qu’il rythmait de mille sorties, voyages, discours, visites avait-il assez étourdi sa conscience pour ne plus en sentir le poids ?

Je ne sais s’il ressemblait à tous les hommes, mais je crois qu’il ressemblait à tous les curés.10

Et ceux-ci comment auraient-ils pu ne pas voir ?

À Blamont, on connaît ses rapports coupables et son abbé recommande de l’envoyer bien loin et de le laisser comme vicaire à seule fin qu’il soit encore sous la coupe d’un curé.

On écrit à l’archidiacre encore et décidément il devient difficile de tout expliquer par un excès de café et de tabac.

On aurait chargé un laïc d’une enquête dont on ne sait rien.

Et pourtant, le curé d’Uruffe avait écrit à ses amis de jeunesse pour confesser sa faute. Quand Michèle est partie accoucher loin de la paroisse, il leur a dit qui était le père. Et ses amis ont alerté l’abbé du coin qui l’a convaincu de rentrer à Uruffe rendre compte à Mgr Lallier.

De leurs entretiens, chacun garde un souvenir pudique. Ceux-ci regardent-ils seulement la justice des hommes ? Il se sont écrits ; des lettres se sont perdues.

Sur tout cela, silence. Aucun de ces témoins n’est convoqué.

Après son double crime, Guy Desnoyers écrit à Mgr Lallier : « Je viens à vous comme le fils prodigue ou comme Marie Madeleine […] Je m’en remets à vous comme un fils ingrat, mais qui veut rentrer au bercail. Priez, priez, priez. »

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10 Claude Lanzmann, Le curé d’Uruffe et la raison d’Eglise, in Les Temps modernes, avril 1958.

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9

L’Eglise l’a secouru, ses fidèles l’ont épargné, mais son coeur ne s’est jamais résolu à battre sereinement.

La vérité c’est que l’âme de Desnoyers avait choisi le gibet ; que ses os avaient choisi la mort11. Dans la proximité de Dieu, il vivait et il était au désespoir de l’y trouver. Son corps tout entier témoignait contre sa foi et contre son autorité.

Desnoyers se rend à la révélation du crime et tous s’y rendent avec lui. D’une voix d’enfant de choeur, il demande pardon.12 Et, avec la même voix, il maintient que sa condition de prêtre ne lui laissait pas d’autre alternative que le crime - le mariage, le suicide ou l’exil lui étant pareillement interdits.

Pourquoi n’est-il pas mort au sortir du sein et pourquoi n’a-t-il pas expiré quand il sortait du ventre ? Pourquoi deux genoux l’ont-ils accueilli ? Pourquoi n’a-t-il pas été comme un avorton caché comme les petits qui n’ont pas vu la lumière ?13

Guy : l’arbre sous lequel on s’embrasse. Desnoyers : le bois mort auquel des noyés pensifs s’accrochent, la planche de salut qui les accompagne dans le cours des eaux. Il est l’égaré et celui qui égare, cette « tête qu’un jour Dieu a choisi pour l’épreuve des hommes et l’épreuve des siens et qui a reçu les huiles sacrées de l’ordination ». 14

Il est à la vérité cette tête intouchable lors même qu’elle s’est damnée. L’homme né d’une femme vivant peu de jours et en proie à l’agitation comme une fleur germe et se fane et fuit dans l’ombre sans s’arrêter. Il s’use comme une chose pourrie, comme un vêtement qu’ont mangé les mites ! Et c’est sur lui que l’oeil s’ouvre et qu’on amène justice ! Qui tirera le pur de l’impur ?15

Qui tirera Dieu de son ministre ? Et dans ces heures où l’accusé est toujours plus coupable, seul et menacé par un rituel dont il ne comprend rien n’est-il pas le plus proche de la grâce ?

Le curé d’Uruffe ne pouvait être condamné à mort : on ne coupe pas en deux la parole divine et l’Eglise ne s’expose pas au jugement.

Au terme de son procès, quelles circonstances atténuantes auraient pu profiter à Guy Desnoyers ? Il avait porté une robe noire et il l’avait constamment trahie.

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11 La Bible, Ancien Testament, Le Livre de Job, XIX, 20-21 : « Dans ma peau, ma chair est pourrie et j’ai rongé mes os […] avec mes dents ».

12 Claude Lanzmann, Le curé d’Uruffe et la raison d’Eglise, in Les Temps modernes, avril 1958. Voir également, Marcel Jouhandeau, Trois crimes rituels, Gallimard, p. 75 -76.

13 La Bible, Ancien Testament, Le Livre de Job, III, 11-19.

14 Plaidoirie de M. le Bâtonnier, Robert Gasse, commis d’office pour la défense de Guy Desnoyers d’après les notes manuscrites aimablement communiquées par M. le Bâtonnier Bertrand Gasse.

15 La Bible, Ancien Testament, Le Livre de Job, XIV, 1-6.

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10

Les paroles du baptême, il en avait fait une oraison funèbre ; la bénédiction du mariage, un vaudeville ; l’absolution, une indulgence. Et c’est par respect pour ses mots que le procès a fait silence. « Tout ce qui n’est pas de la foi est péché », dit Saint-Paul16. Le procès mené portes fermées et bouches closes est, lui aussi, un rituel macabre.

En sauvant sa tête, on a sacrifié la vérité. Et cependant, la vie de celui qui agit sans le sentiment de la vérité ne ressemble-t-elle pas aux paroles d’une tête qu’un mort porterait à bout de bras ?17



Monsieur le Garde des Sceaux,

Mesdames et Messieurs les Hauts Magistrats,

Mesdames et Messieurs les Hautes Personnalités civiles et militaires,

Messieurs les Bâtonniers,

Mes Chers Confrères,

La bonne nouvelle est déjà arrivée, elle est toujours là18, et si les mots qui sauvent ne nous viennent pas toujours, que la parole ne nous serve pas à masquer l’abandon de notre foi.

A sa dernière heure, il était avec le larron et le larron à chaque heure s’adresse à nous et dit : « vous passerez le bonjour au curé d’Uruffe ».

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16 La Bible, Nouveau Testament, Saint Paul, Epître aux Romains, chapitre XIV, 22-23 : « La conviction que te donne la foi, garde-la en toi devant Dieu. Heureux celui qui ne se condamne pas lorsqu’il se décide. Mais celui qui a des doutes est condamné s’il mange quand même, car il ne le fait pas par conviction de foi. Or tout ce qui ne vient pas de la foi est péché. » Sur ce sujet, voir également Discussion sur le péché, Georges Bataille, éd. Ligne, exposé du R.P. Daniélou, p. 95 : « Reste avec cela que le péché est une voie d’accès au sacré. […] Il y a [dans le sacré] un contenu qui est précisément commun au péché et à la grâce – et qui est la référence à Dieu. Ce qui constitue le péché comme tel […] c’est qu’il offense Dieu, qu’il est sacrilège. C’est là ce qui lui donne son caractère absolument irréparable, irrévocable. Or les hommes sont sous le péché et totalement impuissants par eux-mêmes à s’en libérer. « Tout ce qui n’est pas de la foi est péché » dit Saint-Paul. La prise de conscience du péché est donc l’acte décisif qui rend possible la rencontre avec le sacré – et qui permet de sortir de la sphère du moralisme ».

17 Ecrits Gnostiques, Evangile selon Philippe, 93, Pléiade, p. 365 : « Ce monde est un mangeur de cadavres. Aussi tout ce qu’on y mange est mortel. La vérité est une mangeuse de vie. Voilà pourquoi aucun de ceux qui sont nourris de vérité ne mourra ».

18 F. Nietzsche, L’Antéchrist, Gallimard, coll. Folio Essais, 33 à 36 : « Le « péché » comme tout sentiment de distance dans les relations entre l’homme et Dieu est aboli – et la « Bonne nouvelle » c’est précisément cela. La béatitude n’est pas promise, elle n’est soumise à aucune condition : elle est la seule réalité – le reste n’est que signe permettant d’en parler ».

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11

L’avocat général Parisot avait quelque chose du larron. Il avait tout du moins su imaginer ses propos. Trois jours après le procès où il n’a pu représenter le Ministère Public et l’arrêt qui épargne Desnoyers, il se dit désormais incapable de requérir la peine de mort : « si vous condamnez cet homme à mort, j’irais certes le réveiller dans sa cellule, mais ne pensez vous pas qu’il me dira : vous donnerez le bonjour au Curé d’Uruffe ? »19

Le 25 septembre 1973, Guy Desnoyers est gracié. C’est un patient travail de l’ombre qui met un terme à ses travaux forcés. En 1978, il est libre.

Desnoyers vivant, passe comme la rumeur. On l’a vu dans le Sud ou en Louisiane20. On le dit aussi en ménage avec une visiteuse de prison. On se souvient encore que sa soeur, handicapée mentale, s’est trouvée grosse par deux fois et que par deux fois, ses enfants ont été recueillis. Et l’on se met à songer que ce sont peut-être les fils de Desnoyers, frère et soeur, que le village a adopté.21

À Uruffe comme ailleurs, les corbeaux appartenaient à tous les camps, les uns sollicitant la « bonne foi » des magistrats pour qu’on le guillotine ou qu’à « tout le moins il s’empoisonne ». Les autres écrivant aux parents de Régine pour louer le bon curé et blâmer la « putain » de leur fille.22

Si le procès n’a pas l’ambition de la vérité, il expose la justice au soupçon et cède la place à la rumeur et à la calomnie.

Je ne saurais dire si la foi du curé d’Uruffe était sincère. Je ne saurais dire s’il a été sincèrement aimé. Mais je le crois et je crois que le temps le confirme. Et puisqu’on a si constamment parlé de lui, il était normal que je l’invite.

Vous donnerez le bonjour au curé d’Uruffe, aux damnés qui ont perdu le chemin de la grâce, à ces âmes en peine qui hantent le palais à la recherche du procès dont on les a privés. À ce box où l’accusé voudrait dire un mot quand on ne veut que son identité, à cette langue qu’il ne comprend pas mais dans laquelle il a su faire des aveux.

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19 L’Est Républicain, 29 janvier 1958, « Le mineur de Joudreville est condamné à 20 ans de travaux forcés. Dans son réquisitoire, l’avocat général fait le procès… du procès Desnoyers » : « […] S’il y a des avocats généraux qui tremblent dans leur robe rouge, ce n’est pas mon genre. Quand il s’agit de réveiller un condamné à mort pour aller à la guillotine, j’y vais moi-même et je n’envoie personne à ma place. Mais vous m’avez coupé les jarrets ! La défense et vous-même, Messieurs les Jurés. Il y a trois jours, tout le monde attendait la peine de mort de votre verdict. Vous avez vu défiler devant vous l’effroyable journal d’un curé de campagne qu’aucun Bernanos n’eût osé écrire. J’étais là derrière vous. J’ai pu observer des mines crispées. J’ai vu M. Gilbert Cesbron torturé en contemplant un « saint parti en enfer et ne pouvant en sortir » […] si vous condamnez cet homme à mort, j’irais certes le réveiller dans sa cellule, mais ne pensez vous pas qu’il me dira : vous donnerez le bonjour au Curé d’Uruffe ? »

20 Eric Nicolas, L’Est Républicain, 15 octobre 2010, « Le curé d’Uruffe est mort ».

21 Le curé d’Uruffe, un film de Marie David, diffusion sur 13ème rue, intervention de Pierre Hayotte, curé d’Uruffe.

22 Lettres anonymes respectivement adressées au magistrat instructeur et aux parents de la victime.

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12

Que deviennent les Eglises à la mort de Dieu sinon des tombeaux ?23 Et cette chambre que devient-elle si nous ne sommes plus unis par une dernière conviction : celle que chaque procès recèle un péril et chaque péril la promesse d’un salut ?

Celui qui est fou aux yeux du monde, celui qui est faible aux yeux du monde, celui qui est vil et méprisé aux yeux du monde, Dieu ne l’a-t-il pas choisi pour s’adresser à nous ?24

Avocats et magistrats, en tenue de conseil ou dépouillés de nos robes, ne sommes-nous pas, tous ici, dans ces murs, comme pierres et poings liés ?

« L’agonie de Dieu durera jusqu’à la fin du monde est-il écrit ; nous ne pouvons dormir pendant ce temps-là. »25

Dans la petite Eglise d’Uruffe, Pierre Hayotte a remplacé Guy Desnoyers.26

On le dit plus beau encore que son prédécesseur : est-il autant apprécié ? Dans le recueillement de l’office, il ordonne les actions et les sacrements de l’eucharistie.

Les corbeaux sont-ils là ? Michèle a-t-elle soigné son chagrin et a-t-elle trouvé un mari ? Et DESNOYERS assiste-t-il, ici ou ailleurs, à l’office ? L’ordonne-t-il en secret récitant, pour lui seul, psaumes et versets ?27

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23 F. Nietzsche, Le Gai savoir, Gallimard, coll. Folio Essais, Livre troisième, « L’insensé », n° 125.

24 La Bible, Nouveau Testament, Saint Paul, Epître aux corinthiens, I, 27 cité par F. Nietzsche, L’Antéchrist, Gallimard, n° 51 : « Ce qui est faible aux yeux du monde, ce qui est fou aux yeux du monde, ce qui est vil et méprisé aux yeux du monde, Dieu l’a choisi. »

25 B. Pascal, Mystère de Jésus, Fr. 553, édition Brunschvig des Pensées et opuscules, Paris, classiques Hachette, 1978. Voir également, Miguel de Unamuno, L’agonie du christianisme, trad. Jean Cassou, 1925, recueilli dans Anthologie de la littérature espagnole des débuts à nos jours par Gabriel Boussagol, Delagrave, 1931 : « De même que le christianisme, le Christ agonise toujours. « Jésus sera en agonie jusqu’à la fin du monde : il ne faut pas dormir pendant ce temps là ». Ainsi écrivait Pascal dans le Mystère de Jésus. Et il l’écrivait en agonie. Car ne pas dormir, c’est rester éveillé, c’est rêver une agonie, c’est agoniser. […] Vivre, lutter, lutter pour la vie et vivre de la lutte, de la foi, c’est douter. […] Une foi qui ne doute pas est une foi morte. »

26 France Soir, 28 janvier 1958 : « En terminant son prône, l’abbé Hayotte, qui a recueilli la lourde succession du condamné de samedi, a dit : « La justice humaine a parlé… Que Dieu accorde à notre paroisse, non pas d’oublier ses épreuves, mais d’y puiser les enseignements qu’elles comportent ».

27 Le Monde, 5 juillet 1978 : « La famille [de la victime], l’ancien et le nouveau maires, jugent la dette à la société impayée. « Nous ne pouvons par pardonner à la justice. […] Il vaut mieux pour lui qu’il ne revienne pas ici. » La colère après le retour de la peur. Et s’il revenait ?... S’il lui prenait l’envie de revoir l’église ou le presbytère, même à la sauvette, même en se cachant ? La question vient hanter, certains soirs, des esprits qui ne parviennent pas à trouver le sommeil. »

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13

Chacun se lève pour recevoir l’hostie. Chacun à son tour et selon le rang. Et cependant quelque chose vient troubler l’ordre de la communion. Quelque chose d’innocent et de spontané. Tout le monde entend et personne ne s’interrompt. Il n’y a rien à craindre. La bonne nouvelle est connue. Ce sont les rires d’un nouveau-né.28

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28 Mes plus chaleureux remerciements aux seconds Secrétaires, et plus particulièrement à M. KIEJMAN Georges, M. SOULEZ LARIVIERE Daniel, M. SZPINER Francis, M. TRICAUD Dominique, M. BORE Louis, M. CURTIL Christian, M. BIBAL Frédéric, M. BONO Sébastien, M. ROZES Jean-Baptiste, M. BONAN Cyril, Melle GOLDMAN Sabrina, Melle TORT Louise, M. EPSTEIN Fabrice.

A M. le Bâtonnier Bertrand GASSE, au souvenir de son père et à la présence de ses oeuvres.

A ceux de mes frères et soeurs qui m’ont souffert et, s’ils ne sont pas les mêmes, à ceux qui m’ont aimé : intermittences de la raison, fidélité du coeur.

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Source : http://laconference.typepad.fr/files/discour-rentree-conference-26112010-cesar-ghrenassia.pdf


septembre 22, 2011

Le problème de l’injustice et de la Grâce


La mort scandaleuse de Troy Davis, - bien que semblant sans rapport au plan des raisons qui décidèrent de cet acte -, de celle du guillotiné Jacques FESCH en 1957, est de nature à nous interpeller.

«On a guillotiné un saint » tel est le sentiment de ceux qui suivirent l’évolution spirituelle de Jacques FESCH, dont les lettres de prison amèneront bien des conversions (1) qui pour sa part avait tué un policier.

Dans la situation de Troy Davis, aucun élément ne semble prouver qu’il commettait l’acte reproché, sur la foi de prétendus témoins puisque reconnaissant que leurs dires furent imposés par la police, et qu’ils se rétractèrent.

Selon ce que rapportent les témoins des derniers instants de Troy Davis, ce dernier n’a cessé de prier, même pour ceux qui le condamnèrent, lui qui clama sans cesse son innocence.

I

La prière en faveur des bourreaux, qu‘il s’agisse de juges, de policiers, de l’homme d’Etat qui refusa la grâce humaine,  ne saurait spirituellement les laver de leur responsabilité, car si la miséricorde de Dieu est infinie, les règles de l’économie divine veulent que chacun soit amené à réparer ses fautes dès lors qu’elles résultent d’un choix, d’une prise de conscience préalable, expression de notre liberté !

Si relativement à J+C il est dit : « mais malheureux l'homme par qui le Fils de l'homme est livré ! Il aurait mieux valu pour lui qu'il ne fût pas né, cet homme-là ! "  (Mat. XXVI, 24),  « Car Dieu n'a pas fait la mort, et il n'éprouve pas de joie de la perte des vivants. » (Sag. I, 13), par voie de conséquence,  n’aurait-il pas été préférable à tous ces bourreaux de ne pas naître ?

L’interrogation étant posée, la réponse est délicate et nous entraîne vers le Mystère de Dieu.

Relativement à Troy Davis, une question des apôtres me revient en mémoire, celle de la raison pour laquelle l’aveugle est né aveugle, selon l’interrogation pour ses péchés ou les péchés de ses parents : alors que le Sauveur ne dénigre pas les choix exposés, Il répond : «Ni lui, ni ses parents n'ont péché, mais c'est afin que les œuvres de Dieu soient manifestées en lui. » (Jean IX, 3)

Relativement aux bourreaux, la réponse est encore plus difficile ; sont-ils des instruments alors conscients de la Grâce ?

Ou bien la Grâce opérera-t-elle à cause de leur acte, mais leur absence de conscience les handicapera à bénéficier immédiatement  de ce qu’ils ne cherchaient pas à accueillir, s’ils se sont fermés à la Grâce.

II

Si donc c’est pour que les œuvres de Dieu se manifestent en Troy Davis, que cet homme est ainsi mort, il convient bien entendu de prier pour lui – tous les êtres ont besoin de prières – mais aussi de l’associer à nos prière, lui qui aura connu déjà le vrai jugement celui que l’on nomme le Jugement particulier.

Quant aux bourreaux, laissons Dieu les éveiller  à la conscience de telle sorte que par leur seul travail, ils parviennent un jour à entrevoir ce qui est la vrai et la seule Justice, celle de Dieu dont la Loi est l’Amour de notre prochain.

 Jean-Pierre BONNEROT

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(1)  Jacques FESCH : Lumière sur l’échafaud  et a6m LEMONNIER : Cellule 18, Ed ouvrières, Paris, nombreuses rééd.

septembre 18, 2011

L’Eglise de Rome face à l’idée d’une vie extra-terrestre ?

http://www.ovni007.com/id122.html


Nombreux liens sur Internet.

La question des extra-terrestres comme étant des êtres pouvant exister sur d’autres planètes est une chose, la manifestation ou l’expérience ressentie ou vécue réellement quant à un contact avec des extra-terrestres est une autre chose.

I
Le problème que ne semble pas s’être posé notre théologien, exorciste de surcroît, à savoir Mgr Corrado Balducci, c’est la valeur du message rapporté par ces manifestations qui toujours nient la divinité de Jésus+ Christ.

Il est vrai qu’à l’heure où Rome mettra des années pour finalement admettre come fausses les apparitions de Medjugorje (à l’époque et dès les prétendues apparitions nous fumes deux à les dénoncer selon les critères l’un théologiques, l’autre – l’abbé de Nantes – de la phénoménologie mystique) , ou agira pour que soit trafiqué l’analyse du Saint Suaire de Turin afin de ne point reconnaître cette insigne relique, on ne peut être surpris de rien quant au défaut de sérieux ou l’absence de discernement qui doit présider à toute analyse.
En effet, si l’on reprend les témoignages de ces entités :

-         « La cosmogonie d’Urantia » (traduit par Jacques WEISS, qui prendra pour pseudonyme Phylos quant au livre suivant)





-          « J’ai vécu sur deux planètes » de Phylos,  Leymarie Ed, se garde bien de parler de Jésus+ Christ.


-         « L’Evangile du Verseau » de Dowling,  Leymarie Ed, n’évoque pas la résurrection selon les bases de la Foi, mais déclare que s’est matérialisé le corps spirituel de Jésus, non déclaré au demeurant comme étant Dieu.

Qui ne connaît le mouvement Raëlien . En son premier ouvrage, Raël, se déclarant instruit par des extra-terrestres écrit   page 140 de la version électronique téléchargeable  (http://fr.rael.org/request.php?8)  déclare qu’il n’y a pas de Dieu ni non plus d’âme.

Jean MARTY consacrait une étude brève certes, mais importante, aux Extra-terrestres et soucoupes volantes en 1979, l’édition à compte d’auteur est-elle encore disponible ? Le chercheur intéressé devra sans doute interroger les éditions DFT, la plaquette datant de 1979 :  (http://fr.calameo.com/read/000027399c2269851001c)
 
Ainsi,  notre théologien Romain ne s’est pas préoccupé de savoir si ces entités niaient ou reconnaissaient Dieu et de plus fort qu’elle était leur croyance envers Jésus+ Christ. Certes J+C ne peut être passé sous silence, mais il peut sembler habile à ceux qui s’opposent à la Révélation Chrétienne, soit de nier Sa résurrection en niant la crucifixion qui concernerait un sosie (Coran IV, 157), soit de ne rien déclarer d » précis sur J+C, présenté comme une sorte d’envoyé, de maître, mais certainement pas comme étant Dieu.

II
L’Apôtre ne conteste pas l’existence de plusieurs mondes : « Après avoir, à bien des reprises et de bien des manières, parlé autrefois aux pères dans les prophètes, Dieu, en la période finale où nous sommes, nous a parlé à nous en un Fils qu'il a établi héritier de tout, par qui aussi il a créé les mondes. »(Héb. I, 1,2)

La question posée au théologien digne de ce nom, n’est pas de discourir sur le fait de dire si Dieu ne créa la vie que sur notre planète, mais de discerner si ce qui se présente comme des extra-terrestres sont des créatures raisonnables au sens où la Dogmatique l’entend.
Nous évoquions les éditions  DFT, qui proposent des récits d’exorcisme où des démons déclareraient s’être manifestés ainsi sous la forme d’extra-terrestres : si Mgr Corrado Balducci fut exorciste à Rome, sans juger de la valeur des récits proposés tant par Jean MARTY en sa brochure citée que par les rapports d’exorcisme, force est de déclarer qu’il convient – sans prendre présentement position – d’être prudent et d’user de discernement pour définir ce qui serait à retenir de ces exorcismes, sans empressement dans les conclusions, en prenant pour base et la phénoménologie mystique et la théologie dogmatique.

Que la vie existe sur d’autres planètes est très certain au regard de l’Amour de Dieu. Il reste à savoir si face aux expériences d’une rencontre déclarée avec ces extra-terrestres, ces derniers reconnaissent Jésus+ Christ comme étant Dieu, reconnaissent dépendre du Père, ou profitent de leur manifestation pour nier la Résurrection du Sauveur, nier notre salut par le Christ ; mais qui donc trouve intérêt à cette négation ?

Jean-Pierre BONNEROT














septembre 16, 2011

Hildegarde de Bingen, lumière de Dieu



« Visionnaire, poétesse et musicienne, Hildegarde de Bingen est considérée comme la première vraie phytothérapeute. Prédictions étonnantes, médecine d'avant-garde, musique et spiritualité, neuf cents ans après sa mort, son enseignement reste d'actualité. Comment une figure aussi étonnante, aussi riche, a-t-elle mis si longtemps à capter l'attention de nos contemporains ? Ce documentaire fera découvrir à beaucoup cette humble abbesse qui, âgée de 38 ans, perçut deux voix qui lui ordonnèrent de divulguer par écrit ce qu'elle voyait. Souffrante, doutant d'elle-même, elle refusera l'ordre venu du Ciel et sera transpercée de douleurs qui la laisseront paralysée sur son lit. Au fil du temps, on cessera de parler de mystification et les miracles seront si nombreux que l'évêque de Mayence implorera la jeune femme de cesser d'en faire.. »  KTO.


septembre 13, 2011

PROCES CONTRE LES INSECTES


Occupons-nous maintenant des procès intentés pendant le moyen âge contre les insectes et autres animaux nuisibles aux productions du sol, tels que mouches, chenilles, vers, charençons, limaces, rats, taupes et mulots.

Souvent les récoltes sont dévorées par des quantités innombrables d'insectes qui font invasion sur le territoire d'un canton, d'une commune.

Au moyen âge l'histoire mentionne fréquemment des calamités de ce genre. Ces fléaux produisaient d'autant plus de ravages, que la science agronomique, presque dans l'enfance à cette époque, offrait moins de moyens pour combattre ces désastreuses invasions.

Afin de conjurer ces maux sans remèdes humains, les populations désolées s'adressaient aux ministres de la religion. L'Église écoutait leurs plaintes; leur accordant sa sainte intervention, elle fulminait l'anathème contre ces ennemis de l'homme, qu'elle considérait comme envoyés par le démon.

Alors l'affaire était portée devant le tribunal ecclésiastique, et elle y prenait le caractère d'un véritable procès, ayant d'un côté pour demandeurs les paroissiens de la localité, et de l'autre pour défendeurs les insectes qui dévastaient la contrée. L'official, c'est-à-dire le juge ecclésiastique, décidait la contestation. On suivait avec soin dans la poursuite du procès toutes les formes des actions intentées en justice. Pour donner une idée exacte de ce genre de procédure et de l'importance qu'on attachait à en observer les formes, nous extrairons quelques détails d'une consultation qui fut faite sur cette matière par un célèbre jurisconsulte du seizième siècle. L'auteur de cette consultation, ou plutôt de ce traité ex professo, était Barthélemi de Chasseneuz ou Chassanée, successivement avocat à Autun, conseiller au parlement de Paris et premier président du parlement d'Aix.

Après avoir parlé dès le début de l'usage où sont les habitants du territoire de Beaune de demander à l'officialité d'Autun l'excommunication de certains insectes plus gros que des mouches, et appelés vulgairement hurebers (huberes)1 , ce qui leur est toujours accordé, Chasseneuz traite la question de savoir si une telle procédure est convenable. Il divise son sujet en cinq parties, dans chacune desquelles il saisit l'occasion d'étaler l'érudition la plus vaste et souvent la plus déplacée; mais cette habitude, comme on le sait, était ordinaire aux écrivains de cette époque.

Chasseneuz, pour consoler les Beaunois du fléau qui les afflige, leur apprend que les hurebers dont ils se plaignent ne sont rien en comparaison de ceux que l'on rencontre dans les Indes. Ces derniers n'ont pas moins de trois pieds de long; leur jambes sont armées de dents, dont on fait des scies dans le pays. Souvent on les voit combattre entre eux avec les cornes qui surmontent leurs têtes. Le meilleur moyen de se délivrer de ce fléau de Dieu, c'est de payer exactement les dîmes et les redevances ecclésiastiques, et de faire promener autour du canton une femme les pieds nus et dans l'état que Chasseneuz désigne en ces termes: Accessu mulieris, menstrualis, omnia animalia fructibus terræ officientia flavescunt et sic ex his apparet unum bonum ex muliere menstrua resultare.

Indiquant le nom latin qui convient le mieux aux terribles hurebers, notre jurisconsulte prouve qu'ils doivent être appelés locustæ; il fortifie son opinion par des citations qu'il emprunte encore à tous les auteurs de l'antiquité sacrée et profane.

L'auteur discute le point de savoir s'il est permis d'assigner les animaux dont il s'agit devant un tribunal, et finit après de longues digressions par décider que les insectes peuvent être cités en justice.

Chasseneuz examine ensuite si les animaux doivent être cités personnellement, ou s'il suffit qu'ils comparaissent par un fondé de pouvoir. « Tout délinquant, dit-il, doit être cité personnellement. En principe, il ne peut pas non plus se faire représenter par un fondé de pouvoir; mais est-ce un délit que le fait imputé aux insectes du pays de Beaune ? Oui, puisque le peuple en reçoit des scandales, étant privé de boire du vin, qui, d'après David, réjouit le cœur de Dieu et celui de l'homme, et dont l'excellence est démontrée par les dispositions du droit canon, portant défense de promouvoir aux ordres sacrés celui qui n'aime pas le vin. »

Cependant Chasseneuz conclut qu'un défenseur nommé d'office par le juge peut également se présenter pour les animaux assignés, provoquer en leur nom des excuses pour leur non-comparution et des moyens pour établir leur innocence, et même des exceptions d'incompétence ou déclinatoires; en un mot, proposer toutes sortes de moyens en la forme et au fond.

Après avoir discuté fort longuement la question de savoir devant quel tribunal les animaux doivent être traduits, il décide que la connaissance du délit appartient au juge ecclésiastique, en d'autres termes, à l'official.

Enfin, dans la dernière partie de son traité, Chasseneuz se livre à de longues recherches sur l'anathème ou excommunication. Il développe de nombreux arguments au moyen desquels il arrive à conclure que les animaux peuvent être excommuniés et maudits. Parmi ces arguments, qui sont au nombre de douze, nous ferons remarquer ceux-ci:

« Il est permis d'abattre et de brûler l'arbre qui ne porte pas de fruit; à plus forte raison peut-on détruire ce qui ne cause que du dommage. Dieu veut que chacun jouisse du produit de son labeur.

« Toutes les créatures sont soumises à Dieu, auteur du droit canon; les animaux sont donc soumis aux dispositions de ce droit.

« Tout ce qui existe a été créé pour l'homme; ce serait méconnaître l'esprit de la création que de tolérer des animaux qui lui soient nuisibles.

« La religion permet de tendre des piéges aux oiseaux ou autres animaux qui détruisent les fruits de la terre. C'est ce que constate Virgile, dans ces vers du premier livre des Géorgiques:

Rivas deducere nulla
Relligio vetuit, segeti prætendere sepem,
Incidias avibus moliri.

« Or le meilleur de tous les piéges est sans contredit le foudre de l'anathème.

« On peut faire pour la conservation des récoltes même ce qui est défendu par les lois: ainsi les enchantements, les sortiléges prohibés par le droit, sont permis toutes les fois qu'ils ont pour objet la conservation des fruits de la terre; on doit, à plus forte raison, permettre d'anathématiser les insectes qui dévorent les fruits, puisque, loin d'être défendu comme le sont les sortiléges, l'anathème est au contraire une arme autorisée et employée par l'Église.»

À l'appui de ces assertions, l'auteur cite des exemples de semblables anathèmes, tels que ceux de Dieu envers le serpent et le figuier; il en rapporte plusieurs comme ayant eu lieu à des époques récentes.

Il parle d'une excommunication prononcée par un prêtre contre un verger où des enfants venaient cueillir des fruits, au lieu de se rendre au service divin. Ce verger demeura stérile jusqu'au moment où l'excommunication fut levée à la demande de la mère du duc de Bourgogne.

Chasseneuz signale aussi l'excommunication fulminée par un évêque contre des moineaux qui auparavant souillaient de leurs ordures l'église de Saint-Vincent et venaient troubler les fidèles 2.

Mais, ajoute notre auteur, nous avons dans ces derniers temps des exemples encore plus décisifs. Il raconte alors qu'il a vu à Autun des sentences d'anathème ou d'excommunication prononcées contre les rats et les limaces par l'official de ce diocèse et par ceux de Lyon et de Mâcon; il entre dans le détail de cette procédure; il donne d'abord le modèle de la requête des paroissiens qui ont éprouvé le dommage occasionné par les animaux dévastateurs. Il fait observer que sur cette plainte on nomme d'office un avocat, qui fait valoir au nom des animaux, ses clients, les moyens qu'il croit convenable à leur défense; l'auteur rapporte la formule ordinaire d'anathème. Cette formule est conçue en ces termes: « Rats, limaces, chenilles et vous tous animaux immondes qui détruisez les récoltes de nos frères, sortez des cantons que vous désolez et réfugiez-vous dans ceux où vous ne pouvez nuire à personne. Au nom du Père, etc. »

Enfin Chasseneuz transcrit textuellement les sentences fulminées par les officiaux d'Autun et de Lyon; on en remarque contre les rats, les souris, les limaces, les vers, etc.

Ces sentences sont presque toutes semblables; la différence qui existe entre elles n'est relative qu'au délai accordé aux animaux pour déguerpir; il y en a qui les condamnent à partir de suite; d'autres leur accordent trois heures, trois jours ou plus; toutes sont suivies des formules ordinaires d'anathème et d'excommunication.

Tel était le mode de procédure observé devant le tribunal ecclésiastique dans les poursuites contre les insectes ou autres animaux nuisibles à la terre.

La consultation de Chasseneuz, dont nous venons de donner une courte analyse, acquit à son auteur, qui n'était alors qu'avocat à Autun, une grande réputation comme jurisconsulte; elle lui valut, vers 1510, d'être désigné par l'officialité d'Autun, comme avocat des rats et de plaider leur cause dans les procès qu'on intenta à ces animaux par suite des dévastations qu'ils avaient commises en dévorant les blés d'une partie du territoire bourguignon.

Dans la défense qu'il présenta, dit le président de Thou, qui rapporte ce fait, Chasseneuz fit sentir aux juges, par d'excellentes raisons, que les rats n'avaient pas été ajournés dans les formes; il obtint que les curés de chaque paroisse leur feraient signifier un nouvel ajournement, attendu que dans cette affaire il s'agissait du salut ou de la ruine de tous les rats. Il démontra que le délai qu'on leur avait donné était trop court pour pouvoir tous comparaître au jour de l'assignation; d'autant plus qu'il n'y avait point de chemin où les chats ne fussent en embuscade pour les prendre. Il employa ensuite plusieurs passages de l'Écriture sainte pour défendre ses clients, et enfin il obtint qu'on leur accorderait un plus long délai pour comparaître.

Le théologien Félix Malléolus, vulgairement appelé Hemmerlin, qui vivait un siècle avant Chasseneuz et qui avait publié un traité des exorcismes, s'était également occupé, dans la seconde partie de cet ouvrage, de la procédure dirigée contre les animaux. Il parle d'une ordonnance rendue par Guillaume de Saluces, évêque de Lausanne, au sujet d'un procès à intenter contre les sangsues, qui corrompaient les eaux du lac Léman et en faisaient mourir les poissons. Un des articles de cette ordonnance prescrit qu'un prêtre, tel qu'un curé, chargé de prononcer les malédictions, nomme un procureur pour le peuple; que ce procureur cite, par le ministère d'un huissier, en présence de témoins, les animaux à comparaître, sous peine d'excommunication, devant le curé à jour fixe. Après de longs débats cette ordonnance fut exécutée le 24 mars 1451, en vertu d'une sentence que l'official de Lausanne prononça, sur la demande des habitants de ce pays, contre les criminelles sangsues, qui se retirèrent dans un certain endroit qu'on leur avait assigné, et qui n'osèrent plus en sortir.

Le même auteur rend compte aussi d'un procès intenté dans le treizième siècle contre les mouches cantharides de certains cantons de l'électorat de Mayence, et où le juge du lieu, devant lequel les cultivateurs les avaient citées, leur accorda, attendu, dit-il, l'exiguïté de leur corps et en considération de leur jeune âge, un curateur et orateur, qui les défendit très dignement et obtint qu'en les chassant du pays on leur assignât un terrain où elles pussent se retirer et vivre convenablement. «Et aujourd'hui encore, ajoute Félix Malléolus, les habitants de ces contrées passent chaque année un contrat avec les cantharides susdites et abandonnent à ces insectes une certaine quantité de terrain, si bien que ces scarabées s'en contentent et ne cherchent point à franchir les limites convenues.»

L'usage de ces mêmes formes judiciaires nous est encore révélé dans un procès intenté, vers 1587, à une espèce de charançon (le Rynchites auratus) qui désolait les vignobles de Saint-Julien, près Saint-Julien de Maurienne. Sur une plainte adressée par les habitants à l'official de l'évêché de Maurienne, celui-ci nomma un procureur aux habitants et un avocat aux insectes, et rendit une ordonnance prescrivant des processions et des prières, et recommandant surtout le payement exact des dîmes. Après plusieurs plaidoiries, les habitants, par l'organe de leur procureur, firent offrir aux insectes un terrain dans lequel ils devraient se retirer sous les peines de droit. Le défenseur des insectes demanda un délai pour délibérer, et les débats ayant été repris au bout de quelques jours, il déclara, au nom de ses clients, ne pouvoir accepter l'offre qui leur avait été faite, attendu que la localité en question était stérile et ne produisait absolument rien; ce que nia la partie adverse. Des experts furent nommés. Là s'arrêtent malheureusement les pièces connues du procès, et l'on ignore si l'instance fut reprise et quelle décision prononça l'official. Mais ces détails, réunis à ceux que nous avons donnés précédemment, suffisent pour montrer quelles étaient, il y a trois siècles, les formes suivies dans ces singulières procédures.

Nous n'avons pas besoin de nous étendre sur les motifs qui avaient déterminé l'Église à employer l'excommunication contre les animaux. On comprend quel avantage ce moyen pouvait offrir au clergé, d'un côté par l'influence qu'il exerçait sur l'esprit timide et crédule des populations alors ignorantes et superstitieuses; d'un autre côté par le résultat pécuniaire, qui était toujours le but occulte de ses persévérants efforts. Toutefois, après plusieurs siècles, et grâce à la diffusion des lumières, ces pratiques vicieuses cessèrent, et on vit enfin disparaître ces abus de l'excommunication également contraires à la sublime morale de l'Évangile et aux vrais principes de la foi catholique.

Source : Extrait de Curiosités judiciaires et historiques du moyen âge. Procès contre les animaux, par Émile Agnel. J.B. Dumoulin, Paris, 1858.

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(1)   En 1460, ces insectes occasionnèrent de si grands ravages dans les vignes, que pour y remédier il fut décidé avec les gens d'Église à Dijon, qu'on ferait une procession générale le 25 mars; que chacun se confesserait, et que défense serait faite de jurer, sous rigoureuses peines. Cela fut encore réglé en 1540. (Annuaire du département de la Côte d'Or pour l'an 1827, par Amanton, p. 92.)

(2)   Guillaume, abbé de Saint-Théodoric, qui a écrit la vie de saint Bernard, rapporte que ce saint, prêchant un jour dans l'église de Foigny (l'une des premières abbayes qu'il avait fondées en 1121 dans le diocèse de Laon), des mouches en quantité prodigieuse s'étaient introduites dans cette église, et par leurs bourdonnements et leurs courses indécentes, troublaient et importunaient incessamment les fidèles. Ne voyant d'autre remède pour arrêter ce scandale, le saint s'écria: Je les excommunie (eas excommunico); et le lendemain toutes les mouches se trouvèrent frappées de mort. Leurs corps jonchèrent les pavés de la basilique, qui fut pour toujours délivrée de ces irrespectueux insectes. Ce fait devint tellement célèbre et inspira tant de vénération dans tous les pays circonvoisins, que cette malédiction des mouches passa en proverbe parmi les peuples d'alentour. (Theophili Regnaudi opera, t. XIV, p. 482, no 6, De monitoris ecclesiasticis et timore excommunicationis.)